La fête internationale du travail est célébrée ce 1er mai. Pour l'occasion, la parole d’Omar Dramé résonne avec une intensité particulière. Secrétaire général du Syndicat des travailleurs de la pêche et de l’aquaculture du Sénégal, coordonnateur de l’intersyndicale du secteur primaire et acteur engagé dans plusieurs cadres de défense des agents publics, il incarne un syndicalisme de terrain, exigeant, parfois risqué, mais résolument tourné vers la justice sociale.
Un engagement ancré dès l’enfance
Chez Omar Dramé, l’engagement ne date pas d’hier. Il plonge ses racines dans une trajectoire personnelle marquée par la prise de responsabilités dès le plus jeune âge. Élève, étudiant, puis agent de l’administration, il s’est toujours distingué par son sens du leadership et son implication dans les dynamiques collectives. « J’ai toujours été animé par l’envie de diriger, de prendre des responsabilités et surtout de lutter contre l’injustice », confie-t-il. Une constante qui va naturellement le conduire vers le syndicalisme dès son intégration dans l’administration en 2016. Très vite, son engagement attire l’attention. Sans même briguer un poste au départ, il est intégré dans les instances du syndicat existant, avant de gravir les échelons. En 2022, lors du renouvellement du bureau, son élection au poste de secrétaire général apparaît comme une évidence pour ses pairs. « Les travailleurs avaient déjà vu les résultats de mon engagement », explique-t-il.
Des combats concrets, des résultats tangibles
L’action syndicale d’Omar Dramé s’inscrit dans une logique de résultats. Parmi ses plus grandes fiertés figure l’obtention d’une prime pour les agents du secteur de la pêche, une revendication vieille de près de 30 ans. « C’était historique. Pour la première fois, ces travailleurs ont obtenu une reconnaissance financière », souligne-t-il. À cette avancée s’ajoutent d’autres acquis : l’intégration de certains agents dans les augmentations salariales de 2022, des progrès sur les carrières et les habilitations, ainsi que l’obtention d’indemnités de logement. « Rien n’a été facile. Chaque acquis est le fruit d’un combat », insiste-t-il.
Mais son engagement ne s’arrête pas aux revendications classiques. Il développe une vision élargie du syndicalisme, orientée vers l’amélioration globale des conditions de vie des travailleurs. Ainsi, son organisation a mis en place un système de cotisation pour préparer la retraite, en partenariat avec une assurance ; une mutuelle de santé pour couvrir les travailleurs, notamment les contractuels souvent laissés pour compte ; une subvention des médicaments ; des projets de centrales d’achat pour alléger le coût de la vie ; des initiatives de coopératives pour faciliter l’accès au logement. « Le syndicalisme doit accompagner le travailleur de l’entrée dans l’administration jusqu’à la retraite », affirme-t-il.
Le choc des licenciements et la ligne rouge
Malgré ces avancées, certains épisodes ont profondément marqué le syndicaliste. Il cite notamment les licenciements qu’il juge abusifs, intervenus récemment dans son secteur. « Des travailleurs en CDI, avec des années de service, licenciés du jour au lendemain sans motif. C’est un drame social », déplore-t-il. Ce type de situation constitue, selon lui, une ligne rouge. « On ne peut pas accepter que des familles soient plongées dans la précarité de cette manière », insiste-t-il, rappelant que son combat est avant tout humain.
À la tête du collectif interministériel des agents de l’administration sénégalaise, Omar Dramé élargit son combat au-delà de son secteur d’origine pour porter la voix de milliers de travailleurs confrontés à des difficultés structurelles. Dans ce cadre, il s’illustre par des actions de coordination, de plaidoyer et de mobilisation visant à harmoniser les revendications et à obtenir des avancées concrètes pour l’ensemble des agents publics. Il met en avant des luttes transversales portant sur les carrières, les indemnités, les conditions de travail et la reconnaissance professionnelle. « Nous ne portons pas des revendications nouvelles, mais des engagements déjà pris par l’État et qui tardent à être respectés », insiste-t-il. À travers ce collectif, il défend également les contractuels, souvent marginalisés dans l’administration, en plaidant pour leur intégration dans la fonction publique et l’amélioration de leur couverture sociale. Pour lui, ce cadre unitaire constitue un levier stratégique pour renforcer le rapport de force, mutualiser les luttes et peser davantage dans le dialogue social au niveau national.
