La Journée mondiale de la santé bucco-dentaire est célébrée chaque 20 mars. C'est une occasion pour remettre au cœur du débat, au Sénégal, une problématique majeure de santé publique. À la croisée des chemins, des enjeux sanitaires, sociaux et même psychologiques sont notés. Chez nous, les pratiques officielles luttent encore contre les pratiques illicites de santé bucco-dentaire.
La situation est encore problématique. En attestent les chiffres qui ont atteint une certaine ampleur.
Une situation alarmante au Sénégal
En effet, selon l’Organisation mondiale de la santé, « plus de 76 % des adultes sénégalais souffrent de caries dentaires et plus de 72 % de maladies des gencives ». Plus préoccupant encore, « environ 62 % de la population ne recourt pas aux soins dentaires, révélant des obstacles liés à l’accessibilité, au coût et au manque d’infrastructures ». Ces affections, souvent banalisées, peuvent pourtant entraîner « des douleurs intenses, des infections, une perte de dents et sont associées à des maladies non transmissibles comme le diabète, les cancers ou les maladies cardiovasculaires ».
Le noma, symbole des inégalités extrêmes
Parmi les pathologies les plus graves figure le noma, ou cancrum oris, une maladie gangréneuse qui touche principalement les enfants malnutris de moins de six ans. Présent au Sénégal, le noma est un marqueur de l’extrême pauvreté. Sans traitement, il peut être mortel dans 90 % des cas. Il détruit les tissus du visage et entraîne des séquelles lourdes, tant physiques que sociales. Sa persistance renseigne sur les inégalités d’accès aux soins et les déterminants sociaux de la santé, notamment la malnutrition et les conditions de vie précaires.
Quand la santé bucco-dentaire affecte le mental
Le ministre de la Santé et de l’Action sociale, Ibrahima Sy, insiste sur cette interconnexion. Selon lui, « le stress agit à la fois sur la santé mentale et sur la santé buccale, tandis qu’une mauvaise hygiène dentaire peut aggraver la dépression et détériorer la qualité de vie ». Au-delà des douleurs physiques, les affections bucco-dentaires ont un impact direct sur la vie sociale : gêne à sourire, perte de confiance en soi, repli sur soi. « Se sentir embarrassé à cause de ses dents peut entraîner un isolement social », a-t-il averti.
Prévention et hygiène : les conseils des spécialistes
Face à cette situation, les professionnels de santé insistent sur la prévention. La chirurgienne-dentiste Myriam Thérèse Arlette Dia Ntab rappelle que la santé bucco-dentaire repose avant tout sur des gestes simples. Elle recommande par ailleurs un brossage régulier après chaque repas, la réduction du sucre et des boissons sucrées, des consultations régulières chez le dentiste et le détartrage pour prévenir les maladies des gencives. Elle met aussi en garde contre certaines idées reçues, notamment sur la blancheur des dents, qui reste en partie liée à des caractéristiques naturelles.
Blanchiment dentaire : un marché à risques
La quête de dents blanches alimente un marché en pleine expansion, notamment sur les réseaux sociaux, où des kits de blanchiment sont vendus sans encadrement. Pour la spécialiste, « ces pratiques sont dangereuses. Le blanchiment dentaire doit rester un acte médical, réalisé par un professionnel après diagnostic. Mal effectué, il peut fragiliser les dents et aggraver les problèmes existants ». Elle alerte également sur les pratiques illégales de certains acteurs non qualifiés, qui exposent les patients à des risques importants pour la santé bucco-dentaire.
Des avancées, mais encore de nombreux défis
Malgré ces tensions, l’État sénégalais a engagé plusieurs actions : renforcement des ressources humaines, formation des agents de soins primaires, dépistage précoce du noma et campagnes de sensibilisation dans les écoles, daaras et prisons. Cependant, des défis persistent : insuffisance des infrastructures dentaires, faible accessibilité financière aux soins, manque de données épidémiologiques fiables et lenteur des mesures préventives comme la réduction du sucre.
Une mobilisation collective nécessaire
Dans un contexte où les maladies bucco-dentaires restent largement répandues et sous-traitées, les autorités appellent à une mobilisation générale : professionnels de santé, décideurs politiques et populations. La Journée mondiale de la santé bucco-dentaire rappelle ainsi que la bouche n’est pas un organe isolé, mais un reflet de l’état de santé global et du bien-être social.








