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De Dakar à Sédhiou : Radiographie d'une cherté généralisée sur le marché du mouton


Rédigé le Mercredi 27 Mai 2026 à 13:49 | Lu 45 fois | 0 commentaire(s)




De Dakar à Sédhiou : Radiographie d'une cherté généralisée sur le marché du mouton

À l’approche de l’Aïd el-Kébir, attendue au Sénégal aux alentours du 27 mai 2026, la situation des marchés à bétail à travers le pays présente un paradoxe saisissant. Si la disponibilité des petits ruminants est globalement jugée satisfaisante par les autorités et les organisations professionnelles dans plusieurs localités, l'accessibilité financière, elle, étrangle les ménages. De Dakar à Sédhiou, en passant par Louga, Kédougou, Thiès, Kaolack et Matam, les pères de famille font face à une flambée spectaculaire des prix qui compromet le respect de cette tradition religieuse majeure.

Dakar et la zone périurbaine : Des sommets vertigineux sur fond de blocus régional

Dans la capitale sénégalaise et ses environs, l'inquiétude des fidèles est exacerbée par un approvisionnement national perturbé. Les éleveurs pointent du doigt la crise sécuritaire au Mali, où le blocus des groupes djihadistes autour de Bamako freine le convoyage du bétail, alors que le Mali et la Mauritanie restent les principaux fournisseurs du Sénégal. À Soumbédioune, les tarifs oscillent dans une fourchette extrêmement large allant de 80 000 FCFA à 600 000 FCFA pour les races Ladoum et Bali-bali, tandis qu'à la Sicap, les béliers de prestige avoisinent le million de francs CFA. Outre l'insécurité, les éleveurs de Ouakam à Sangalkam justifient ces coûts par la spéculation sur les intrants : le sac de corail est passé de 13 000 FCFA à 21 000 FCFA, et la paille d'arachide (ngogne) a doublé, grimpant de 4 000 FCFA à 8 000 FCFA.

Louga et Thiès : Des stocks abondants mais des prix hors de portée

À Louga, à moins de 24 heures de la fête, les points de vente affichent un bon niveau de ravitaillement, mais les tarifs varient de 80 000 FCFA à 500 000 FCFA. Si certains professionnels de la Maison des éleveurs estiment que le bétail est disponible, ils déplorent la conjoncture et la cherté du transport vers d'autres localités, malgré la suspension des taxes d'importation par l'État. À Thiès, le constat d'inaccessibilité est identique dans les différents daaraals, y compris au foirail international de Séwékhaye. Le Ministre de l'Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l'Élevage, en tournée le 23 mai 2026, a pu constater la forte présence du cheptel, mais les agneaux ne s'y négocient pas à moins de 110 000 ou 115 000 FCFA, poussant les associations de consommateurs à réclamer des assises régionales et des infrastructures modernes pour réguler le secteur.

Le centre et les régions de l'intérieur : Des foirails moroses et des clients désarmés

Le marché de Kaolack reflète parfaitement la morosité ambiante. Au foirail de Kahone, la rareté des clients contraint les marchands à arpenter les artères de la commune à pied pour écouler leurs bêtes. Hormis de rares exceptions, comme ce conducteur de moto-taxi ayant décroché un bélier à 120 000 FCFA après de longues tractations, la majorité des chefs de ménage se disent désarmés face à la situation économique. Plus à l'est, à Tambacounda, les différents daraals, notamment celui de la gare ferroviaire, connaissent une forte affluence de vendeurs et d'acheteurs. Les prix s'y établissent entre 120 000 FCFA et 300 000 FCFA, soit un doublement par rapport à l'année précédente selon les usagers. Les éleveurs locaux s'y plaignent du manque de liquidités des clients et rappellent que le coût de l'aliment de bétail et le déficit global de cheptel au Sénégal interdisent toute baisse des prix sous peine de vendre à perte.

Tambacounda, Kédougou et Matam : Entre statistiques d'abondance et réalités de terrain

La détresse des acheteurs est tout aussi palpable à l'Est du pays, notamment à Tambacounda. Les différents points de vente de la commune, appelés communément daraals, et plus particulièrement le foirail aménagé dans l'enceinte de la gare ferroviaire, sont devenus le point de convergence de milliers de vendeurs et d'acheteurs. Bien que le marché soit correctement approvisionné, les clients y crient leur désarroi face à des tarifs variant entre 120 000 FCFA et 300 000 FCFA. Croisé sur place, l'inspecteur de l'éducation Ousmane Fall déplore cette situation : « Les vendeurs ont élevé la barre assez haut. L’année dernière, on pouvait acheter un gros bélier à bas prix, mais cette année, c’est comme si les prix avaient doublé ». Un constat partagé par Mbaye Dieng, habitant du quartier Dépôt, pour qui les montants demandés dépassent largement les prévisions des chefs de famille. De leur côté, les éleveurs comme Moussa Dioum ne se frottent pas les mains : la clientèle se fait désirer et les poches restent vides. Pour se justifier, ils invoquent la hausse vertigineuse du coût des aliments de bétail et le manque global de moutons sur le territoire national.

À Kédougou, les données de la Direction régionale de l’élevage affichent pourtant un excellent taux d'approvisionnement de 102,70 % au 18 mai 2026, soit 13 043 petits ruminants pour un besoin estimé à 12 700 têtes. Néanmoins, sur le principal site de la commune, les prix oscillent entre 150 000 FCFA et 400 000 FCFA. Les pères de famille, notamment les enseignants, expliquent que l’avance de Tabaski — souvent fixée à 100 000 FCFA — est devenue insuffisante et demandent son relèvement par l'État à 200 000 FCFA pour couvrir l'achat du bélier et les charges familiales. 

À Matam, le marché est également fourni en races « Peul-Peul » et « Touabir », avec une production locale excédentaire par rapport aux besoins régionaux évalués à 45 000 têtes. Cependant, au foirail d’Ourossogui, l'inflation est nette : le mouton de bonne qualité courante est passé de 75 000 FCFA à une fourchette de 125 000 à 150 000 FCFA, tandis que les moutons de case (les plus grosses bêtes) affichent un prix plancher situé entre 250 000 FCFA et 300 000 FCFA.

Sédhiou : Le marché de la Casamance tourne au ralenti

À l'extrême sud du pays, le foirail de Sédhiou connaît une forte affluence de bétail en provenance de l'intérieur du pays, mais les transactions restent timides. Le président départemental des éleveurs, Amath Sow, salue la disponibilité des animaux et la sécurisation du site par les forces de police, mais dénonce le manque d'eau sur le foirail et le coût insupportable de l'aliment de bétail pour ses mandants. Les prix pratiqués à Sédhiou s'étalent de 80 000 FCFA à 250 000 FCFA. Outre la barrière financière, la qualité du cheptel y est fortement contestée par certains acheteurs, qui déplorent le mauvais entretien des bêtes issues du commerce ambulant. Ce déficit qualitatif pousse certains chefs de famille à déserter le marché local pour tenter leur chance vers les foirails de Ziguinchor.

D'un bout à l'autre du territoire, la Tabaski 2026 s'organise ainsi sous le signe d'une fracture profonde : les parcs à bétail débordent, mais les prix pratiqués excluent une partie significative des classes moyennes et populaires sénégalaises.



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