Le rapport Sénégal et Afrique du Projet mondial de monitorage des médias (GMMP) 2025 a été présenté à Ziguinchor où un plaidoyer fort pour des médias sensibles au genre, en particulier à la place des femmes a été fait. Placée sous le thème « De l’évidence à l’action », la rencontre a réuni autorités locales, représentants ministériels, acteurs de la société civile et professionnels des médias du pays (Dakar, Saint-Louis, Matam, Ziguinchor, entre autres) et des partenaires de la sous-région.
La réunion, présidée par Amie Joof Cole, directrice exécutive du Réseau inter-africain pour les femmes, médias, genre et développement (FAMEDEV) a permis de présenter un diagnostic du rapport et de la prise en charge du genre dans le secteur des médias durant deux jours. Une soixantaine de participants ont pris part aux échanges.
Un diagnostic persistant
Créé en 1995 par la WACC à la suite de la Conférence de Beijing, le Projet mondial de monitorage des médias (GMMP) est devenu l’outil de référence mondiale pour mesurer la place des femmes dans les médias. Trente ans après, les constats restent préoccupants : les femmes demeurent minoritaires dans les contenus, rarement sollicitées comme sources expertes et souvent cantonnées à des rôles stéréotypés.
Au Sénégal, malgré un cadre juridique favorable, le monitorage révèle une forte asymétrie. La majorité des sujets médiatiques concernent les hommes, selon le rapport. Les organisateurs pointent des logiques structurelles – biais dans les recrutements, pesanteurs socioculturelles et routines rédactionnelles peu sensibles au genre.
Casamance, symbole de décentralisation au cœur du suivi des médias
Le choix de Ziguinchor traduit une volonté de décentraliser les actions et de renforcer les capacités des journalistes régionaux. Pape Adama Touré, chargé de projet, a souligné l’importance de consolider les acquis des formations déjà menées sur les enjeux liés au genre.
La rencontre a également rassemblé des partenaires venus de plusieurs pays africains, dont Madagascar, le Burkina Faso et le Togo, en plus de la participation de journalistes et autres acteurs de médias des régions du Sénégal, mettant la Casamance au cœur du suivi des médias.
Entre opportunités et nouveaux défis
La révolution numérique ouvre des perspectives inédites pour les voix féminines, mais elle s’accompagne de défis : biais algorithmiques, violences en ligne et précarisation des métiers de l’information. Pour Diakoumba Gassama, responsable de programme à la fondation Hewlett, « l’égalité entre les hommes et les femmes est une lutte de longue durée. Les médias doivent refléter la voix de la moitié de la population ». Elle a rappelé l’importance de valoriser des figures féminines inspirantes, à l’image d’Aline Sitoé Diatta.
Pour la directrice exécutive du FAMEDEV, l’heure est à l’action. Il faut, selon elle, repenser les pratiques rédactionnelles, promouvoir des politiques inclusives de recrutement et investir les espaces numériques comme leviers de transformation. « Les médias ne sont pas de simples miroirs de la société ; ils en sont aussi des architectes », a insisté Amie Joof Cole.
Ce lancement du Projet mondial de monitorage des médias (GMMP) se veut un point de départ pour bâtir des systèmes médiatiques véritablement sensibles au genre, au service d’une société plus juste et inclusive.













