Où étiez-vous lorsqu’une femme était traitée de « guenon atteinte d’AVC » ? Où étiez-vous lorsqu’une députée était ridiculisée pour son goût vestimentaire (du bleu sur du bleu : vous en avez même fait un challenge) ? Où étiez-vous lorsque des citoyens ordinaires étaient la cible de moqueries et d’humiliations publiques ?
Depuis quelques jours, les réseaux sociaux s’enflamment autour des propos d’une ancienne députée moquant la coiffure d’une jeune femme ministre qui pourrait avoir l’âge de sa fille ou de sa petite-fille. L’indignation est légitime. Mais elle ne doit pas être à géométrie variable.
Il est dit que Dieu a créé l’être humain à Son image. Pourtant, ceux qui n’ont participé ni à sa création ni à son destin s’autorisent chaque jour à juger, rabaisser et humilier leur semblable. La dignité humaine ne devrait pas être défendue par opportunisme, par affinité politique ou par effet de mode. Elle devrait être protégée en permanence, quelles que soient les personnes concernées.
On affirme souvent que « l’homme naît bon, mais que la société le corrompt ». Je crois, pour ma part, que l’être humain peut choisir de rester bon. Cela demande un effort quotidien, une volonté de maîtriser ses pulsions et de privilégier le respect à l’insulte.
La philosophie nous enseigne la théorie du ça, du moi et du surmoi. Chacun porte en lui des pensées parfois inavouables ou blessantes. Mais le rôle de la conscience, de l’éducation et des valeurs est précisément de les contenir. Nous ne sommes pas condamnés à exprimer tout ce qui nous traverse l’esprit. Nous avons la responsabilité de choisir nos mots et nos comportements.
Le débat public sénégalais gagnerait à s’élever. Au lieu de nous attarder sur les traits physiques de nos compatriotes, interrogeons-nous sur les véritables défis qui menacent notre société : la drogue qui détruit notre jeunesse, l’éducation, l’emploi, la protection de nos enfants et l’avenir de nos communautés.
Je n’ai rien contre ceux qui défendent aujourd’hui la ministre des Sports. Au contraire. Je salue toute prise de position contre les attaques personnelles. Mais j'invite chacun à faire preuve de la même énergie lorsque d'autres personnes sont victimes d'humiliations. La défense de la dignité humaine ne doit pas dépendre de l’identité de la victime.
Concernant cette jeune ministre, beaucoup soulignent sa beauté naturelle. Elle est, en effet, une femme qui assume son apparence sans artifices. Mais l’essentiel n’est pas là . Au-delà de son physique, nombreux sont ceux qui mettent en avant son intelligence, son parcours et les compétences qui lui ont valu la confiance des autorités. C’est sur ces critères que devrait porter le débat.
Quant à ceux qui réduisent les autres à leur apparence, ils oublient souvent que les blessures causées par les mots peuvent être profondes. Une personne a davantage besoin d’encouragements, de soutien et de reconnaissance que de mépris ou de moqueries.
Ayons donc de la hauteur. Refusons le body-shaming, les insultes et les jugements fondés sur le physique, quelles qu’en soient les cibles. Rappelons à chaque être humain que son existence est précieuse. La grandeur d’une société se mesure aussi à sa capacité à respecter la dignité de chacun.
Parce qu’au final, la véritable élégance ne se trouve ni dans une coiffure, ni dans une tenue, ni dans une apparence. Elle se trouve dans le regard que nous portons sur les autres et dans le respect que nous leur accordons.








