Le Premier ministre Al Aminou Lo veut disposer du gaz extrait au Sénégal pour alimenter les centrales électriques et agir ainsi à la fois sur la capacité de production et sur les prix. Il l’a fait savoir hier à l’Assemblée nationale lors de sa DPG. Mais il se heurte à un mur nommé British Petroleum (BP). L’entreprise britannique ne veut pas servir Dakar ; elle préfère vendre à l’étranger sous prétexte que la fourniture du pays producteur ne figure pas dans le contrat.
Face à cette attitude, le Premier ministre semble décidé à aller à un bras de fer, si nécessaire. « Dès janvier, nous devons pouvoir permettre à la Senelec d’avoir du GNL. (…) Il faut que BP lâche », déclare Lo, selon qui les textes sont clairs à ce sujet. Le PM trouve « inadmissible » que le GNL produit au Sénégal quitte le pays pour aller en Europe et revienne à Dakar à un prix trop élevé. « Il faut qu’on nous vende le GNL au prix de sortie du gisement de GTA, et qu’un bateau quitte Saint-Louis pour Dakar et vienne approvisionner la Senelec », martèle Lo, qui rappelle que le Sénégal veut, par ce mécanisme, baisser les prix de 30 % d’ici 2030.
Seulement, avant lui, l’ancien PM avec qui il a travaillé a eu ce même coup de gueule avant de fixer un ultimatum à BP. En août 2025, face au secteur privé national, Ousmane Sonko, alors PM, avait promis de prendre les mesures nécessaires pour disposer du gaz domestique afin d’alimenter la Senelec.
« Sur 2026, nous ne voulons pas aller chercher 9 cargaisons de gaz très loin pour les amener au Sénégal, alors qu’il y a du gaz produit ici. Nous voulons nous approvisionner ici même et nous allons poser les actes qu’il faut pour le faire », promettait Ousmane Sonko. Comme son successeur aujourd’hui, lui aussi rappelait la portée de cette attente. « Rien que cette mesure peut régler énormément de choses. »
Seulement, jusqu’à son départ en avril 2026, BP n’a pas livré le moindre mètre cube à la Senelec, qui continue d’importer du gaz, en dépit du fait que le Sénégal est un pays producteur.
Al Aminou Lo va-t-il réussir là où Sonko a échoué ? L’homme aime rappeler son expérience et sa trajectoire pour convaincre de ses atouts. Mais il sait que le combat sera difficile ; d’où son appel à la société civile à porter le combat.
Pour le moment, sa démarche semble ne pas être la bonne ; du moins, si l’on se fie à l’ancien DG de Petrosen. En effet, le PM a laissé entendre qu’il ne veut pas d’un arbitrage qui demande du temps. Une option qui met Alioune Guèye dans tous ses états. « BP doit être aux anges en entendant la stratégie de négociation de Diomaye : dire que nous devons engager un bras de fer avec BP pour le GNL, ce qui est un droit inaliénable pour le Sénégal, tout en écartant ton atout le plus fort : l’arbitrage. Thiey Yalla ! », a-t-il réagi.
Selon Guèye, c’est BP qui devait avoir peur d’un arbitrage qui pourrait entacher sa réputation, lorsque le monde entier apprendra que l’entreprise refuse de fournir du gaz à un pays producteur qui en fait la demande.
Une chose est sûre : il ne faut attendre aucune facilité de BP. La multinationale ne lâchera que quand elle n’aura plus le choix. En effet, le contentieux ne se limite pas à la fourniture de gaz. Selon des acteurs de la société civile interrogés par la RTS, BP a refusé d’appliquer la loi sur le contenu local. Son argument est que le gaz est produit entre deux pays, le Sénégal et la Mauritanie. Elle ne peut pas appliquer la loi de l’un au détriment de l’autre. Sous ce prétexte, elle a évolué avec ses propres lois, qui lui ont permis de contourner la loi sur le contenu local pour créer ses propres filiales qui ont tout capté durant la phase de production. Ce n’est pas cette entreprise qui va convoyer un bateau jusqu’à la Senelec parce que simplement le Sénégal le désire. Les moyens pour mener ce combat seront donc déterminants.







