À l’occasion de l’installation officielle du Conseil consultatif des jeunes du Sénégal, le président de la République a livré un discours largement consacré à la responsabilité de la jeunesse, aux bouleversements liés à l’intelligence artificielle (IA) et à la nécessité pour le Sénégal de construire ses propres outils technologiques. Il a également appelé les nouveaux conseillers à produire des avis concrets et à porter la voix des jeunes auprès de l’État.
« Je sais quelle jeunesse j’ai. Je sais surtout quelle jeunesse nous sommes». D’emblée, Bassirou Diomaye Faye a placé la cérémonie d’installation du Conseil consultatif des jeunes sous le signe de la responsabilité.
Pour le chef de l’État, cette cérémonie constitue un véritable rite de passage. S’appuyant sur les traditions d’initiation présentes dans plusieurs communautés sénégalaises, du "Ndut" sérère au "Lël" wolof, en passant par le "Bookut" diola, le "Kore" bassari et le "Kuyamba" mandingue, il a établi un parallèle avec la mission confiée aux nouveaux conseillers.
« Aujourd’hui, en plein jour devant la nation, pour ses filles comme pour ses fils, la République fait ce que nos ancêtres faisaient à l’écart », a-t-il déclaré, estimant que le conseil représente une nouvelle étape dans la participation des jeunes à la marche du pays.
« On décide trop souvent sans la jeunesse »
Bassirou Diomaye Faye a rappelé sa promesse faite le 30 mars dernier au stade Lat Dior de Thiès : mettre fin à une pratique consistant à parler de la jeunesse tout en décidant sans elle. Le président a rappelé que le Conseil consultatif des jeunes a été créé par décret le 5 décembre 2025. Il insiste sur son caractère « consultatif », qu’il rattache aux traditions sénégalaises de concertation.
Évoquant le "peñk", lieu traditionnel de délibération, ainsi que les classes d’âge dans différentes communautés, il estime que la République ne crée pas un mécanisme totalement nouveau, mais « renoue un fil » avec des pratiques anciennes.
L’IA : une opportunité, mais aussi un défi de souveraineté
Le chef de l’État a ensuite consacré une large partie de son discours à l’intelligence artificielle. « Des machines désormais écrivent, calculent, traduisent, dessinent et diagnostiquent », a-t-il relevé, soulignant les possibilités offertes par ces technologies dans l’éducation, l’agriculture et l’accès au savoir.
Il a notamment imaginé un agriculteur pouvant interroger une intelligence artificielle dans sa propre langue pour identifier une maladie affectant ses cultures, ou encore un élève de Salimata ou de Podor bénéficiant d’un accompagnement pédagogique comparable à celui dont disposent les enfants des quartiers favorisés.
Mais Diomaye Faye a également alerté sur les bouleversements à venir. « Des métiers vont changer et certains disparaîtront, parmi lesquels des métiers auxquels vous vous préparez », a-t-il averti.
« Je ne veux pas d’une jeunesse sénégalaise cliente de l’IA »
Pour le chef de l'Etat, l’enjeu dépasse la simple utilisation des outils d’intelligence artificielle. Il s’agit aussi de construire une capacité technologique nationale.« Je ne veux pas d’une jeunesse sénégalaise cliente de l’intelligence artificielle. Je veux des ingénieurs, des linguistes, des juristes, des entrepreneurs, des programmeurs, des développeurs », a-t-il lancé.
Le président Faye souhaite voir émerger une génération capable de concevoir des outils adaptés aux réalités sénégalaises, notamment aux langues nationales et aux besoins locaux.« J’en veux qui fabriquent l’intelligence artificielle, qui lui apprennent nos langues, qui l’adaptent à nos besoins et qui lui inculquent nos valeurs », a-t-il poursuivi.
Il a cité, dans ce contexte, le satellite conçu par de jeunes Sénégalais, présenté comme un exemple de cette capacité à investir les domaines technologiques de pointe.
