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Lutte contre la pêche illégale (INN) : L'ancienne ministre Fatou Diouf pointe les failles logistiques


Rédigé le Lundi 2 Novembre 2026 à 21:27 | Lu 68 fois | 0 commentaire(s)



Lors de son audition devant les députés, l'ancienne ministre des Pêches Fatou Diouf a tiré la sonnette d'alarme sur l'état de la surveillance maritime au Sénégal. Tout en revendiquant un assainissement du fichier national des navires — dont la flotte autorisée a été réduite de 132 à 111 unités entre 2024 et juin 2026 —, l'universitaire a dénoncé le manque cruel de carburant, de véhicules et de vedettes de patrouille qui paralyse les agents de la DPSP face aux prédateurs de la pêche illégale. Un dénuement logistique qui hypothèque la souveraineté maritime et menace l'avenir de la pêche artisanale.


Auditionnée à l’Assemblée nationale sur la gestion globale du secteur de la pêche, l’ancienne ministre des Pêches, des Infrastructures maritimes et portuaires, le professeur Fatou Diouf, est revenue sur l’assainissement du fichier des navires autorisés, les critères stricts de délivrance des licences et les lourdes contraintes logistiques qui entravent l'action des services de contrôle maritime. Elle a notamment mis en relief la réduction sensible de la flotte industrielle autorisée, tout en déplorant les déficits budgétaires et matériels qui compliquent la lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN).

​La gestion des licences, la surveillance des eaux sous juridiction nationale et la préservation des ressources halieutiques ont constitué le cœur du grand oral de l'ancienne ministre devant la commission d'enquête parlementaire. Face aux députés, cette enseignante-chercheuse à l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar (UCAD) a détaillé les réformes engagées dès sa prise de fonction en 2024, le bilan comptable du nettoyage du fichier et les verrous institutionnels qu'elle a tentés de poser. Fatou Diouf s'est appuyée sur son expérience au sein de l’administration des pêches, notamment à la Direction de la Marine marchande et à la Direction de la protection et de la surveillance des pêches (DPSP), pour faire valoir son expertise technique dans la conduite de ces réformes.

​ Licences de pêche : Un fichier des navires drastiquement dégraissé

​Dès son installation au ministère en 2024, Fatou Diouf affirme avoir fait de l’audit du fichier des licences une priorité absolue. L’objectif stratégique était d’établir un inventaire exhaustif des autorisations accordées, du nombre d'unités naviguant réellement et de leur conformité légale, répondant ainsi à une exigence de transparence. « Nous voulions savoir exactement combien de navires étaient autorisés, combien de licences avaient été délivrées », a-t-elle martelé devant la commission, rappelant que les ressources halieutiques appartiennent au peuple sénégalais et doivent être exploitées dans la légalité et l’équité.

​Cette opération d’assainissement administratif a permis de purger progressivement le registre de la pêche industrielle. Selon les données chiffrées présentées par l’ancienne ministre, le nombre de navires autorisés est passé de 132 à 122 unités, avant de tomber à 111 en juin 2026. Ce décompte englobe l'ensemble des flottes, y compris les navires étrangers et européens opérant dans le cadre des accords de pêche.

​Cette baisse découle d'une vérification approfondie de la conformité juridique et technique des chalutiers. Les unités inactives ou en rupture de ban réglementaire ont été purement et simplement rayées des listes, à l'image des navires demeurés plus de 30 mois sans procéder au renouvellement de leur titre de pêche. Au-delà du simple nettoyage comptable, l'enjeu consistait à verrouiller l’accès à la ressource et à imposer le respect scrupuleux du Code de la pêche maritime.

​ Surveillance maritime : Des services régionaux paralysés par le manque de moyens

​Si la purge administrative constitue un acquis, la surveillance physique des eaux demeure un défi colossal. L'ancienne ministre a vivement interpellé les parlementaires sur le dénuement matériel tragique des services régionaux de contrôle.

​De Dakar à Ziguinchor, en passant par Saint-Louis, Thiès et Mbour, les agents de la surveillance maritime opèrent dans des conditions d'extrême précarité. Le manque criant de véhicules de patrouille, les pénuries récurrentes de carburant et la vétusté des équipements nautiques brident l'action des équipes sur le littoral comme en haute mer. Pour Fatou Diouf, ce déficit logistique neutralise la capacité dissuasive de l'État : sans vedettes opérationnelles ni dotations de carburant suffisantes, les inspections en mer deviennent sporadiques et laissent de vastes zones maritimes sans surveillance.

​Pour pallier ces faiblesses structurelles, l'ancienne tutelle a indiqué avoir intensifié la coopération opérationnelle avec la Marine nationale et la gendarmerie maritime. Elle a également mis en avant la centralité du système de suivi satellitaire des navires (VMS - Vessel Monitoring System ) pour traquer les positions en temps réel, tout en reconnaissant que la technologie satellitaire reste tributaire de la capacité des unités d'intervention à se déployer en mer dès le signalement d'une infraction.

​ Pêche INN : Le combat pour la souveraineté et le respect des normes européennes

​Le dernier volet de l'audition s'est concentré sur la lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN), un fléau qui draine les stocks halieutiques, détruit la biodiversité marine et précarise des milliers de familles de pêcheurs artisans.

​Fatou Diouf a plaidé pour un durcissement des contrôles et une synergie d'action permanente entre les directions techniques, la Marine nationale et les forces de sécurité. Elle a qualifié l’application ferme du Code de la pêche de préalable indispensable à toute préservation des ressources. L'ancienne ministre a également abordé la gestion délicate du pavillon sénégalais et les exigences de conformité formulées par l'Union européenne. La conduite d'audits rigoureux et la traçabilité des captures constituent des conditions impératives pour lever les avertissements communautaires et préserver la crédibilité du Sénégal sur le marché international.

​Au terme de sa déposition, Fatou Diouf a résumé son action par la volonté de restaurer la souveraineté maritime du Sénégal, de protéger la pêche artisanale face à la raréfaction de la ressource et d'imposer une gouvernance administrative vertueuse au bénéfice des communautés littorales.



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