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54 %, 130 députés… et le grand désenchantement ?


Rédigé le Dimanche 8 Novembre 2026 à 21:19 | Lu 14 fois | 0 commentaire(s)




54 % des suffrages. 130 députés. Une majorité confortable, presque inespérée. Au lendemain de la dissolution de la quatorzième législature, le discours était pourtant bien rodé : pour permettre au président de la République de gouverner et d'appliquer son programme, il fallait lui donner une Assemblée nationale à sa disposition. Les Sénégalais ont entendu le message. Ils ont voté. Massivement. Aujourd'hui, le spectacle auquel ils assistent est loin des promesses de campagne.

Le projet de loi de finances rectificative vient d'en faire la démonstration. Malgré les discussions, les rencontres et les tentatives de rapprochement, le texte a été rejeté. Trois fois en dix jours, les députés ont exprimé leur désaccord. L'Exécutif a défendu ses choix, la majorité parlementaire a fait valoir les siens. Et le PLFR est désormais rangé dans les tiroirs.

On peut y voir l'expression normale du contrôle parlementaire. Une majorité n'est pas une chambre d'enregistrement et les députés ont des comptes à rendre à ceux qui les ont élus. Mais une question mérite d'être posée : comment en est-on arrivé là entre des responsables issus du même projet politique, portés par le même souffle électoral et censés partager les mêmes objectifs ?

Hier, on expliquait aux Sénégalais qu'il fallait donner au président les moyens de gouverner. Aujourd'hui, ces mêmes moyens semblent se transformer en sujet de confrontation. Les explications ne manquent pas. Les arguments non plus. Mais, à force de commenter les humeurs politiques des uns et des autres, on finit par oublier la principale préoccupation des citoyens : les résultats.

Car le Sénégal ne vit pas au rythme des réunions de concertation. Les ménages continuent de subir la cherté de la vie, les jeunes attendent des perspectives, les étudiants leurs bourses et les travailleurs un quotidien moins éprouvant. Pendant ce temps, l'incertitude autour du programme de 2,2 milliards de dollars avec le FMI ajoute une préoccupation supplémentaire à une équation financière déjà délicate.

Et voilà que le budget 2027 arrive à son tour devant les députés. Faudra-t-il reprendre le même scénario ? De nouvelles tensions, des négociations interminables et, au bout du compte, un autre bras de fer ? En tout cas les rejets s'enchaînent depuis le début de l'examen, hier, en Commissions techniques. 

Le pays a pourtant d'autres urgences que de compter les points entre les différentes composantes du pouvoir.

La politique a ses réalités. Les ambitions, les divergences et les rapports de force font partie du jeu démocratique. Mais gouverner, c'est aussi savoir trouver des compromis sans perdre de vue l'intérêt général. Le président a besoin d'une Assemblée qui contrôle, le Parlement a besoin d'un Exécutif qui rende compte. Entre les deux, le Sénégal ne devrait pas être le grand oublié.

54 %, 130 députés… Les chiffres racontent une victoire électorale. Ils rappellent surtout l'immensité d'une responsabilité. Les Sénégalais n'ont pas voté pour assister à une compétition permanente entre ceux qu'ils ont envoyés aux commandes. Ils attendent que les promesses prennent corps.

Le grand désenchantement n'est peut-être pas encore consommé. Mais il serait dangereux de croire que la patience populaire est sans limites. Car, au bout du compte, les querelles politiques passent, les mandats s'achèvent, mais les difficultés des Sénégalais, elles, ne prennent jamais de vacances.



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