Le président a ensuite déplacé le débat de la technologie vers les valeurs humaines. « Quand la machine saura tout, que restera-t-il de l’homme ? », a-t-il interrogé. Selon lui, la réponse se trouve dans ce que les traditions transmettent et que la technologie ne peut pas remplacer : le courage, la parole donnée, la solidarité, la capacité à supporter l’épreuve et à rester fidèle à ses principes lorsque cela devient difficile. « Elle saura tout. Elle n’aura été initiée à rien », a-t-il résumé, opposant le savoir accumulé par la machine à l’expérience humaine.
Le courage occupe une place centrale dans cette partie du discours.« Il faut du courage pour rester honnête, même quand le mensonge permet de sauver sa propre réputation. Du courage pour dire la vérité quand personne ne veut l’entendre. Du courage pour garder sa parole quand plus rien ne vous y oblige », a-t-il déclaré.
Quatre « tentations » pour la jeunesse
Bassirou Diomaye Faye a ensuite identifié quatre défis auxquels la jeunesse doit, selon lui, faire face. Le premier est la résignation, celle qui consiste à croire que tout se décide ailleurs et que les jeunes ne peuvent rien changer. Le deuxième est la dépendance à la machine, avec le risque de laisser l’intelligence artificielle penserà la place de l’individu. Le troisième est le faux, notamment la désinformation, les insultes et les atteintes à la réputation sur les réseaux sociaux. « Le débat, oui. La contradiction, toujours. Mais le mensonge et l’injure, jamais ».
La quatrième tentation est l’imitation, qui consiste à adopter les modèles, les rêves ou les références des autres au point de perdre son propre cap. Il a alors cité un proverbe wolof : « Bu xamul foo jëm, dulul fànge joge », qu’il traduit ainsi : « Si tu ne sais plus où tu vas, retourne d’où tu viens », en précisant qu’il ne s’agit pas d’y rester, mais d’y retrouver la bonne direction.
« Je ne vous demande pas de m’approuver »
S’adressant directement aux membres du conseil, le président leur a demandé de ne pas se limiter à accompagner l’action gouvernementale. « Je ne vous demande pas de m’approuver ». Il leur demande, au contraire, de faire remonter ce que les rapports officiels ne montrent pas et de porter la voix de l’ensemble de la jeunesse. « Je vous demande de me dire ce que les rapports ne disent pas ».
Il les a ainsi invités à travailler, à débattre, y compris de manière vive si nécessaire, mais aussi à rechercher des accords sur l’essentiel. « Apportez-nous des avis précis, chiffrés, praticables ».
Le président a, in fine, fixé une exigence claire au nouveau conseil : produire des propositions concrètes. « Apportez-nous des avis précis, chiffrés, praticables, qui nourrissent l’agenda national de transformation Sénégal 2025 », a-t-il demandé.
Il s’est engagé à ce que ces avis soient lus et à recevoir les conseillers lorsque la situation le nécessitera. Le gouvernement devra également leur ouvrir ses portes sur les questions liées notamment à l’orientation, à la formation professionnelle et aux compétences numériques.
« L’Afrique accueille, Dakar célèbre et le monde vous regarde »
En conclusion, Bassirou Diomaye Faye a lié cette nouvelle responsabilité aux Jeux olympiques de la jeunesse Dakar-2026 (31 octobre-13 novembre). « L’Afrique accueille, Dakar célèbre et le monde vous regarde », a-t-il lancé, appelant les jeunes à montrer « ce qu’un pays jeune qui sait d’où il vient sait faire ».
Revenant sur son propre parcours, le président a rappelé qu’il avait 34 ans lorsqu’il s’est engagé en 2014 et 44 ans lorsqu’il a été élu président de la République. « Le peuple lui a dit que son tour n’était pas pour demain », a-t-il déclaré, invitant la nouvelle génération à prendre elle aussi ses responsabilités, car « l’inquiétude n’est pas mon rôle, la dissiper est ma mission ».







