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Accès à l'information : Un an après la loi, le mur du silence administratif persiste


Rédigé le Lundi 28 Septembre 2026 à 16:09 | Lu 52 fois | 0 commentaire(s)



Un an après la promulgation de la loi n°2025-15 du 4 septembre 2025 garantissant le droit d'accès à l'information, l'exercice de cette liberté fondamentale relève toujours du parcours du combattant pour les journalistes et les citoyens sénégalais. Entre lourdeurs bureaucratiques, absence de vulgarisation du texte et retard dans l'installation effective de la Commission nationale d’accès à l’information (CONAI), la culture du secret administratif continue de prévaloir sur le terrain. En ce 28 septembre 2026, Journée internationale de l'accès universel à l'information, voyage au cœur d'une réforme encore bloquée au milieu du gué.


Plus d’un an après l’adoption de la loi sur l’accès à l’information, ce droit est désormais inscrit dans les textes. Cependant, dans les rédactions, son exercice reste particulièrement difficile. En effet, l’obtention d’un document administratif relève encore souvent du parcours du combattant pour les journalistes et les citoyens sénégalais. Pourtant, la loi n°2025-15 du 4 septembre 2025 reconnaît explicitement à toute personne le droit d’accéder aux informations détenues par les organismes publics. Elle prévoit une demande écrite, une réponse immédiate lorsque cela est possible et, lorsqu’un traitement est nécessaire, un délai de huit jours, prolongeable jusqu’à quinze jours sous certaines conditions. Mais, dans les faits, l’attente dépasse très largement ces délais légaux.

​Même s’ils n’ont pas eu recours à cette procédure officielle depuis l’adoption du texte, plusieurs journalistes décrivent une administration toujours marquée par la lourdeur et la lenteur. Azil Momar Lô, journaliste d’investigation, explique qu’il doit parfois anticiper de plusieurs mois ses demandes auprès de certaines institutions. « Si je dois solliciter la DIRPA ou la police nationale sur une question en voulant obtenir une interview avec un commissaire de police donné, j’écris un courrier formel que je transmits bien à l’avance, plusieurs mois avant de commencer les vraies interviews sur le terrain », explique le journaliste d’Africa Check.

​L’attente peut alors durer indéfiniment. « Ça peut prendre 3 à 4 mois, parfois même jusqu’à 6 mois », témoigne-t-il. Et cette démarche d'anticipation ne garantit aucunement une réponse favorable. « Il y a beaucoup d’autres ministères, agences et institutions qui ne répondent absolument pas », ajoute-t-il. Pour lui, la nouvelle législation n’a, pour l’instant, apporté « aucune avancée » concrète au travail quotidien des journalistes. Fatou Ndiaye, journaliste au quotidien Sud Quotidien, partage ce triste constat : « Il n’y a pas eu de changement notable. J’adopte toujours la même démarche et je rencontre exactement les mêmes difficultés pour accéder à l’information. »

​Une loi qui reste encore à vulgariser

​Ces blocages ne tiennent pas seulement à la lenteur des réponses administratives. Ils interrogent aussi le degré de préparation des services publics à appliquer le texte. La loi impose en effet aux assujettis — c’est-à-dire aux « personnes, organismes, entités ou structures qui gèrent l’information ou la déterminent » — de mettre en place plusieurs mécanismes internes. Les articles 11 et 12 prévoient notamment l'établissement d'un comité d’au moins trois membres chargé du suivi et de l’évaluation de l’accès à l’information, la formation des agents et la création d’un formulaire officiel de demande. Sur le terrain, ces dispositions ne semblent pas encore appliquées.

​L’administration municipale de Yoff en offre un exemple parlant. Pour le maire, Seydina Issa Laye Samb, la première difficulté réside dans l'appropriation même du dispositif. « Il faut d’abord que les gens comprennent le but de la loi et que cela ne puisse pas devenir un outil de règlement de comptes politique », affirme-t-il. Fatou Ndiaye souligne également le déficit d’information autour du nouveau cadre juridique : « La loi n’est pas suffisamment vulgarisée. »

​Pour Azil Momar Lô, l’adoption du texte ne constitue qu’un point de départ. Les agents publics doivent encore être accompagnés pour appréhender leurs nouvelles obligations. « C’est bien d’avoir une loi, mais ce n’est pas suffisant d’avoir uniquement une loi », souligne-t-il, préconisant « tout un travail de sensibilisation et d’accompagnement, parfois technique s’il le faut, pour que l’administration, les agents de l’État, les ministères et les institutions comprennent pourquoi cette loi doit être mise en place et comment l'appliquer ».

​C’est dans cette optique que la commune de Yoff entend adapter ses dispositifs au nouveau cadre légal. « Nous sommes en discussion avec Article 19 pour organiser un atelier de sensibilisation et d’information au profit de l’administration municipale, mais aussi au bénéfice des concitoyens administrés », explique l'édile.

​La CONAI, le maillon manquant du recours

​En cas de refus ou de silence opposé par l'administration, la loi prévoit une voie de recours à travers la Commission nationale d’accès à l’information (CONAI). Celle-ci a pour mission d’examiner les démarches restées infructueuses pour les citoyens, les journalistes et les organisations confrontés à l'inertie des services publics.

​Dans un communiqué daté du 6 mai 2026, Ibrahima Hamidou Dème, président du parti ETIC, réagissait au rejet de son recours par la Cour suprême. Sa démarche visait à obtenir des informations sur la gestion des fonds politiques alloués à la Présidence et à la Primature. Il dénonçait notamment le fait que la haute juridiction lui reproche de ne pas avoir saisi préalablement la CONAI, alors même que cette dernière n’était pas encore installée. « L’administration ne répond pas, la commission prévue par la loi n’existe pas et le juge refuse d’intervenir », résumait-il pour décrire l’impasse juridique dans laquelle il se trouvait.

​Tout au long de l'année 2026, plusieurs acteurs de la société civile ont également tiré la sonnette d'alarme sur les retards d'opérationnalisation de cette instance. En juin, l'ONG Article 19 relevait encore de lourds obstacles à l’application effective du droit d’accès à l’information. En août, d’autres organisations dénonçaient à leur tour le retard accumulé dans son installation effective.

​Nos tentatives répétées pour joindre la Primature, à laquelle la CONAI est administrativement rattachée, sont restées sans réponse.

​Un enjeu démocratique qui dépasse le cadre du journalisme

​Lorsqu’une institution tarde à communiquer des données officielles ou refuse de répondre, les conséquences négatives touchent l’ensemble du corps social. L’absence d’informations fiables et vérifiables laisse ainsi le champ libre aux interprétations erronées et à la rumeur. C’est l’analyse partagée par le Dr Birame Faye, coordonnateur régional médias à l'Institut Panos. « Un gouvernement qui refuse de faciliter l’accès à l’information produite et détenue par les sources institutionnelles encourage nettement l’industrie de la désinformation », affirme-t-il dans une contribution publiée sur Seneweb.

​Ainsi, l’absence de mécanismes pleinement opérationnels détériore la qualité globale de l’information mise à la disposition du public. En ce 28 septembre 2026, alors que la communauté internationale célèbre l’accès universel à l’information sous le thème « Préserver l’intégrité de l’information à l’ère numérique : le rôle de l’accès à l’information face au désordre informationnel », le Sénégal peine encore à s'affranchir de la culture du secret administratif.



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