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L’hyper-présidentialisme à l’épreuve de la rupture


Rédigé le Jeudi 16 Juillet 2026 à 14:50 | Lu 74 fois | 0 commentaire(s)



L’invalidation de la révision constitutionnelle par le Conseil constitutionnel le 9 juillet 2026 marque un tournant dans le mandat de Bassirou Diomaye Faye. En opposant son veto juridique à sa propre majorité parlementaire, le chef de l’État s’inscrit, paradoxalement, dans la trajectoire du présidentialisme sénégalais. Là où les promesses de rupture voulaient réduire les pouvoirs exécutifs, la pratique du pouvoir les redessine. Entre recomposition partisane, rivalités au sommet de l’État et impératifs économiques, le pays traverse une redéfinition majeure de ses équilibres institutionnels.
L’héritage de la centralisation présidentielle


Depuis 1960, l’histoire politique du Sénégal repose sur une concentration des compétences au sein de la présidence de la République. Si ce modèle a longtemps garanti une stabilité institutionnelle, il a aussi nourri des crises de gouvernance récurrentes.

Sous Abdou Diouf, la forte imbrication entre l’appareil d’État et le Parti socialiste a limité l’ouverture

démocratique et contribué aux contestations qui ont précédé l’alternance de 2000.

Avec Abdoulaye Wade, les révisionsconstitutionnelles à répétition ont débouchésur les manifestations du 23 juin 2011 contre le projet de ticket présidentiel.

Plus récemment, les douze années de Macky Sall ont été marquées par un usage jugé instrumental des procédures judiciaires à l’encontre de l’opposition, culminant début 2024 avec les tensions liées au projet de report de l’élection présidentielle.

L’exercice du pouvoir et la persistance des leviers traditionnels

Elu surla promesse d’unerefonte des institutions et d’une réduction des prérogatives de l’exécutif, le président Bassirou Diomaye Faye fait aujourd’hui l’objet d’une observation attentive sur le calendrier de ces réformes.

Si le débat sur le passagedu Conseil constitutionnel à une Cour constitutionnelle reste ouvert, l’exécutif conserve pour l’instant ses leviers classiques. Les fonds politiques spéciaux, communément appelés« caisses noires», n’ont pas encore été supprimés ni encadrés par la Cour des comptesou le Parlement. Pour plusieurs observateurs, le

maintien de ces lignes budgétaires non auditées répondà des impératifs de gestion des alliances et de préparation des échéances électorales. Un choixqui contraste avecles engagements de transparence pris durant la campagne.

Le face-à-face institutionnel entre la Présidence et Pastef

La création d’un parti politique propre au président Faye a formalisé une nouvelle architecture de la coalition au pouvoir. Elle installe une configuration inédite articulée autour de deux pôles d’influence.

D’un côté, le pôle présidentiel s’appuie sur la légitimité de l’élection, l’autorité sur l’administration et les pouvoirs d’arbitrage de la présidence.

De l’autre, le pôle parlementaire demeure dirigé par Ousmane Sonko, leader de Pastef, qui contrôle la majorité à l’Assemblée nationale et dispose d’une base électorale solide.

Cette dualitédéplace le centrede gravité de l’État vers un arbitrage permanent entre l’Exécutif et le Législatif, et ralentit la mise en œuvre des orientations initialement communes.

L’arbitrage du Conseilconstitutionnel de juillet

2026 : un point de rupture

Ces divergences se sont cristallisées fin juin 2026. L’Assemblée nationale avait adopté un texte, porté par Pastef, visant à transférer d’importantes compétences de l’exécutif vers le Parlement afin de réduirele poids de la présidence.

Le 7 juillet, le président Faye a saisi le Conseil constitutionnel en urgence. Par sa décision n° 6/C/2026 du 9 juillet 2026, la haute juridiction a invalidé la loi de révision constitutionnelle.

Cette séquence révèle un paradoxe : l’exécutif a utilisé lesmécanismes du cadreconstitutionnel en vigueurpour bloquer une réforme issue de sa propre majorité. L’arrêt des Sages maintient ainsil’architecture traditionnelle des pouvoirs face aux initiatives législatives de l’Assemblée. Ralliement des cadres et retrait de la société civile

La recomposition touche aussi les partis d’opposition, à commencer par l’Alliance pour la République (APR) de l’ancien président Macky Sall. Plusieurs élus locaux et parlementaires de l’ancien régime ont rejoint la majorité présidentielle, confirmant la persistance des logiques de ralliement au pouvoir central, au-delà des clivages idéologiques.

Dans le même temps, la politique de nomination dans la haute administration suscite des interrogations sur l’application réelle des principes de méritocratie et d’appels à candidatures.

Face à ces évolutions, la société civile sénégalaise, très mobilisée lors des crises de 2011et de 2024, montre une capacité d’intervention plus limitée. Souvent accusés de partialité par les différents camps, ses représentants peinent à peser de façon indépendante sur le débat institutionnel.

Les répercussions économiques du blocage politique

Ce différendau sommet de l’État suscitedes inquiétudes dans les milieux économiques et dans l’opinion. Les arbitrages répétés entre la Présidence et l’Assemblée nationale ralentissent la mise en œuvre des réformes structurelles.

L’opérationnalisation du plan national « Sénégal Vision 2050 », la lutte contre le chômage des jeunes, la régulation du coût de la vie et l’attraction des investissements directs étrangers restent suspendues à une stabilisation institutionnelle.

Tant que le cadre juridique permettra de mobiliser les prérogatives de l’État au service de rivalités internes,le

développement économique du pays restera exposé aux aléas des stratégies partisanes.



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