Le Cadre commun n'est qu'une partie de la solution. En réalité, ils doivent aussi procéder à une restructuration de la dette intérieure, sur laquelle le FMI n'a aucun mandat », alerte Robert Besseling, directeur général de Pangea-Risk, réagissant à l'accord de prêt de 2,2 milliards de dollars conclu entre le Sénégal et le FMI. Pour l'analyste, cité par l'AFP, la restructuration de la dette sous-régionale et locale sera « potentiellement encore plus douloureuse » car elle affectera directement « les banques et institutions locales, mais aura également des effets de contagion ». Enfin, il recadre le débat sémantique qui secoue la classe politique dakaroise : « le cadre commun, cela veut dire restructuration ».
​Cet accord stratégique intervient après deux ans de négociations complexes et la suspension d'un précédent programme de 1,8 milliard de dollars conclu en 2023, consécutive à la découverte d'une dette « cachée » sous l'ancien régime. Avec une dette publique grimpée à 132 % du PIB fin 2024, le niveau d'endettement du Sénégal a atteint un seuil alarmant, dépassant celui de pays ayant traversé de graves crises financières comme la Zambie, dont la dette avait culminé à 124,3 % en 2021 avant d'être ramenée à 90 % en 2025.
​Un effet de levier attendu malgré un prêt insuffisant
​Si le montant du prêt reste nettement en deçà des besoins réels des finances publiques sénégalaises, sa valeur est avant tout diplomatique et financière. « L'intérêt stratégique de l'accord réside donc moins dans son montant que dans l'effet de confiance et de levier qu'il peut produire auprès des bailleurs, créanciers et investisseurs », décrypte Amath Ndiaye, économiste et chercheur à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Ce feu vert de l'institution de Bretton Woods doit en effet ouvrir la voie à d'autres financements extérieurs.
​La validation formelle par le Conseil d'administration du FMI est attendue d'ici les assemblées annuelles d'octobre, déclenchant un premier décaissement avant une seconde évaluation dans les six mois suivants. Toutefois, si cet accord soulage la dette extérieure, il ne règle pas le problème de la dette libellée en franc CFA, dont la progression exponentielle inquiète les marchés.
​Sensibilité politique et choix budgétaires ardus
​Pour contourner le mot tabou de restructuration — perçu comme une atteinte à la souveraineté —, le ministre sénégalais de l'Économie, Cheikh Diba, a présenté un « Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS) » en martelant qu'il ne s'agissait « pas d'une restructuration, au sens de la restructuration classique ». Une nuance vivement discutée par l'opposition et le président de l'Assemblée nationale Ousmane Sonko, qui réclame désormais de la « transparence » sur les engagements pris auprès du FMI.
​Sur le plan social, « le Sénégal devra mettre ses finances publiques sur le chemin de la soutenabilité », rappelle Abdoulaye Ndiaye, professeur à la Stern School of Business de l'Université de New York. Selon lui, bien que le pays ait « déjà fourni des efforts sur la transparence », l'exécutif devra faire des « choix difficiles » quant aux « projets à sanctuariser », dans un contexte de vie chère éprouvant pour les ménages.








