Le soleil est au zénith. À Koungheul, la chaleur s’installe dans le centre-ville. Le long de la route nationale, les véhicules se succèdent. Certains poursuivent leur chemin, d’autres ralentissent avant de s’arrêter quelques instants.
À quelques mètres de la chaussée, les vendeurs de viande sont déjà à l’œuvre. Debout derrière leur pousse-pousse, ils découpent, préparent et servent les clients. Les voyageurs descendent des véhicules, choisissent leurs morceaux et repartent parfois quelques minutes plus tard avec leur sachet de viande. Ici, un nom revient dans les conversations : le « forokh thiaya ».
Cette viande, très prisée à Koungheul, attire aussi bien les habitants que les voyageurs qui empruntent la route nationale entre Dakar, Tambacounda et Kédougou. Pour beaucoup, traverser Koungheul sans faire une halte pour acheter du « forokh thiaya » est devenu une habitude.
Une halte presque incontournable
Un véhicule vient de s’immobiliser. Quelques passagers descendent. Ils s’approchent des pousse-pousse, regardent les morceaux de viande et échangent avec les vendeurs. Certains achètent pour manger sur place, d’autres préfèrent emporter leur viande pour la suite du voyage.
El Hadj fait partie de ces habitués. Il se rend à Tambacounda. Lorsque son véhicule fait escale à Koungheul, il en profite pour se ravitailler.
« Je vais à Tambacounda. Notre voiture a fait une escale ici et j’en profite pour acheter de quoi manger. C’est pourquoi j’achète du 'forokh thiaya' », raconte-t-il. Il connaît bien cette halte et ne manque presque jamais l'occasion de s'y arrêter.
« Koungheul est très connue pour ça. J’ai l’habitude d’en acheter chaque fois que je passe ici. Quand c’est très bon et délicieux, vraiment, on apprécie », ajoute-t-il.
Des moutons et des chèvres suivis par les services vétérinaires
Derrière cette activité très appréciée se trouve également toute une chaîne qui commence avec le bétail. À Koungheul, les vendeurs travaillent principalement avec la viande de mouton ou de chèvre. Le bétail destiné à la consommation fait l’objet d’un suivi par les services vétérinaires, qui veillent au respect des conditions sanitaires avant sa mise sur le marché.
Cette supervision constitue un élément important pour les vendeurs comme pour les consommateurs. Elle contribue à garantir que les bêtes destinées à la consommation sont contrôlées avant leur commercialisation. Pour les clients, cette dimension sanitaire vient renforcer la confiance dans un produit qui fait partie des habitudes alimentaires et des voyageurs de passage.
Des journées longues sous un soleil de plomb
Mais derrière cette activité appréciée des voyageurs se cachent des journées difficiles. Mamadou Diallo est vendeur de « forokh thiaya ». Debout pendant de longues heures, il doit rester attentif aux clients et à sa marchandise. « Ce n’est pas facile de rester debout longtemps », confie-t-il.
La chaleur complique encore davantage le travail. « Quand nous travaillons sous la chaleur, nous devons parfois nous arrêter jusqu’à ce que la température baisse. Mais si nous sommes obligés de continuer, nous reprenons le travail », explique-t-il. Ici, il faut tenir. Lorsqu'un client arrive, le vendeur doit être prêt. Et lorsque les clients se font rares, il faut s'armer de patience.
Un commerce entre bénéfices et risques
Le commerce du mouton et de la chèvre reste une activité volatile. Avant de vendre la viande, il faut acheter le bétail, souvent à un prix élevé. Et rien ne garantit que la revente permettra de réaliser un bénéfice. « On peut acheter à 45 000, 50 000 ou 60 000 F CFA», explique Woury Diallo.
Lorsque la vente se passe bien, le bénéfice peut atteindre 5 000, 8 000 ou même 10 000 F CFA. Mais certaines journées sont beaucoup moins favorables.
Ce jour-là, Woury dit avoir acheté un mouton à 80 000 F CFA. Au moment de son témoignage, la marchandise n'était pas encore vendue.
Il ne lui reste alors qu'à attendre et à espérer. « Pour le moment, je n’ai pas encore vendu la marchandise. Je prie simplement pour que tout se passe bien et que Dieu bénisse mon travail », confie-t-il. Pendant les périodes de fêtes ou de Magal, l'activité peut cependant connaître un regain.
« Lorsqu’il y a beaucoup de travail, nous pouvons vendre deux ou trois moutons ou chèvres. Mais parfois, en une heure, nous n’en vendons qu’un seul », explique Woury Diallo.
Un métier transmis de père en fils
Pour certains vendeurs, le « forokh thiaya » est aussi une histoire de famille. Mamadou Diallo raconte qu'à son arrivée dans le métier, il a trouvé son père qui y travaillait déjà. Aujourd'hui, ses cadets sont également impliqués dans l'activité. Les revenus sont partagés entre les membres de la famille.
« Je ne connais pas vraiment d’autre métier. C’est celui que je connais et que je pratique », dit-il. Son travail lui permet de participer aux dépenses de son foyer et de soutenir sa famille. Avec les revenus de la journée, il faut penser aux besoins de la maison. Et lorsqu'une partie de la viande n'est pas vendue, elle peut parfois finir dans la marmite familiale. « Lorsqu’il reste quelque chose après la vente, nous pouvons le partager avec ma femme et en faire du mafé », raconte-t-il.
Un espace aménagé, une vieille doléance
Si les vendeurs sont attachés à leur activité, ils souhaitent aussi pouvoir travailler dans de meilleures conditions. Ils demandent notamment l'aménagement d'un espace qui resterait proche du marché et de la clientèle. « Nous ne demandons pas forcément quelque chose de très grand. Nous voulons simplement un endroit où nous pouvons travailler et vendre nos produits », explique l'un d'eux. Car l'emplacement est essentiel. Une grande partie de leur clientèle est constituée de voyageurs qui s'arrêtent quelques minutes avant de poursuivre leur route. Certains viennent de Dakar, d'autres de Tambacounda ou de Kédougou. Beaucoup connaissent déjà cette halte et savent où trouver les vendeurs.
Une activité qui traverse les générations
À Koungheul, le commerce de la viande ne date pas d'hier. Les vendeurs racontent que leurs parents exerçaient déjà cette activité. « Nous sommes ici depuis l’époque coloniale. Cet endroit existait déjà avant l’indépendance et nos parents y vendaient leurs produits », raconte l'un d'eux. Des générations de commerçants se sont ainsi succédé dans ce secteur.
Aujourd'hui encore, c'est la même ritournelle : acheter les moutons ou les chèvres, préparer la viande, attendre les clients et négocier les prix.
Au fil de la journée, les véhicules continuent de passer. Certains s'arrêtent. Des passagers descendent, achètent leur viande et reprennent rapidement la route.
Le goût d'une escale
Pour les habitants comme pour les voyageurs, le « forokh thiaya » est devenu une partie du décor de Koungheul et une habitude pour ceux qui empruntent cet axe. Derrière chaque morceau vendu, il y a pourtant le travail d'un homme, une famille à faire vivre et parfois le risque de terminer la journée avec peu de bénéfices. Sous un soleil de plomb, les vendeurs continuent malgré tout.
Ils attendent le prochain véhicule, le prochain client, la prochaine vente.
À Koungheul, sur cette route qui relie Dakar à l'est du pays, le « forokh thiaya » continue ainsi de faire vivre les vendeurs et de séduire les voyageurs de passage, tout en s'inscrivant dans une activité où le contrôle du bétail et les exigences sanitaires occupent une place importante.








