Plongés au cœur d’un litige foncier complexe, les héritiers de feu Charles Pierre Malick Diagne affrontent des promoteurs et certaines autorités locales. Entre accusations de faux en écriture, signatures falsifiées et trafic d’influence, la famille monte au créneau pour défendre son patrimoine ancestral.
C’est l’histoire d’un terrain agricole acquis avant l’indépendance du Sénégal, devenu aujourd’hui le théâtre d’un bras de fer judiciaire et administratif. La famille de feu Charles Pierre Diagne affirme y avoir travaillé depuis plusieurs générations. Mais les héritiers se voient désormais contraints de défendre leur propriété face à des tentatives d’appropriation qu’ils qualifient d’"illégales" et de "frauduleuses".
L’origine de la contestation : un acte jugé frauduleux
Selon Alioune Diagne, membre de la famille, les problèmes ont commencé après le décès de leur père. Profitant d’une période de réorganisation familiale, des tiers se sont installés sur le site. Lorsqu’il a cherché à comprendre les motifs de cette occupation, la partie adverse a brandi un acte de vente prétendant que le terrain avait été cédé par le défunt propriétaire.
Mais, après expertise, le document présente de graves irrégularités. « Il n’y a pas de témoins légaux, la signature de notre père est falsifiée et il manque les mentions relatives à la filiation », précise-t-il.
Plus révélateur encore, le porte-parole de la famille, Mamadou Diop Thioune, souligne une incohérence chronologique. « L’acte de vente daté de 1971 ne peut être pris en compte, car Pierre Diagne est décédé par accident en 1963, après avoir travaillé dans son champ».
La famille dénonce ainsi un montage reposant sur un acte de vente établi dans le faux, utilisé ensuite pour obtenir une délibération municipale légitimant l’occupation.
L’attitude controversée de la municipalité
La gestion du dossier par le maire de la commune, Pape Sow, suscite l’indignation des ayants droit. Saisi par la famille pour procéder à un bornage régulier, le maire se serait rapproché du camp adverse en tentant de régulariser la situation par un protocole d’accord et l’émission de nouveaux documents administratifs.
Malgré plusieurs interventions de la Direction de la surveillance et du contrôle de l’occupation du sol (DSCOS), qui avait ordonné l’arrêt des travaux, les chantiers ont repris à plusieurs reprises.
Mamadou Diop Thioune dénonce un véritable « trafic d’influence », affirmant que les promoteurs se disent protégés par des autorités administratives et judiciaires pour maintenir conteneurs et engins de chantier sur le terrain.
Neuf renvois en justice et une bataille au tribunal de grande instance
Sur le plan judiciaire, les héritiers se sont constitués partie civile. Le dossier est pendant devant le tribunal de grande instance de Dakar, après avoir subi neuf renvois successifs. La famille s’interroge sur ces lenteurs procédurales qui permettent aux occupants d’avancer dans leurs travaux alors même que le fond du droit n’a pas été tranché.
« Comment un document, objet d’un litige en justice après neuf renvois, ne peut-il pas être vidé pour permettre à chacun d’être rétabli dans ses droits ? », s’insurge Mamadou Diop Thioune.
Pour les représentants de la famille, ce cas illustre un phénomène plus large de conversion abusive de terres agricoles en propriétés bâties, touchant plusieurs zones maraîchères de Rufisque à Niague.
Une détermination intacte
Appuyée par des éléments transmis par la Direction des domaines et des impôts visant à reconstituer le fichier foncier d’origine, la famille Charles Pierre Diagne réaffirme sa détermination à épuiser toutes les voies de recours.« Nous rassemblons tous ces éléments pour interpeller l’État de droit et demandons à la justice de trancher au plus vite. Nous ne laisserons pas spolier le bien de notre père », conclut le porte-parole, bien décidé à faire toute la lumière sur cette affaire.
La réplique du maire Pape Sow : « Le terrain appartient à Seydina Oumar Sy »
Face à ces accusations, le maire Pape Sow apporte son éclairage et rejette toute forme d'irrégularité dans sa gestion municipale. Confirmant avoir rencontré la famille Diagne à plusieurs reprises, le maire précise que le terrain en litige appartient formellement à Seydina Oumar Sy, ancien ministre des Affaires étrangères, et qu'il est muni d'un numéro d'identification cadastrale (NICAD).
Selon le maire, Seydina Oumar Sy occupe ce site depuis 40 ans, y ayant réalisé de lourds investissements (murs de clôture, bâtiments). Il affirme que son administration n'a fait que procéder à la mutation d'une délibération existante prélevée du procès-verbal de la commune de Sangalkam, en respectant la continuité administrative et le contrôle de légalité des autorités de l'État (sous-préfet, cadastre, urbanisme).
Tout en invitant la famille Diagne à laisser la justice trancher sur le fond du litige de propriété, le maire s'interroge sur les motivations réelles derrière ces attaques : « Pourquoi attendre jusqu'en 2026 pour réclamer un terrain vendu par leur père ? La mairie n'est pas au-dessus des lois, nous sommes droits dans nos bottes», martèle-t-il, rejetant toute accusation de partialité ou de trafic d'influence.








