TROIS QUESTIONS A… Dr DJIBY DIAKHATE, SOCIOLOGUE


Rédigé le Dimanche 17 Mars 2013 à 11:53 | Lu 207 fois | 0 commentaire(s)


La société sénégalaise est devenue poreuse et subit toutes sortes d’influences extérieures. C’est du moins la conviction de Djiby Diakhaté. Dans cet entretien, le sociologue indique que ces changements font que notre pays est devenu un terreau pour certains abus sexuels comme ceux subis par des mineurs.


TROIS QUESTIONS A… Dr DJIBY DIAKHATE, SOCIOLOGUE
Wal Fadjri : Existe-t-il des changements dans notre société qui expliqueraient des phénomènes comme les abus sexuels faits aux enfants ?
Dr Djiby Diakhaté : Ces phénomènes ont toujours existé chez nous et existent dans toutes les sociétés humaines. Mais, disons que la proportion avec laquelle ces phénomènes existent aujourd’hui montre que nous avons subi des mutations sur les plans politique, économique, social que nous n’avons pas su contrôler. Ce qui se passe, c’est que, traditionnellement, la famille était considérée comme la cellule de base de la société à l’intérieur de laquelle on inculquait à l’individu un certain nombre de valeurs qui, par la suite imprimaient, sa conduite. La famille poursuivait essentiellement comme objectif de rendre belle la personne pas seulement sur le plan esthétique, mais aussi éthique. A partir de ce moment, l’individu développe des compétences de vie. Cela veut dire que cet individu saura comment mener son existence au niveau de la communauté. Aujourd’hui, la famille s’effrite, se délite et ne joue plus son rôle traditionnel. Nous avons une communauté  très ouverte à l’extérieur, extravertie, poreuse à un certain nombre d’influences. Ceci se manifeste à travers les médias, l’internet, mais aussi à travers  le contact prolongé avec les acteurs qui nous viennent de l’extérieur notamment dans les sites touristiques.
 
Et l’école dans tout ça ?
Nous avons une école au Sénégal, mais nous n’avons pas encore une école sénégalaise. Les curricula sénégalais du système éducatif sont extravertis. Nous connaissons pratiquement tout ce qui se passe dans les pays occidentaux, mais peu de ce qui se passe chez nous. Autrement dit, lorsque nous sortons de notre système de formation actuel, nous devenons étrangers à notre communauté. Il y a là une nécessité à revoir les plans de formation au niveau du Sénégal et en Afrique.
 
La pauvreté  n’est-elle pas la mère de tous ces vices ?
La pauvreté gagne du terrain. Parallèlement, les mécanismes de redistribution et de solidarité dans la société n’existent plus. Lorsque la personne est dans la pauvreté, elle est désaffiliée, elle n’a aucune possibilité de recourir aux autres pour avoir leur soutien, leurs subsides. On est exclu, marginalisé, on est considéré comme un vaurien. C’est pourquoi lorsque la pauvreté gagne certains individus, ils préfèrent mourir plutôt que de continuer à vivre. C’est ce qui explique, en partie, les immolations par feu qui se sont produites ces dernières années au Sénégal. Donc, nous avons un ensemble de facteurs et seule une approche multi-facteurs permettra de comprendre pourquoi le phénomène du vagabondage atteint une proportion élevée. Mais, il faut relever que certains mineurs s’adonnent au vagabondage sexuel et l’utilisent comme un moyen de pression sur des responsables fortunés. Nous sommes une société qui met le sexe au centre de ses préoccupations. Il y a une sur-sexualisation de la vie sociale au Sénégal. Et cela se manifeste à travers le langage, à travers le comportement. On ne fait pas attention aux modes langagières que nous développons et qui sont fortement liées au sexe. D’autres types de danse, d’accoutrement et d’autres façons de faire qui se développent, notamment, chez les plus jeunes renvoient au sexe. Fondamentalement, nous avons une société interpellée, questionnée. Seule une mobilisation forte pourra nous permettre de lutter contre  les abus sexuels faits aux mineurs et au vagabondage.
 


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