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« Les fous d’Allah nous les ont arrachés » : le Niger sous le choc après la mort des humanitaires


Rédigé le Mardi 11 Août 2020 à 16:12 | Lu 452 fois | 0 commentaire(s)




« Les fous d’Allah nous les ont arrachés » : le Niger sous le choc après la mort des humanitaires

Garba Souley aurait dû être enterré lundi 10 août, mais la cérémonie a été reportée : dans l’état où se trouve le cadavre du chauffeur nigérien  d’Acted, tué avec six autres employés de l’ONG, dimanche 9 août, dans la réserve naturelle de Kouré, difficile de pratiquer les rituels musulmans classiques d’inhumation. On ne pas préparer, parfumer, envelopper et prier un amas de membres calcinés.

Dans le village de Goudel, en périphérie de Niamey, où vivait Garba Souley, c’est la sidération. En hommage au défunt, toutes les activités politiques et associatives ont été annulées et la population a défilé, lundi, pour présenter ses condoléances à la famille. Venus assister à une cérémonie funèbre qui n’a pas eu lieu, beaucoup sont repartis en larmes, bouleversés par la cruauté des assaillants.

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Oumarou Karim, un proche du chauffeur, n’en finissait pas, lundi soir, de dénoncer des actes « commis par des individus sans foi ni loi » et de réclamer justice pour son parent. « Garba était en congés lorsqu’il a été appelé pour conduire les expatriés à Kouré », confie-t-ilQuant aux six Français tués avec lui, « ils venaient juste de sortir d’un confinement et auraient dû reprendre le service ce lundi : les fous d’Allah nous les ont arrachés. »

« Ces individus ne sont pas des musulmans »

Les tueurs n’ont laissé aucun survivant. Abdou Kadri, qui présidait l’Association des guides de girafes de Kouré et accompagnait les humanitaires d’Acted, est l’autre Nigérien à avoir péri dimanche. Son organisation lui a rendu hommage. Selon Hamadou Oumarou, lui aussi guide, le défunt, surnommé « Goundoua », exerçait ce métier depuis une vingtaine d’années et connaissait parfaitement la zone. « C’est la première fois que des hommes armés non identifiés s’en prennent aux touristes dans cette réserve naturelle », souligne-t-il.

L’attaque a été sévèrement condamnée par le président Mahamadou Issoufou, qui l’a qualifiée de « lâche et barbare » dans un Tweet, avant de présenter ses condoléances aux familles nigériennes et françaises. Dans les taxis, les « fada » (ces groupes de jeunes hommes qui se réunissent à la nuit tombée), au marché ou dans les bureaux, les mêmes questions résonnent dans tout Niamey : pourquoi un tel acte ? Qui sont les auteurs ? A quelle fin ? Pour Zakaria Seyni, un marabout résidant dans le quartier de l’aéroport de Niamey, une seule conviction : « Ces individus ne sont pas des musulmans vu leur acte. L’islam est une religion de paix et d’amour. »

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Interrogé par Le Monde Afrique, Aboubacar Dicko, enseignant à l’université de Zinder et spécialistes des questions sécuritaires au Sahel  et dans le bassin du lac Tchad, rappelle que « les acteurs terroristes opérant dans la région s’inscrivent dans la même dynamique que l’Etat islamique ; généralement, ils envisagent deux options : soit prendre des otages pour les échanger contre rançon, soit l’enlèvement d’Occidentaux pour exiger la libération de leurs combattants ». On peut, estime-t-il, « classer ce qui s’est passé à Kouré dans la seconde dynamique : celle de représailles contre l’engagement du Niger et de la France dans la lutte antiterroriste. »

L’état d’urgence élargi à toute la région

Ibrahim Tidjani Katiella, le gouverneur de la région de Tillabéri, dont dépend le canton de Kouré, a promis lundi que « des mesures seront rapidement prises pour une sécurisation de la zone ». Pour Harouna Seyni, habitant de la commune rurale, les tueurs « veulent créer la psychose et détruire le tourisme, qui est une source de revenus pour beaucoup de personnes dans cette localité ».

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La réserve naturelle de Kouré se trouve dans le département de Kollo, le seul de la région de Tillaberi qui n’était pas encore sous état d’urgence. Il l’est désormais, ont annoncé les autorités à l’issue d’un conseil national de sécurité « extraordinaire », lundi soir. L’accès au site des girafes est suspendu pour que « les investigations qui se déroulent actuellement se poursuivent en toute sérénité », a expliqué le ministre nigérien de l’intérieur, Alkache Alhada, à la télévision. La situation est d’autant plus inquiétante pour l’opinion nigérienne que l’insécurité gagne du terrain jusqu’aux portes de la capitale.




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