Face aux inquiétudes suscitées par la séparation entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, la Haute représentante du chef de l'État, Aminata Touré, réfute catégoriquement l'idée d'une instabilité institutionnelle au Sénégal.
Interrogée par Russia Today sur les risques que cette rupture pourrait faire peser sur un pays confronté à une situation économique et sociale délicate, elle affirme que les institutions continuent de fonctionner normalement. « De quelle instabilité parlez-vous ? Le pays est parfaitement calme. Les salaires sont versés à temps, les hôpitaux, les écoles et les universités fonctionnent normalement. Il n'y a aucune crise institutionnelle », a-t-elle déclaré. Pour l'ancienne Première ministre, les changements intervenus à la tête de l'exécutif relèvent du fonctionnement normal des institutions. Elle souligne qu'un nouveau gouvernement est déjà à l'œuvre sous la direction d'un Premier ministre technocrate, tandis que l'Assemblée nationale dispose également d'un nouveau président.
« Les institutions dépassent les egos »
Aminata Touré rejette également les analyses qui présentent la rupture entre les deux hommes comme un affrontement de personnalités ou une crisis politique majeure. Selon elle, la solidité des institutions sénégalaises a déjà été démontrée lors des épisodes les plus sensibles de l'histoire récente du pays, notamment pendant la crise électorale de 2024. « Le président de la République n'a pas à justifier constitutionnellement le changement de son équipe. Nos institutions dépassent les egos et les conflits de personnes », a-t-elle insisté. Elle cite notamment l'intervention du Conseil constitutionnel lors du report controversé de l'élection présidentielle de 2024 comme preuve de la capacité des institutions à faire respecter l'État de droit même dans des contextes tendus.
Une dette de 4 000 milliards découverte
Sur le terrain économique, Aminata Touré reconnaît néanmoins l'existence de difficultés importantes. Elle évoque notamment la découverte d'une dette publique sous-estimée qu'elle chiffre à près de 4 000 milliards de francs CFA. Selon elle, cette situation pèse sur les finances publiques, mais n'empêche pas l'État de respecter ses engagements. Elle met en avant le paiement régulier des échéances de la dette ainsi que certaines mesures sociales, notamment la généralisation de l'indemnité de logement pour les fonctionnaires, pour illustrer la continuité de l'action publique malgré les contraintes budgétaires.
Un accord avec le FMI, mais « pas à n'importe quel prix »
Concernant les négociations avec le Fonds monétaire international, Aminata Touré se prononce clairement en faveur d'un accord avec l'institution financière internationale. Toutefois, elle prévient que cet accord ne devra pas reproduire les effets des programmes d'ajustement structurel appliqués dans plusieurs pays africains durant les années 1980. « Je fais partie de ceux qui souhaitent un accord, mais pas à n'importe quel prix », affirme-t-elle. Pour elle, l'objectif doit être de parvenir à un réaménagement ou à un reprofilage de la dette tout en préservant les acquis sociaux et les services publics essentiels. « Nos partenaires doivent comprendre que le remède ne doit pas tuer le malade », résume-t-elle.
Sonko et le FMI : « aucun lien »
Alors qu'une mission du FMI est attendue à Dakar dans le cadre des discussions en cours, certains observateurs s'interrogent sur l'impact que pourrait avoir le départ d'Ousmane Sonko, souvent perçu comme plus critique à l'égard des institutions financières internationales. Aminata Touré écarte totalement cette hypothèse. Selon elle, la visite des équipes du FMI était programmée de longue date et ne peut être interprétée à travers le prisme des évolutions politiques récentes. « Les deux événements n'ont aucun lien. Notre démocratie et nos négociations ne s'articulent pas autour des individus », a-t-elle assuré.








