Le changement climatique frappe déjà de plein fouet les enfants et jeunes travailleurs africains. C'est ce que révèle une enquête menée dans 15 pays par le Mouvement africain des enfants et jeunes travailleurs (MAEJT) et Enda Jeunesse Action International (EJAI), présentée lors d'un webinaire organisé à l'occasion de la Journée de l'enfant africain 2026. Réalisée auprès de plus de 630 enfants et jeunes travailleurs, l'étude montre que 78 % des répondants sont conscients des effets du dérèglement climatique sur leur quotidien.
Près d'un enfant sur deux affirme que son activité est devenue plus pénible ou plus dangereuse. La hausse des températures apparaît comme la principale menace. Près de 74 % des participants constatent une aggravation des fortes chaleurs. Les inondations suivent de près, affectant près d'un enfant sur deux. La sécheresse et la baisse des rendements agricoles aggravent également les difficultés des familles qui vivent de l'agriculture et de l'élevage. « Le sol est devenu très dur à cause de la sécheresse. Nous devons fournir davantage d'efforts pour le cultiver », témoigne une jeune agricultrice béninoise. Au-delà de la pénibilité du travail, les risques augmentent. Selon l'enquête, 43 % des enfants et jeunes travailleurs estiment que leurs activités sont aujourd'hui plus dangereuses. Un jeune Sierra-Léonais explique que les fortes pluies rendent les déplacements vers les champs particulièrement risqués et que les inondations peuvent emporter les personnes qui s'y aventurent.
L'étude met également en lumière une autre conséquence inquiétante : les déplacements forcés. Plus d'un tiers des enfants interrogés déclarent avoir quitté leur lieu de vie ou de travail à cause des effets du changement climatique. « Les inondations nous ont obligés à quitter notre maison », raconte une jeune Ivoirienne. Selon les chercheurs, cette mobilité forcée expose davantage les enfants à la précarité, aux ruptures scolaires et à la perte de leurs repères sociaux. Le changement climatique affecte aussi leur participation à la vie communautaire. Plus de 36 % des répondants disent rencontrer des difficultés pour prendre part aux activités associatives ou récréatives. Une jeune fille de Côte d'Ivoire explique que les espaces de jeux sont souvent envahis par les eaux après les fortes pluies, empêchant les enfants de s'y retrouver.
L'enquête souligne ainsi que plusieurs droits fondamentaux sont aujourd'hui menacés : le droit à un travail léger et sécurisé, le droit de ne pas être contraint à l'exode ainsi que le droit à la participation sociale. Malgré ce constat alarmant, les enfants interrogés refusent de céder au fatalisme. Ils demandent davantage de sensibilisation, des formations aux techniques agricoles durables, des programmes de reboisement et une implication plus forte des jeunes dans l'élaboration des politiques climatiques.
Pour les responsables du MAEJT et d'Enda Jeunesse Action International, protéger l'environnement revient désormais à protéger les enfants. Ils estiment que les stratégies d'adaptation au changement climatique doivent impérativement intégrer la défense des droits de l'enfant, car derrière chaque catastrophe climatique se cache une reality humaine souvent invisible : celle d'enfants contraints de travailler davantage, de migrer ou de renoncer à leurs rêves pour survivre.








