Le soutien apporté par le Président Bassirou Diomaye Faye à la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) soulève de nombreuses interrogations sur la cohérence de la démarche politique du pouvoir actuel. Comment comprendre ce rapprochement entre deux hommes qui, hier encore, incarnaient des camps opposés ? Pour une partie de l’opinion, cette séquence illustre les contradictions d’une classe politique souvent accusée de privilégier les calculs stratégiques au détriment des principes annoncés. La question est désormais de savoir si ce soutien répondait à une véritable vision diplomatique ou à une logique politique dont les conséquences n’ont pas été suffisamment mesurées.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que Macky Sall et son régime ont longtemps été au cœur des critiques portées par les partisans de la rupture politique incarnée par Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Les tensions de la période précédant la présidentielle de 2024 ont profondément marqué les esprits. Dès lors, toute initiative susceptible de rapprocher les deux camps mérite des explications claires. En politique, les alliances et les compromis ne sont pas nécessairement condamnables, mais ils deviennent problématiques lorsqu’ils semblent contredire les engagements pris devant les citoyens. Ceux qui ont voté pour un changement de gouvernance sont en droit de demander des comptes sur les choix opérés en leur nom.
C’est dans ce contexte que l’expression « rouler Diomaye dans la farine » prend tout son sens dans le débat politique. Elle traduit le sentiment de ceux qui estiment que les anciens mécanismes du pouvoir conservent une capacité d’influence, même après une alternance. Le système, souvent dénoncé pour ses réseaux et ses stratégies de repositionnement, aurait-il réussi à transformer une initiative diplomatique en opportunité politique ? Cette interprétation reste à confronter aux faits, mais elle pose une question essentielle : un nouveau pouvoir peut-il réellement incarner la rupture s’il reprend, sans explication suffisante, certaines pratiques de ses prédécesseurs ? La transparence est indispensable pour dissiper les soupçons et éviter que les décisions présidentielles ne soient interprétées comme des arrangements entre élites.
Au fond, cette affaire dépasse la seule candidature de Macky Sall à la tête de l’ONU. Elle interpelle directement la crédibilité du projet de rupture porté devant les Sénégalais. Le Président Diomaye Faye doit pouvoir expliquer les motivations de ses choix diplomatiques et politiques, tandis que les citoyens doivent pouvoir juger ces décisions à l’aune des engagements pris pendant la campagne. La rupture ne se proclame pas seulement dans les discours : elle se mesure aussi à la cohérence des actes, à la transparence des décisions et au respect des attentes populaires. Car lorsqu’un pouvoir promet de tourner une page de l’histoire politique, chaque rapprochement avec l’ancien régime devient une épreuve de confiance.








