On pourrait parler de l’arroseur arrosé. La télévision France 24 s’est plainte de la couverture par les médias américains des manifestations de lycéens en France. France 24 parle de « miroir grossissant et parfois déformant ». C’est d’abord celui qui est sur le plateau qui pose la question de savoir si « les journalistes américains forcent le trait et déforment la vérité quand ils couvrent l’actualité française ».
Après un long développement sur le développement des sociétés française et américaine, le correspondant de la télé à Washington, Mathieu Mabin, affirme que les unes sont alarmistes et que c’est sans doute pire pour les chaînes d’information en continu. « Dans ce pays qui répertorie environ 250 incidents impliquant des armes à feu dans les collèges et lycées chaque année. Dans ce pays qui voit mourir une vingtaine d’élèves par semaine d’overdose dans les écoles, il est effectivement possible de découvrir à la une des principaux médias des récits aux accents apocalyptiques sur la base d’une mobilisation de lycéens en France avec zéro mort. On n’en est pas à un paradoxe près », peste-t-il.
Pourtant, ce même média est interdit de diffusion dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest. Et la chaîne est généralement accusée de traitement tendancieux de l’actualité, autrement dit, d’être justement un miroir grossissant, voire déformant, de la réalité des pays concernés. La dernière en date est la Guinée, où France 24 a été suspendue en septembre dernier avec retrait des accréditations de ses correspondants, après avoir traité Mamady Doumbouya de « président putschiste ».
Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel ont tour à tour suspendu ou interdit la diffusion de France 24 sur leur territoire respectif. Le Mali a été le premier à décider d’une suspension en 2022. Le pouvoir d’Assimi Goïta accusait la chaîne d’espionnage et de diffusion de contre-vérités. Bamako sera suivi en 2023 par Ouagadougou. Le Burkina d’Ibrahim Traoré reproche à la chaîne française d’être « un espace de légitimation des actions terroristes ». Le Niger aussi est passé à l’acte, d’abord en 2023, puis en 2026. Dans ces pays, la chaîne utilise des voies alternatives pour contourner les sanctions et être accessible aux populations cibles.
Hors Afrique de l’Ouest, il y a le Togo, mais aussi l’Algérie où France 24 a vu son accréditation lui être retirée par Alger, après les législatives de 2020, pour « hostilité manifeste et répétée ». Le Sénégal n’est pas en reste puisqu’en 2023, le gouvernement de Macky Sall lui a servi une mise en demeure pour traitement « tendancieux et subversif » des troubles sociopolitiques.
Et c’est ce même média, accusé dans plusieurs pays africains de manquer d’équilibre, qui, aujourd’hui, accuse les médias américains d’être des miroirs grossissants et déformants de la vérité.







