Près de 70 % de la population francophone a moins de 35 ans, selon l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Un potentiel démographique majeur qui interroge directement la capacité des États et des institutions à transformer l'innovation en emplois durables.
C'est dans ce contexte que s'est tenue à Dakar la Journée mondiale de la créativité et de l'innovation, organisée par l'OIF. L'événement a réuni jeunes entrepreneurs, experts et institutions autour de la valorisation de projets issus de l'espace francophone.
L'appel à candidatures 2025 a enregistré plus de 3 100 dossiers provenant de 49 pays, confirmant l'ampleur de l'engagement des jeunes dans l'innovation. À l'issue du processus, huit lauréats ont été retenus, dont quatre grands lauréats (10 000 euros chacun) et quatre dauphins (5 000 euros). Le programme a également permis de former 100 jeunes entrepreneurs et d'accompagner 20 projets à fort potentiel.
Les lauréats viennent du Sénégal, du Bénin, du Burundi, de la RDC, du Cambodge et du Togo. Parmi eux, six étaient présents à Dakar pour présenter leurs projets et échanger avec les membres du jury, dans une dynamique de partage d'expérience et de mise en réseau.
Sur place, les interventions ont rapidement mis en lumière un enjeu central : la difficulté de transformer une innovation en entreprise viable et structurée. « Inventer, créer, structurer un modèle économique et bâtir un écosystème autour d'une idée : c'est un parcours extrêmement exigeant », a rappelé le ministre sénégalais de l'Industrie et du Commerce, lui-même chercheur et inventeur.
Parmi les projets distingués, celui de Moustapha Diop illustre cette ambition de passage à l'échelle. Sa plateforme éducative Djangalma revendique déjà plus de 200 000 apprenants impactés et 700 enseignants recrutés et formés. L'objectif est désormais d'atteindre un million d'apprenants et de créer 2 000 emplois dans les prochaines années.
Au-delà des chiffres, les projets présentés soulignent une réalité structurelle : l'innovation progresse rapidement, mais son industrialisation reste limitée. L'accès au financement, l'accompagnement et la structuration des modèles économiques apparaissent comme des obstacles récurrents.
Présente à Dakar, Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de la Francophonie, a rappelé que la jeunesse constitue la majorité de l'espace francophone et doit être au centre des politiques publiques, notamment à travers des dispositifs comme CAP Innovation, conçu pour soutenir les porteurs de projets.
Mais au-delà de la mise en lumière de ces talents, l'événement pose une question centrale : comment transformer plusieurs milliers d'idées innovantes en un nombre significatif d'entreprises viables et créatrices d'emplois ? Car si les huit lauréats issus de 3 100 candidatures illustrent un vivier important de créativité à l'échelle de 49 pays, ils rappellent aussi la difficulté du passage de l'innovation à l'impact économique durable.
« L'enjeu est désormais de passer à l'échelle », a insisté le ministre de l'Industrie et du Commerce, le Dr Serigne Gueye Diop, appelant à renforcer les mécanismes de financement, d'accompagnement et d'intégration des projets dans les économies nationales.
À Dakar, cette édition aura ainsi mis en évidence une réalité double : une jeunesse francophone hautement créative, mais encore confrontée au défi majeur de transformer ses idées en moteurs économiques structurants.








