L'Afrique enregistre une avancée historique dans la lutte contre la faim. Pour la première fois depuis une décennie, le continent connaît une baisse de l'insécurité alimentaire, selon une analyse de Máximo Torero, économiste en chef de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
Cette évolution, bien que modeste, marque un tournant et nourrit l'espoir d'une amélioration durable de la sécurité alimentaire.
Les données de 2025 montrent que la proportion de personnes souffrant de la faim est passée de 20,3 % à 20 %, tandis que la prévalence de l'insécurité alimentaire modérée ou grave a reculé de 58,5 % à 56,6 %.
Concrètement, près de 8,6 millions de personnes ne sont plus confrontées à cette situation. Les cas de retard de croissance chez les enfants diminuent également, mettant un terme à une dégradation observée depuis plusieurs années.
Pour la FAO, ces résultats ne sont pas le fruit du hasard. Ils reflètent les effets de politiques publiques menées sur le long terme, notamment les investissements dans la recherche agricole, les infrastructures rurales, les services vétérinaires, les systèmes de commercialisation et les outils de suivi statistique.
Malgré la réduction des financements extérieurs, plusieurs pays africains ont réussi à renforcer leurs capacités nationales et à améliorer la résilience de leurs systèmes alimentaires.
Toutefois, le continent reste confronté à des défis considérables. L'Afrique compte encore 309 millions de personnes souffrant de la faim, soit plus que toute autre région du monde. Les projections indiquent qu'en 2030, plus de la moitié des personnes touchées par la faim dans le monde vivront en Afrique.
Par ailleurs, deux Africains sur trois n'ont toujours pas les moyens de s'offrir une alimentation saine et équilibrée.
L'analyse met en avant les performances de plusieurs pays africains. Le Sénégal figure parmi les exemples les plus remarquables, ayant réduit en vingt ans la proportion de sa population souffrant de la faim de 15,8 % à 5,3 %. Le Ghana, le Togo, la Côte d'Ivoire, le Rwanda et le Mozambique ont également enregistré des progrès importants, démontrant que des politiques publiques cohérentes peuvent produire des résultats durables, même dans un contexte marqué par les crises économiques et climatiques.
Selon Máximo Torero, le principal défi consiste désormais à rendre les aliments nutritifs plus accessibles. Si les prix des céréales de base ont progressivement baissé, ceux du lait, des œufs, de la viande, du poisson, des fruits, des légumes et des légumineuses demeurent élevés.
Cette situation s'explique par les maladies animales, le manque de chaînes du froid, les insuffisances des infrastructures routières, les coûts de l'énergie et la faible organisation des marchés locaux.
Face à ces obstacles, la FAO recommande aux gouvernements africains de réorienter leurs investissements vers la santé animale, l'aquaculture, la recherche agricole, les infrastructures rurales, les chaînes du froid et l'accès à une énergie moins coûteuse. L'organisation rappelle également que l'aide internationale reste indispensable, notamment dans les pays en conflit, où elle demeure un soutien vital pour les populations les plus vulnérables.
Pour l'économiste en chef de la FAO, la baisse de la faim observée en 2025 constitue une victoire importante, mais encore fragile. Le véritable défi sera désormais de transformer cette amélioration en une tendance durable, afin que chaque Africain puisse accéder à une alimentation saine, abordable et de qualité.







