De l'enfant orphelin élevé par une mère vendeuse de légumes au chercheur dont le nom est désormais gravé dans l'histoire de la microbiologie, le parcours du Pr Makhtar Camara est celui d'une ascension exceptionnelle. Dans son édition du samedi, L'Observateur retrace l'itinéraire de cet enseignant-chercheur de l'UCAD, récemment honoré par la découverte d'une nouvelle espèce bactérienne baptisée Neobacillus Camarae, tout en revenant sur les épreuves personnelles qui ont marqué sa vie.
1. Une empreinte historique dans la science sénégalaise
Le Pr Makhtar Camara, enseignant-chercheur à la Faculté de médecine, de pharmacie et d'odonto-stomatologie de l'UCAD, a contribué à la découverte d'une nouvelle espèce bactérienne isolée dans le microbiote du lait maternel au Sénégal. En reconnaissance de sa contribution, cette bactérie a été officiellement baptisée Neobacillus Camarae, inscrivant son nom dans la nomenclature scientifique.
2. Un deuil brutal au moment de la consécration
Derrière cette avancée scientifique se cache une profonde tragédie personnelle. Le 18 janvier 2026, quelques mois avant cette consécration, son épouse, Diamilatou Bâ, décède brutalement. « Elle m'a toujours soutenu, compris et encouragé à aller plus loin », confie le chercheur. Depuis cette disparition, il a choisi de réduire ses déplacements internationaux afin de consacrer davantage de temps à ses deux fils, âgés de 13 et 9 ans.
3. Une enfance marquée par l'absence de son père
Né à la cité Radio des HLM de Rufisque avant de grandir à la Sicap Liberté 1, Makhtar Camara perd son père en 1973 alors qu'il n'a que trois ans. Élevé par sa mère et ses grands frères, il développe très tôt une forte détermination à réussir. « Je me disais que je n'avais pas le droit d'échouer, parce que mon père n'était pas là », confie-t-il.
4. De la musique aux laboratoires
Avant de se passionner pour la recherche, Makhtar Camara rêvait de devenir musicien. Admirateur du bassiste El Hadji Bob Sène (Super Diamono), il souhaitait apprendre la basse électrique durant ses années universitaires. Mais les difficultés familiales l'obligent à renoncer à ce projet. Sa première bourse universitaire, d'un montant de 160 000 F CFA, sert à soutenir sa famille, orientant définitivement son destin vers la science.
5. Un parcours d'excellence
Guidé par les professeurs Souleymane Mboup, Cheikh Saad-Bouh Boye et Alioune Dièye, il se distingue très tôt par son sérieux. Dès sa quatrième année de pharmacie, il fait fonction d'interne à l'hôpital Aristide Le Dantec. Il poursuit ensuite un Ph.D. à l'Institut de médecine tropicale d'Anvers (Belgique) entre 2005 et 2010, devient enseignant en 2009, puis professeur titulaire en 2018.
6. Une recherche tournée vers la santé publique
Pour le Pr Makhtar Camara, la découverte de Neobacillus Camarae dépasse le cadre d'une distinction scientifique. Ses recherches visent à contribuer à la lutte contre la malnutrition sévère aiguë et la résistance aux antibiotiques. Reconnu pour sa grande rigueur, il transmet cette exigence à ses étudiants, dont plusieurs saluent aujourd'hui une formation qui leur a permis de réussir dans les milieux scientifiques les plus exigeants.
7. Un scientifique reconnu pour son humilité
Malgré la notoriété acquise, notamment lors de ses interventions publiques pendant la pandémie de Covid-19, Makhtar Camara reste d'une grande discrétion. Longtemps, ses voisins de la cité Mixta ont ignoré qu'ils côtoyaient l'un des chercheurs sénégalais les plus distingués. Pour son entourage, il demeure avant tout « le professeur », apprécié pour sa simplicité, sa modestie et son humilité.








