Au Sénégal, les accidents de la route, du travail ou domestiques continuent de faire de nombreuses victimes. Entre fractures et os brisés, la grande problématique demeure la prise en charge médicale. En effet, ces traumatismes nécessitent une intervention rapide et, de préférence, spécialisée. Seulement, la réalité sur le terrain révèle de multiples difficultés qui compromettent souvent la guérison complète des patients et augmentent les risques de handicap durable. Nous avons tenté d’aller en profondeur…
Les difficultés persistantes de la prise en charge médicale au Sénégal concernent pratiquement toutes les spécialités. La prise en charge est souvent tardive. Dans le domaine des traumatismes liés aux accidents, le handicap est souvent la suite malheureuse pour les victimes.
L’un des principaux obstacles réside dans le retard d’accès aux soins appropriés. Après un accident, de nombreuses victimes peinent à être évacuées rapidement vers une structure sanitaire adaptée, faute d’ambulances disponibles ou en raison de l’éloignement des hôpitaux spécialisés, renseigne Ousmane Ndoye. Dans certaines zones rurales, les centres de santé ne disposent que de moyens limités, se contentant d’une immobilisation provisoire avant une éventuelle référence vers un hôpital régional ou national, explique le président de l’Association des personnes handicapées victimes d’accidents. « Ce retard dans la prise en charge peut aggraver la fracture, compliquer le traitement et prolonger la durée de la convalescence », renseigne un orthopédiste.
À ce retard s’ajoute un plateau technique insuffisant et ne répondant pas aux normes. « La faiblesse du plateau technique constitue une autre difficulté majeure. Plusieurs structures sanitaires manquent d’équipements essentiels comme des appareils de radiographie fonctionnels, des scanners ou le matériel d’ostéosynthèse nécessaire aux interventions chirurgicales. » À cela s’ajoutent des pannes fréquentes et des ruptures de stocks de médicaments indispensables, notamment les antalgiques et les antibiotiques.
Par ailleurs, le nombre de chirurgiens orthopédistes et traumatologues reste insuffisant face à la demande croissante, entraînant une surcharge de travail dans les hôpitaux de référence, en particulier à Dakar. Pour de nombreuses familles, la prise en charge financière des fractures représente un véritable parcours du combattant. Les frais liés aux examens radiologiques, aux interventions chirurgicales, à l’hospitalisation et aux implants orthopédiques sont souvent élevés et restent en grande partie à la charge du patient. Malgré l’existence de mutuelles de santé, la couverture demeure limitée, laissant de nombreuses victimes sans protection sociale effective. « Cette situation pousse certains patients à retarder leur traitement, à refuser une chirurgie pourtant nécessaire ou à quitter l’hôpital contre avis médical », renseigne le docteur Maronne, médecin du travail.
Un suivi et une rééducation insuffisants
Au-delà de la phase aiguë, le suivi post-fracture et la rééducation restent insuffisants. « Les services de kinésithérapie sont rares, coûteux ou difficilement accessibles, notamment en dehors des grandes villes. Beaucoup de patients abandonnent ainsi le suivi médical, s’exposant à des complications telles que la mauvaise consolidation osseuse, les raideurs articulaires ou les douleurs chroniques. » Les insuffisances dans la prise en charge des fractures ont des conséquences importantes : perte d’autonomie, incapacité de travailler, baisse des revenus et augmentation du nombre de personnes vivant avec un handicap évitable. Ces situations fragilisent non seulement les victimes, mais aussi leurs familles.
Des solutions attendues
Face à ces défis, les acteurs de la santé appellent à un renforcement des services de traumatologie dans les hôpitaux régionaux, à une meilleure subvention des soins et des implants orthopédiques, ainsi qu’à une effectivité réelle de la couverture maladie universelle. Le développement de services de rééducation accessibles et la formation continue du personnel médical apparaissent également comme des priorités. La prise en charge des victimes d’accidents avec fracture au Sénégal demeure un défi majeur de santé publique. Améliorer l’accès aux soins, réduire les coûts et renforcer les capacités des structures sanitaires sont des leviers essentiels pour limiter les séquelles et redonner aux victimes une chance réelle de rétablissement.







