L’opération militaire menée par les États-Unis au Venezuela, ayant abouti à la capture du Président Maduro, marque un tournant majeur dans l’ordre international. Elle confirme une réalité souvent masquée par le discours officiel : l’or noir demeure l’un des moteurs centraux des conflits mondiaux, tantôt comme cause directe, tantôt comme arme stratégique, souvent comme les deux à la fois.
L’histoire des relations internationales est traversée par cette constante. Les hydrocarbures ont façonné les grandes ruptures géopolitiques du XXᵉ siècle. L’attaque japonaise contre Pearl Harbor en 1941, survient après la décision américaine de bloquer les exportations de pétrole vers le Japon, privant ce dernier d’une ressource vitale. La crise de Suez en 1956, éclate lorsque la nationalisation du canal par Nasser, menace directement l’approvisionnement énergétique de la France et du Royaume-Uni. En Afrique, la tentative de sécession du Katanga en 1960 ou la guerre du Biafra, trouvent également leurs racines dans la volonté de contrôler des ressources énergétiques ou minières stratégiques.
Le Venezuela s’inscrit donc pleinement dans cette logique historique. Pays fondateur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, il détient aujourd’hui les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde. Mais au-delà des volumes, c’est la nature même de son pétrole qui confère au pays une importance stratégique singulière : un brut lourd parfaitement adapté aux raffineries américaines, notamment celles de la côte du Golfe du Mexique, conçues pour traiter ce type de pétrole, grâce à des unités de craquage et d’hydrotraitement avancées. Cette compatibilité industrielle fait du pétrole vénézuélien, un actif critique pour le marché américain.
La nationalisation des hydrocarbures en 1976, puis l’éviction progressive des compagnies étrangères à partir de l’arrivée d’Hugo Chávez, en 1999, ont durablement fermé l’accès direct des majors occidentales à cette ressource. L’opération militaire américaine s’inscrit ainsi dans une double logique : reprendre le contrôle d’actifs énergétiques stratégiques et contenir l’influence croissante de la Chine, qui absorbe aujourd’hui l’essentiel du pétrole vénézuélien et renforce sa présence géoéconomique en Amérique du Sud.
Dans ce contexte, les accusations de narcotrafic portées contre les autorités vénézuéliennes apparaissent comme un levier stratégique. En droit international, de telles accusations (aussi graves soient-elles) ne constituent pas un fondement suffisant pour l’arrestation extraterritoriale d’un chef d’État en exercice. Mais politiquement, elles permettent un basculement décisif : déplacer le conflit du terrain de la souveraineté vers celui de la criminalité, transformer un adversaire géopolitique en criminel ordinaire, et ainsi neutraliser les protections juridiques liées au statut étatique. Le droit devient alors un instrument de contournement, non un cadre de régulation.
L’énergie n’est pas seulement une cause de guerre ; elle en est aussi une arme. De l’usage du pétrole dans la supériorité navale britannique au début du XXᵉ siècle, à l’embargo pétrolier de 1973, à la guerre des prix menée par l’Arabie saoudite en 1985, jusqu’aux sanctions énergétiques contre la Russie aujourd’hui, l’arme énergétique s’est imposée comme un levier central de la puissance. À cette dimension s’ajoute désormais la bataille des minerais critiques dominée par la Chine, et indispensable à la transition énergétique mondiale.
Le Venezuela n’est donc ni une exception ni une dérive. Il est le symptôme d’un ordre où les discours sur la démocratie, la lutte contre le narcotrafic ou les droits humains servent de plus en plus de paravent à des batailles pour le contrôle des ressources et des chaînes de valeur énergétique. Cette séquence de Caracas rappelle une vérité fondamentale : les conflits contemporains changent de vocabulaire, rarement de logique. L’énergie demeure toujours une matrice silencieuse.
Cheikh Seck
Conseiller en Stratégies
L’histoire des relations internationales est traversée par cette constante. Les hydrocarbures ont façonné les grandes ruptures géopolitiques du XXᵉ siècle. L’attaque japonaise contre Pearl Harbor en 1941, survient après la décision américaine de bloquer les exportations de pétrole vers le Japon, privant ce dernier d’une ressource vitale. La crise de Suez en 1956, éclate lorsque la nationalisation du canal par Nasser, menace directement l’approvisionnement énergétique de la France et du Royaume-Uni. En Afrique, la tentative de sécession du Katanga en 1960 ou la guerre du Biafra, trouvent également leurs racines dans la volonté de contrôler des ressources énergétiques ou minières stratégiques.
Le Venezuela s’inscrit donc pleinement dans cette logique historique. Pays fondateur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, il détient aujourd’hui les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde. Mais au-delà des volumes, c’est la nature même de son pétrole qui confère au pays une importance stratégique singulière : un brut lourd parfaitement adapté aux raffineries américaines, notamment celles de la côte du Golfe du Mexique, conçues pour traiter ce type de pétrole, grâce à des unités de craquage et d’hydrotraitement avancées. Cette compatibilité industrielle fait du pétrole vénézuélien, un actif critique pour le marché américain.
La nationalisation des hydrocarbures en 1976, puis l’éviction progressive des compagnies étrangères à partir de l’arrivée d’Hugo Chávez, en 1999, ont durablement fermé l’accès direct des majors occidentales à cette ressource. L’opération militaire américaine s’inscrit ainsi dans une double logique : reprendre le contrôle d’actifs énergétiques stratégiques et contenir l’influence croissante de la Chine, qui absorbe aujourd’hui l’essentiel du pétrole vénézuélien et renforce sa présence géoéconomique en Amérique du Sud.
Dans ce contexte, les accusations de narcotrafic portées contre les autorités vénézuéliennes apparaissent comme un levier stratégique. En droit international, de telles accusations (aussi graves soient-elles) ne constituent pas un fondement suffisant pour l’arrestation extraterritoriale d’un chef d’État en exercice. Mais politiquement, elles permettent un basculement décisif : déplacer le conflit du terrain de la souveraineté vers celui de la criminalité, transformer un adversaire géopolitique en criminel ordinaire, et ainsi neutraliser les protections juridiques liées au statut étatique. Le droit devient alors un instrument de contournement, non un cadre de régulation.
L’énergie n’est pas seulement une cause de guerre ; elle en est aussi une arme. De l’usage du pétrole dans la supériorité navale britannique au début du XXᵉ siècle, à l’embargo pétrolier de 1973, à la guerre des prix menée par l’Arabie saoudite en 1985, jusqu’aux sanctions énergétiques contre la Russie aujourd’hui, l’arme énergétique s’est imposée comme un levier central de la puissance. À cette dimension s’ajoute désormais la bataille des minerais critiques dominée par la Chine, et indispensable à la transition énergétique mondiale.
Le Venezuela n’est donc ni une exception ni une dérive. Il est le symptôme d’un ordre où les discours sur la démocratie, la lutte contre le narcotrafic ou les droits humains servent de plus en plus de paravent à des batailles pour le contrôle des ressources et des chaînes de valeur énergétique. Cette séquence de Caracas rappelle une vérité fondamentale : les conflits contemporains changent de vocabulaire, rarement de logique. L’énergie demeure toujours une matrice silencieuse.
Cheikh Seck
Conseiller en Stratégies








