Monsieur le Premier ministre…vos déclarations ont mis en lumière des contradictions notables
Lettre ouverte à Monsieur le Premier ministre Ousmane Sonko
Monsieur le Premier ministre,
Votre passage récent à l’Assemblée nationale du Sénégal, dans le cadre des questions d’actualité, a suscité de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique. Plusieurs de vos déclarations ont mis en lumière des contradictions notables entre les positions que vous défendiez hier dans l’opposition et celles que vous soutenez aujourd’hui à la tête du gouvernement.
- Sur la question des étudiants et de la présence des forces de défense et de sécurité (FDS)
Lorsque vous étiez dans l’opposition, vous affirmiez avec force que des FDS « armées jusqu’aux dents » n’avaient rien à faire dans l’enceinte universitaire, soutenant que les étudiants ne sont ni des criminels ni des ennemis de la République.
Aujourd’hui, une fois aux responsabilités, vous envisagez l’installation d’un commissariat au sein même de l’université. Plus encore, après avoir qualifié la situation des étudiants de « simple malentendu » lors d’une tournée politique, vous avez reconnu devant la représentation nationale avoir donné l’ordre aux forces de l’ordre de pénétrer dans le campus social — une intervention qui s’est soldée par la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba.
Ce revirement interroge. Les étudiants semblent ainsi payer le prix d’un changement de posture politique qu’ils n’avaient peut-être pas anticipé.
- Sur la question de l’homosexualité
Dans l’opposition, vous déclariez publiquement que si vous étiez élu Président de la République, la loi criminalisant l’homosexualité serait l’un des premiers textes que vous feriez adopter.
Aujourd’hui, au pouvoir, votre discours a évolué. Vous affirmez que l’homosexualité est tolérée au Sénégal et évoquez la possibilité de limiter certaines sanctions. Devant les députés, vous adoptez une posture plus nuancée, voire défensive, notamment sur la question de la transmission volontaire du VIH.
Or, il convient de rappeler que la transmission volontaire du VIH est réprimée par la loi n°2010-03 du 9 avril 2010 relative au VIH/Sida. Les personnes poursuivies dans ce cadre ne le sont pas en raison de leur orientation sexuelle, mais pour des infractions pénales telles que l’association de malfaiteurs ou la transmission volontaire du VIH.
Il est donc juridiquement inexact de présenter ces poursuites comme une répression liée à l’homosexualité. Par ailleurs, la brigade de recherches de la gendarmerie de Keur Massar n’a, à ce jour, divulgué aucun secret médical. Les procédures engagées s’inscrivent dans le strict respect du cadre légal en vigueur.
- Sur la question agricole et les promesses faites aux paysans
S’agissant des agriculteurs, vous aviez annoncé une enveloppe de 50 milliards de francs CFA destinée à l’achat de l’arachide afin de soutenir les producteurs et garantir un prix rémunérateur.
Aujourd’hui, vous reconnaissez publiquement l’échec de cette politique et promettez que « l’année prochaine sera meilleure ». Cette déclaration constitue un aveu d’échec significatif pour de nombreux paysans qui avaient placé leur confiance dans ces engagements fermes.
Monsieur le Premier ministre,
En politique, la cohérence est un gage de crédibilité. Les Sénégalais sont en droit d’attendre de leurs dirigeants qu’ils assument leurs engagements et maintiennent une ligne constante entre leurs discours d’opposition et leurs responsabilités de gouvernance.
Le peuple ne demande pas l’infaillibilité. Il exige la clarté, la constance et le respect de la parole donnée.
Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma considération distinguée.
Cordialement,
Ibrahima Sylla








