Vipeoples.net  | Site d'actualité générale sénégalaise des VIP


Une Françafrique mutante : de la déroute sahélienne à la reconquête invisible


Rédigé le Dimanche 31 Mai 2026 à 15:14 | Lu 63 fois | 0 commentaire(s)




Chassée militairement du Sahel, la France adapte sa stratégie pour ne pas perdre pied sur le continent africain. Entre le maintien de la tutelle économique du Franc CFA, la pression de la dette via le FMI et une offensive culturelle auprès de la jeunesse urbaine au Sénégal, Paris tente une reconquête plus diffuse et invisible face à une Afrique qui exige sa souveraineté totale.

Le sentiment anti-français en Afrique n’est plus une simple colère de rue : il s’inscrit désormais dans des ruptures diplomatiques officielles. En quelques années, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont consommé leur divorce avec Paris, provoquant le départ des troupes françaises et actant la fin d'une époque. Face à ce séisme géopolitique, une question se pose : la France a-t-elle accepté son déclin ou prépare-t-elle une nouvelle stratégie de reconquête invisible ?

Le traumatisme militaire et la tentation du contrôle indirect

Au sein de l'armée française, la perte d’influence en Afrique de l’Ouest a été vécue comme un véritable traumatisme. Ce ressentiment est apparu au grand jour lors des propos polémiques du général François Lecointre. L'ancien chef d’état-major des armées françaises a notamment évoqué la nécessité pour l'Europe et la France de « reprendre en main » leur destin en Afrique, suggérant l'utilisation de moyens militaires pour défendre les intérêts hexagonaux.

Si une recolonisation par administration directe est aujourd'hui impossible, de nombreux observateurs africains estiment que Paris tente une reprise en main indirecte. Elle s'appuie pour cela sur des leviers économiques, numériques et sécuritaires. Ce discours de fermeté ne fait qu'alimenter la méfiance des populations locales.

L'illusion des réformes monétaires : le cas du Franc CFA

Au cœur de cette domination se trouve le système du Franc CFA, une monnaie de plus en plus contestée. Les réformes annoncées s'apparentent pour beaucoup à une illusion : le mécanisme de parité fixe avec l'euro reste inchangé, tandis que le compte de garantie associé n'offre aucune perspective de développement pour les économies locales.

Lors d'un débat sur la chaîne YouTube d'Alain Foka (« Parlons vrai »), l'économiste togolais Kako Nubukpo et le journaliste français Antoine Glaser ont partagé ce constat. Selon eux, le récent sommet « Africa Forward » de Nairobi, co-présidé par la France et le Kenya, s'est apparenté aux « funérailles » de la politique africaine d'Emmanuel Macron. En refusant d'aborder de front la souveraineté monétaire et en n'accordant pas de réelles annulations de dettes, Paris maintient les pays africains sous perfusion et dans la dépendance.

Géopolitique du « deux poids, deux mesures »

La diplomatie française se montre également très opportuniste dans sa gestion des crises politiques. Si Paris s'est montré intraitable face aux coups d’État au Sahel, son attitude change radicalement face aux transitions militaires en Guinée et au Gabon. À Libreville, le renversement d'Ali Bongo par le général Brice Oligui Nguema a été accueilli avec indulgence. À Conakry, le colonel Mamadi Doumbouya a pu imposer sa transition tout en préservant de bonnes relations avec l'Occident.

Ce réalisme politique froid illustre une stratégie claire : chassée du Sahel, la France cherche à sécuriser ses positions sur la côte en composant avec des militaires moins hostiles, évitant ainsi que ces pays ne basculent dans le giron de la Russie ou de la Chine.

Guerre de l'information et enjeux sécuritaires

Sur le terrain de la sécurité, la guerre informationnelle fait rage. Les attaques coordonnées d'avril 2026 au Mali en sont l'illustration. Le 25 avril, une alliance de groupes djihadistes et de rebelles indépendantistes a frappé plusieurs villes clés, dont Bamako, Kidal et Kati.

Pour les capitales sahéliennes, ces offensives dissimulent une ingérence extérieure. Le ministère russe des Affaires étrangères a d'ailleurs évoqué une possible implication de structures occidentales. En réplique, Emmanuel Macron maintient sa ligne directrice, affirmant que ces tragédies découlent directement du départ des soldats français. Une posture que certains perçoivent comme un avertissement direct aux autres pays tentés par la rupture.

La diplomatie du "soft power" et de l'arène au Sénégal

Enfin, la France réinvente ses méthodes d'action culturelle. Au Sénégal, la diplomatie française investit désormais les milieux populaires, notamment le monde de la lutte sénégalaise et des cultures urbaines. L'ambassadrice s'est ainsi affichée aux côtés du Modou Lô, un des lutteurs les populaires au Sénégal, dans sa salle d’entraînement, et a reçu le lutteur Sa Thiès à sa Résidence , des rencontres largement relayées par la chaîne spécialisée Lutte TV.

Les relations franco-africaines ne meurent pas, elles se réinventent. Chassée par la grande porte militaire au Sahel, la France tente un retour par la fenêtre en usant d'alliances de circonstance, de pressions financières et de séduction culturelle. Reste à savoir si cette contre-offensive invisible suffira à convaincre une Afrique qui exige, désormais, sa souveraineté totale et définitive.



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Les messages jugés choquants seront de suite supprimés


LERAL TV CANAL 33 SENEGAL


Facebook

Publicité