Vipeoples.net  | Site d'actualité générale sénégalaise des VIP


L’opposition sénégalaise interpellée : « Construire une nouvelle majorité pour faire émerger le Sénégal du XXIe siècle » (par Abdou Fall, ancien ministre)


Rédigé le Lundi 5 Octobre 2026 à 13:55 | Lu 43 fois | 0 commentaire(s)




L’alternance de 2024 avait suscité une immense espérance, particulièrement chez les jeunes. 

Elle avait porté une nouvelle génération au pouvoir, avec la promesse d’une transformation profonde du pays.

Depuis, les évolutions au sein de cette majorité, la recomposition de l’Exécutif et du Parlement, ainsi que les débats qui les accompagnent, ont profondément modifié le paysage politique.

À cela s’ajoutent les contraintes économiques et financières, qui réduisent les marges de manœuvre de l’État et entament la confiance des citoyens comme celle des partenaires du Sénégal.

La crise politique actuelle, installée au cœur de nos institutions, place notre pays dans une phase de transition politique de fait, qui semble manifestement approcher de son terme.

Elle ouvre, dans le même temps, une nouvelle étape de recomposition des forces en présence, qui appelle à la réflexion et à des initiatives collectives.

Dans un tel contexte, notre devoir est de regarder au-delà des difficultés du moment.

La question politique nationale ne peut être réduite à savoir qui gouvernera demain.

Elle est plutôt, et d’abord, de déterminer quel Sénégal nous voulons construire et sur quelles bases préparer son avenir, dans un pays qui conserve encore tous ses atouts et toutes ses potentialités, malgré les errements du moment.

Le Sénégal d’aujourd’hui se trouve ainsi à la fin d’un cycle historique.

L’opposition républicaine et démocratique est objectivement interpellée sur son devoir de se réinventer pour offrir au pays les voies d’un avenir de renouveau, à partir de la consolidation et du dépassement des acquis des précédents mandats.

C’est pourquoi elle doit certes se préparer aux échéances électorales à venir, mais elle doit également se projeter sur le devenir du Sénégal, à la lumière des mutations qui traversent nos sociétés et le monde dans tous les domaines.

Elle a la responsabilité de créer un espace de vastes concertations et de se soumettre à un exercice d’évaluation sans complaisance, afin de tirer les leçons du passé, de dépasser les tensions actuelles et de préparer une véritable alternative nationale, en associant progressivement toutes les forces politiques, économiques et sociales actives du pays.

L’APR, son leader, les anciens compagnons de BBY, comme ceux qui ont choisi d’autres chemins, disposent d’une expérience de l’État et de la conduite des affaires publiques.

Ce capital est national, immense et précieux.

Il peut désormais se conjuguer avec les aspirations nouvelles de la société en matière de liberté, de transparence, de justice, de participation citoyenne, de mérite, d’innovation et d’efficacité.

Il ne s’agit ni de restaurer le passé ni de nier le présent.

Il s’agit de faire dialoguer l’expérience et le renouvellement, les générations politiques et les forces nouvelles.

C’est tout le sens du concept de nouvelle majorité, à construire sur des bases nouvelles.

La vocation d’une opposition en démocratie est la conquête et l’exercice du pouvoir.

Mais, dans les circonstances historiques actuelles, elle doit d’abord faire émerger, au-delà des frontières partisanes, un socle de convergences sur les grandes questions qui engagent l’avenir du Sénégal.

Une majorité d’idées, traduite en programmes alternatifs, ne serait pas une coalition de circonstance.

Elle serait le résultat de convergences entre des hommes et des femmes de bonne volonté, déterminés à porter ensemble des valeurs, des compétences et un grand projet national.

Il s’agira de bâtir une véritable alternative de refondation de l’État et des institutions, de l’école et de la politique linguistique, de l’économie, de l’agriculture et de l’industrie, de la politique énergétique, de l’aménagement et du développement des territoires, ainsi que du pacte social, adapté aux réalités nouvelles d’une société fondée sur le savoir, l’innovation, le mérite et la responsabilité.

Cette démarche doit s’ouvrir à toutes les forces vives du pays , entrepreneurs, syndicats, agriculteurs, travailleurs du secteur informel, enseignants, universitaires, intellectuels, jeunes, femmes, collectivités territoriales, société civile, diaspora, monde culturel et religieux.

Car chacun détient une part de la réponse.

Le Sénégal a besoin d’un rassemblement autour d’idées, de valeurs et d’une vision partagée, traduite dans un programme politique consensuel de construction démocratique de la Nation.

Les crises que traversent aujourd’hui nos institutions s’inscrivent également dans les transformations qui affectent l’État postcolonial dans la plupart des pays d’Afrique noire francophone.

Nous devons y répondre par une voie propre, fondée sur notre histoire, notre expérience, notre génie national et les aspirations nouvelles de la société.

Dans cette démarche, le Président Macky Sall devra naturellement apporter une contribution décisive.

Et quelle que soit l’issue de sa candidature au Secrétariat général des Nations unies, son expérience de l’État, de l’Afrique et des relations internationales reste une ressource essentielle pour le pays.

Mais cette démarche ne peut dépendre d’un seul homme.

Elle doit impliquer plusieurs générations d’acteurs politiques, économiques et sociaux, décidés à dépasser les contingences du moment.

Nous devons pouvoir nous parler sans renier nos convictions.

Il s’agira de nous retrouver pour travailler ensemble, sans effacer nos différences.

Le temps est peut-être venu de passer de la politique des partis et des camps à la politique des projets.

Cela exige de nouveaux modes de dialogue, ainsi que l’ambition et la lucidité nécessaires à une gouvernance partagée des politiques publiques.

L’alternance est essentielle à la démocratie. Mais elle ne peut être notre seul horizon.

L’alternance change les majorités. L’alternative change les perspectives. La refondation change durablement le pays.

C’est cette voie qu’il faut ouvrir, dans un esprit de dialogue et de responsabilité collective.

L’opposition a aujourd’hui le devoir de lancer cette dynamique, à condition de se donner une ambition suffisamment large pour réunir expériences, compétences et aspirations autour d’un nouveau projet national , celui de construire une majorité d’idées et, à terme, une majorité de gouvernement.

Dans la perspective des prochaines échéances électorales, qu’elles soient locales, législatives ou présidentielles, l’opposition républicaine et démocratique a le devoir de se rassembler autour d’une majorité d’idées, déclinée en projets et en programme de mandature.

À partir d’un projet collectif de refondation du Sénégal, l’ambition partagée doit être de remettre le pays sur la voie de l’émergence, autour d’un programme de gouvernement de large union nationale, sans exclusive ni esprit de revanche.

L’enjeu est de bâtir ensemble une nouvelle majorité capable de transformer nos différences en richesse, notre expérience en force et nos aspirations en moteur d’un Sénégal libre, stable, ambitieux, productif et souverain.

Un Sénégal qui change durablement de perspective et assume pleinement sa place parmi les nations qui comptent au XXIe siècle.

Par Abdou Fall

Ancien Ministre d’État



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Les messages jugés choquants seront de suite supprimés


LERAL TV CANAL 33 SENEGAL


Facebook

Publicité