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Arrêtons de mythifier le baccalauréat


Rédigé le Lundi 13 Juillet 2026 à 13:42 | Lu 38 fois | 0 commentaire(s)




Un élève qui se donne la mort après un échec au baccalauréat. Une candidate qui s’effondre lors de la proclamation des résultats. Voilà deux faits parmi tant d’autres qui indiquent Ã  suffisance que la charge émotionnelle imposée aux candidats au bac est bien trop élevée. Rien que la façon de rendre publics les résultats peut conduire à la mort d’un prétendant. Cette longue et anxieuse attente, cette intenable déclamation des noms des admis constituent d’interminables minutes qui peuvent faire lâcher les cÅ“urs les plus fragiles.

Pourquoi a-t-on besoin de sapeurs-pompiers et autres agents de secours pendant la proclamation des résultats ? La réponse à cette question suffit pour se rendre compte qu’il y a problème. Pour les badauds et autres curieux, cette dramatisation est la bienvenue. C’est pourquoi, dans beaucoup de localités, ouvriers, commerçants et sans-emploi se précipitent vers les centres d’examen pour se délecter du spectacle. Mais pour les candidats et leur famille, c’est une vraie torture, un autodafé académique.

On se demande encore pourquoi le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (s’il vous plaît) n’a jamais pensé Ã  mettre fin à ce supplice à l’ère du numérique, et même bien avant. Maintenant que le ministère de l’Éducation a indiqué la voie à travers des résultats disponibles par QR code, on espère que le département de l’Innovation suivra dès l’année prochaine afin de soulager les candidats.

Mais, en vérité, la proclamation des résultats n’est qu’une question périphérique : le vrai débat réside dans cette mystification du premier diplôme universitaire. Pas plus tard que la semaine dernière, une candidate ayant réussi avec mention disait à la télévision qu’au Sénégal, « si vous n’avez pas le bac, vous n’avez rien ». C’est justement cette conception du baccalauréat qui pose problème. Au Sénégal, le discours ambiant, à l’école comme dans le quartier, fait penser que le bac est la seule porte de la réussite.

Au point que certaines familles mettent une pression terrible sur les candidats. Combien de fois a-t-on entendu une maman dire à son garçon qu’il n’aura jamais le bac, qu’il sera la risée du quartier ? Non pas parce qu’elle le lui souhaite ou qu’elle le pense, mais pour fouetter son orgueil et le pousser à la réussite. Mais ce discours a-t-il toujours l’effet escompté ? Certaines filles, plus fragiles sur ce point, en arrivent Ã  déprimer parce qu’elles en font une affaire de vie ou de mort.

En vérité, quand vous passez le bac, c’est tout le quartier qui en fait son affaire. Vous êtes scruté, attendu au tournant. Et, en fonction des jugements portés sur vous, on vous attribue le bac ou on vous fait échouer avant les examens. Quand un garçon turbulent passe, c’est un accident ou l’effet d’un marabout, peu importe qu’il soit intelligent et studieux. Lorsqu’un élève apprécié dans le quartier échoue, on invoque d’autres facteurs, sans avoir la moindre idée de son niveau à l’école. Tout ceci multiplie le stress chez certains candidats, au risque de les faire échouer.

Moins d’ouvriers, plus de bacheliers sans savoir-faire

L’idée ici n’est pas de réduire le baccalauréat à un bout de papier. Au contraire, un pays qui veut se développer a besoin d’une jeunesse instruite et bien formée. Et avoir le niveau bac est le minimum pour disposer d’une masse critique de jeunes compétents dans les domaines clés afin de faire décoller un pays. L’éducation reste donc la plus puissante arme de développement d’un pays. Il n’est donc pas question de dévaloriser ce diplôme.

Mais, en même temps, il est bon de faire comprendre aux élèves que le bac n’est ni le début ni la fin de la vie ou d’une existence. Il est juste une étape parmi tant d’autres. Pour calmer toute cette folie, une fille a posté une vidéo sur les réseaux sociaux rappelant qu’elle est vendeuse ambulante de miel, alors qu’elle a le bac. On aura vu des étudiants devenir charretiers, maçons, vendeurs à la sauvette ou candidats à l’émigration clandestine. Certains sont retournés au village pour cultiver la terre, sans aucune plus-value tirée de leurs études.

Encore une fois, l’objectif de cette réflexion n’est pas de détourner les jeunes des études. Elle cherche à réduire la charge émotionnelle autour du bac. Mais cela ne sera possible tant que ce diplôme restera considéré comme l’exemple de la réussite par excellence. Pour réussir ce pari, l’État du Sénégal doit en finir avec ce bac général survalorisé. Le pays a besoin de parcours alternatifs. L’intelligence ne doit pas se mesurer exclusivement à la capacité à réciter sans comprendre.

Aujourd’hui, les jeunes désertent les ateliers pour le petit commerce. Il devient de plus en plus difficile de trouver un menuisier, un plombier ou un électricien pour les petits travaux (les corvées) dans les maisons. Pendant ce temps, on assiste à une augmentation du nombre de bacheliers sans aucun savoir-faire (parfois même sans savoir-être). La rencontre entre ces deux sphères serait d’un grand bénéfice pour le Sénégal. Le moment est donc venu de valoriser l’enseignement technique, l’artisanat et d’apporter un peu de bémol au bac général. Il y va de l’avenir du Sénégal.



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