Le président de l'Union des magistrats du Sénégal (UMS), Cheikh Ba, a livré sa vision de la magistrature et de l'exercice des libertés publiques lors de son passage à l'émission « JDD » sur iTV. Entre la défense de l'indépendance du juge et un appel à un usage responsable de la liberté d'expression, il a insisté sur le rôle du magistrat comme garant de la démocratie et de la paix sociale.
​D'emblée, Cheikh Ba a rejeté l'idée d'une rupture entre les magistrats d'hier et ceux d'aujourd'hui. « Il n'y a pas de différence entre le magistrat de 1960 et celui de 2026 », affirme-t-il, estimant que les fondements de la fonction demeurent inchangés. Selon lui, le magistrat reste avant tout un serviteur de l'État chargé de rendre la justice au nom du peuple sénégalais. Il le décrit comme un acteur du développement, un stabilisateur social et un régulateur de la vie en société, soumis aux exigences de l'éthique, de la déontologie et de l'indépendance.
​Un serviteur de la loi sans états d'âme
​Le président de l'UMS insiste toutefois sur le fait que le juge n'est pas un homme coupé de la réalité. « Le magistrat est un produit de la société sénégalaise », souligne-t-il, rappelant qu'il partage les mêmes traditions, les mêmes valeurs et les mêmes réalités que les autres citoyens. Mais une fois investi de sa mission, il doit prendre de la hauteur et faire abstraction de toute considération personnelle pour ne se prononcer qu'au regard de la loi.
​Cette neutralité constitue, selon lui, le socle de la fonction judiciaire. « Le magistrat n'a pas d'état d'âme. Il n'est pas là pour chercher des amis ni pour avoir des ennemis. Il est là pour trancher les litiges conformément aux lois et règlements de la République », affirme Cheikh Ba, rappelant que le juge ne doit être guidé ni par les émotions ni par les pressions.
​Liberté et responsabilité : un équilibre indispensable
​Abordant la question de la liberté d'expression, le président de l'UMS rappelle qu'il s'agit d'un acquis fondamental de la démocratie sénégalaise, obtenu au prix de longues luttes. Toutefois, il met en garde contre les dérives qui consistent à invoquer cette liberté sans en assumer les conséquences. « Il n'y a pas de liberté sans responsabilité », martèle-t-il. À ses yeux, chaque citoyen est libre de s'exprimer, d'entreprendre et de participer au débat public, mais cette liberté s'exerce dans le respect de la loi et des droits d'autrui.
​Cheikh Ba estime qu'une partie de la société bénéficie aujourd'hui des libertés publiques sans mesurer les sacrifices consentis pour leur conquête. Selon lui, certains pensent pouvoir « dire ce qu'ils veulent, sur qui ils veulent et quand ils veulent », en oubliant que l'exercice de toute liberté engage également la responsabilité de son auteur. Pour le président de l'UMS, préserver l'État de droit suppose donc un équilibre permanent entre les libertés individuelles et le respect des règles qui organisent la vie collective.