Une administration entre acquis et archaïsmes
Lucide, Omar Dramé reconnaît les forces de l’administration sénégalaise. « C’est une administration de qualité, avec des cadres compétents », admet-il. Mais il pointe également des limites structurelles. Selon lui, l’un des principaux défis reste la modernisation. « Les textes sont dépassés. L’administration doit évoluer avec son temps, intégrer les nouvelles technologies et devenir plus efficace », analyse-t-il. Il dénonce aussi certaines pratiques qu’il considère comme des failles : nominations politiques, manque de transparence, insuffisante valorisation de l’expérience. « On ne met pas toujours les bonnes personnes à la bonne place », regrette-t-il. Pour lui, les réformes tardent à aboutir par manque de volonté politique. « Une réforme profonde dérange des intérêts. C’est pourquoi elle est souvent bloquée », affirme-t-il.
Pressions, intimidations et sacrifices personnels
Être syndicaliste n’est pas sans risques. Omar Dramé évoque des pressions régulières, des tentatives de récupération, des propositions de compromission, des menaces indirectes. « Quand vous dérangez, on essaie soit de vous calmer, soit de vous écarter », explique-t-il. Il évoque également des conséquences concrètes : blocage de carrière, absence de promotion, voire poursuites judiciaires. Il cite notamment une affaire de diffamation dans laquelle il a été impliqué pour avoir défendu des travailleurs licenciés.
Sur le plan personnel, les sacrifices sont tout aussi importants. Marié et père de quatre enfants, il reconnaît que son engagement empiète sur sa vie familiale. « Je n’ai presque pas de repos. Même la nuit, on m’appelle pour des urgences », confie-t-il. Malgré tout, il assume. « C’est un sacerdoce. Il faut être prêt à se sacrifier pour les autres ». Pour Omar Dramé, le syndicalisme reste un pilier essentiel de la démocratie sociale. « C’est le syndicat qui ose dire ce que d’autres n’osent pas », affirme-t-il. Mais cette influence dépend, selon lui, de l’intégrité des leaders. « Un syndicalisme corrompu ne peut rien changer. Il doit être digne, courageux et indépendant », martèle-t-il. Il se revendique d’une nouvelle génération, tout en s’inspirant des grandes figures historiques du mouvement syndical sénégalais, qu’il considère comme des modèles. Anciennement engagé en politique, il affirme avoir suspendu ses activités pour éviter toute confusion. « Les gens peuvent interpréter nos actions comme des manœuvres politiques », explique-t-il. Toutefois, il ne ferme pas la porte à un retour. « Le syndicalisme et la politique ont une finalité commune : le bien-être des populations », estime-t-il.
Un message fort pour le 1er mai
Aujourd’hui est célébrée la fête du travail, Omar Dramé appelle à un renforcement du dialogue social. « Sans dialogue, il n’y a que confrontation », avertit-il. Il invite les autorités à respecter leurs engagements, notamment en faveur du secteur primaire, qu’il qualifie de « poumon économique du pays ». Il plaide également pour l’intégration des contractuels dans la fonction publique, l’amélioration des conditions de travail et la mise en œuvre effective des accords signés. Aux travailleurs, il adresse un message de mobilisation et de responsabilité. « Rien ne s’obtient sans lutte, mais une lutte organisée et constructive », dit-il.
Un homme de conviction, tourné vers l’avenir
Au-delà des titres et des fonctions, Omar Dramé se définit avant tout comme un homme de conviction. « Je suis venu dans ce monde pour combattre l’injustice », affirme-t-il. Une mission qu’il entend poursuivre « tant qu’il lui restera un souffle de vie ». Dans un contexte social marqué par des tensions et des attentes fortes, son profil s’impose comme celui d’un acteur incontournable du dialogue social au Sénégal.
Sur le plan personnel, Omar Dramé mène une vie familiale qu’il reconnaît lui-même comme fortement impactée par son engagement syndical. Marié depuis 2017 et père de quatre enfants (trois garçons et une fille), il confie que concilier responsabilités familiales et militantisme relève d’un véritable défi quotidien. « Ce n’est pas facile, je n’ai presque pas de vie de famille », admet-il, évoquant des journées et des nuits rythmées par les sollicitations constantes des travailleurs, parfois jusque tard dans la nuit. Entre appels urgents, réunions et interventions, les moments en famille sont souvent écourtés. Il salue toutefois le soutien déterminant de son épouse, qu’il décrit comme « très compréhensive », consciente de la portée de son combat. Malgré les sacrifices et les contraintes, Omar Dramé dit trouver un équilibre fragile, porté par la conviction que son engagement contribue à améliorer les conditions de vie de nombreuses familles, au-delà de la sienne.








