Une nouvelle affaire de blanchiment d’argent présumé secoue la place publique. L’homme d’affaires Mouhamad Dieng est soupçonné d’avoir recyclé illégalement des fonds estimés à plus de 3 milliards FCFA. C’est la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) qui, après plusieurs mois de traque, a fini par cerner les mécanismes utilisés.
Des signaux d’alerte venus des banques
Tout est parti de mouvements financiers jugés anormaux par des institutions bancaires. De fortes sommes transitaient sur les comptes de Mouhamad Dieng et de ses proches, sans que l’origine de ces fonds ne soit clairement justifiée. Plusieurs dépôts en espèces, suivis de virements rapides vers l’étranger ou de placements dans l’immobilier, ont attiré l’attention.
Selon une source proche du dossier, « le volume des transactions dépassait largement le profil économique déclaré de l’intéressé, ce qui a poussé les banques à saisir la CENTIF conformément à la loi ».
La méthode du “smurfing” et les prête-noms
Les enquêteurs ont découvert des techniques classiques de dissimulation financière :
des dépôts fractionnés en petites sommes pour échapper aux seuils de contrôle, pratique connue sous le nom de smurfing ;
l’usage de prête-noms et de sociétés-écrans pour détourner l’attention ;
une réinjection rapide dans des secteurs comme l’immobilier, le commerce de véhicules et les transferts internationaux.
Ces procédés visaient à donner une apparence légale à des fonds dont la provenance reste pour l’instant suspecte.
Le rôle clé de la CENTIF
La CENTIF, bras armé du Sénégal dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, a mené un travail de recoupement. Grâce à ses partenariats avec les banques, les services fiscaux et douaniers, elle a pu reconstituer les flux financiers et établir des liens entre les transactions.
Son rapport circonstancié a été transmis à la justice, ouvrant la voie à une enquête judiciaire qui pourrait déboucher sur des inculpations.
Un enjeu national et international
Au-delà du cas Mouhamad Dieng, ce dossier soulève la question de la résilience du système bancaire sénégalais face aux risques de blanchiment. Le Sénégal, membre du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), est régulièrement évalué sur sa capacité à détecter et sanctionner ces pratiques.
« Ce type d’affaire est un test grandeur nature : il s’agit de montrer que les mécanismes de surveillance fonctionnent », souligne un expert en conformité bancaire.
Une affaire encore à ses débuts
Pour l’instant, l’enquête est toujours en cours. Aucune condamnation n’a encore été prononcée et Mouhamad Dieng bénéficie de la présomption d’innocence. Mais l’ampleur des montants en jeu et la complexité des circuits financiers reconstitués font déjà de ce dossier l’un des plus retentissants de ces dernières années.
La rédaction