Invité de l'émission Jury du Dimanche (JDD) sur iRadio, l'expert commercial et économique El Hadji Alioune Diouf a dressé un diagnostic approfondi sur la régulation des marchés, la souveraineté économique et la protection des secteurs stratégiques au Sénégal. L'analyse de la distribution montre que l'installation des commerçants chinois a permis de réguler le marché du textile en faisant baisser des prix autrefois artificiellement surévalués par certains acteurs locaux. Ces derniers importaient des biens à bas coût pour les revendre avec des marges excessives. L'arrivée de ces nouveaux acteurs a permis aux ménages d'accéder plus facilement à des produits abordables, notamment pour l'habillement des élèves lors de la rentrée scolaire. Par ailleurs, l'implantation d'enseignes telles qu'Auchan s'inscrit dans le cadre des engagements internationaux pris par le Sénégal en 1994 lors de son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), ouvrant les marchés de la distribution en gros et au détail aux investisseurs extérieurs.
Si la concurrence étrangère a pu assainir certains marchés, l'ouverture économique ne doit pas conduire à une perte de souveraineté. Le Sénégal a su protéger des domaines cruciaux comme l'enseignement supérieur, préservé de l'implantation d'universités étrangères, ou encore le secteur de la santé, où la détention des pharmacies et des cliniques reste strictement réservée aux nationaux. À l'inverse, des manques de régulation se font sentir dans l'hôtellerie et le tourisme, notamment sur la Petite-Côte et au Cap Skirring, où des problèmes de transports aériens et terrestres ainsi que des dérives d'aménagement mettent en péril le modèle économique local.
La question financière requiert également une restructuration urgente. Alors que la fonction publique compte entre 185 000 et 200 000 agents, aucune banque nationale ne gère la majorité de leurs salaires. La banque marocaine Attijariwafa concentre à elle seule environ 40 % de ces services. L'établissement d'une banque nationale capable de capter au moins 50 % des salaires des fonctionnaires apparaît comme un prérequis essentiel de la souveraineté financière.
L'impératif de régulation touche de plein fouet le secteur agroalimentaire. Le Sénégal demeure un importateur net de riz et d'huile végétale depuis 1980, une vulnérabilité critique à l'heure où les grandes puissances privilégient le friend-shoring et la relocalisation stratégique face aux tensions mondiales. Des leviers de souveraineté existent pourtant, comme la valorisation industrielle locale consistant à produire de l'huile d'arachide combinée à 40 % d'huile de palme, ou l'incorporation des céréales locales pour substituer progressivement le blé importé par le manioc, le sorgho ou le maïs dans la confection du pain. Le tout doit s'appuyer sur l'expertise reconnue des boulangers sénégalais pour transformer ces intrants locaux et faire face à la hausse des cours mondiaux.
Pour préserver le pouvoir d'achat sur l'ensemble du territoire, l'application rigoureuse de mécanismes de péréquation est indispensable afin que le prix des produits de première nécessité soit harmonisé entre Dakar, Pikine ou Kédougou. Le rôle des comités régionaux de développement et le modèle de la Caisse de péréquation et de stabilisation des prix rappellent que la régulation publique reste le garant de l'équité sociale et territoriale.








