C’est une variante de l’effet papillon : les frappes ukrainiennes sur des data centers russes auraient provoqué des conséquences de l’autre côté de la terre, sur un continent nord-américain qui s’apprête à vivre des élections législatives sous haute tension. Ce dimanche, la mise hors services de trois centres de données hébergeant une grosse partie des services de cloud russes a conduit, selon de nombreux observateurs, à une chute spectaculaire de l’activité de robots sur les réseaux sociaux américains et européens, et notamment X, appartenant à Elon Musk.
Le réseau social X est manipulé par de nombreux comptes anonymes et automatiques, appelés bots : la dérive est largement documentée, notamment aux États-Unis. En juillet 2024, le ministère de la Justice, à l’époque sous le contrôle de l’administration Biden, avait annoncé une opération d’envergure, faisant fermer un réseau de plus de 1000 comptes sur X attribués aux services de renseignements russes, dans le contexte d’une campagne présidentielle qui allait accoucher du retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Selon les documents judiciaires américains, le dispositif avait été développé à partir de 2022. Un logiciel permettait notamment de générer des identités fictives et des comportements automatisés. Les messages publiés étaient alignés sur les intérêts du Kremlin et étaient diffusés aux États-Unis et en Europe. Au début de l’invasion russe en Ukraine, une étude portant sur 350 000 messages aux États-Unis avait estimé que 20 % d’entre eux avaient été publiés par des bots.
Yandex touché en Russie
La pratique n’a pas disparu à travers le temps. Du moins jusqu’à ce week-end. Répondant à une attaque sur ses propres data centers, l’Ukraine a décidé de répliquer de façon proportionnelle. Trois centres de données russes ont été touchés par des frappes attribuées à Kiev : d’abord à Sasovo, dans la région de Riazan ; puis dans la région de Kalouga, au sud-ouest de Moscou ; et enfin, ce dimanche, dans la région de Vladimir, à l’est de la capitale.
Ces trois centres de données, parmi les 10 plus importants du pays, sont utilisés par Yandex, l’équivalent de Google en Russie. Les frappes ont endommagé l’infrastructure cloud du géant russe de la tech.
« À la suite d’une attaque de drone, l’infrastructure du centre de données de Vladimir a été endommagée, a indiqué l’entreprise sur Telegram. Les opérations du centre de données ont été complètement interrompues. Le reste des ressources de l’infrastructure est instable et la plateforme est en panne. »
Parallèlement, Cloudflare, une entreprise de technologie et de cybersécurité, a observé une baisse de l’activité presque totale des bots provenant de l’infrastructure Yandex : plus de 99 % de baisse par rapport à la semaine précédente. Une chute qui correspond précisément au moment où les data centers ont été mis au service par des frappes ukrainiennes.
Spéculations aux États-Unis
Le lien a été rapidement fait. Notamment en Europe. En Allemagne, le soutien à l’AfD sur les réseaux sociaux a baissé de 56 %. « S’il est confirmé, cela est révélateur : les centres de données russes sont touchés, et l’activité en ligne autour de l’AfD s’effondre soudainement, a pointé le député européen tchèque Tomas Zdechovsky. Tant de discours sur le patriotisme allemand… Jusqu’à ce que la connexion depuis la Russie tombe en panne. » Au Royaume-Uni, le trafic autour du site conservateur Reform UK est lui aussi en chute libre depuis l’attaque sur les centres de données.
Aux États-Unis, cette chute a également alimenté les spéculations sur les conséquences des attaques pour les opérations d’influence russes en ligne. De nombreux internautes ont mis en lumière que les réactions pro-conservatrices étaient moins nombreuses sous chaque post.
« C’est une analyse rapide, et sans doute des données vont arriver, mais il semble certain, d’après les preuves d’aujourd’hui, que beaucoup de travail de bots pro-Trump et pro-AfD dépend directement des centres de données russes », a ainsi pointé Timothy Snyder, un ancien professeur d’histoire de Yale qui s’est exilé au Canada après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Cette chute d’activité sera-t-elle de nature à influencer les élections de mi-mandat, qui sont dans leur dernière ligne droite ? Le scrutin est prévu le 3 novembre prochain et les sondages président pour l’heure une vague bleue, c’est-à-dire démocrate, qui pourrait bien emporter à la fois la Chambre des Représentants et le Sénat. Sans forcément le vouloir, Volodymyr Zelensky a, depuis Kiev, peut-être donné un coup de main très utile au parti démocrate américain.








