Les États-Unis posent désormais une condition : sans données biologiques, plus d'aide financière ni de médicaments. Washington réclame des échantillons de maladies, mais aussi l'accès aux dossiers médicaux des patients. Autrement dit, nos maladies, nos examens, nos traitements : ce que l'intime a de plus intime.
Le fait est alarmant, et cela révèle les failles de nos systèmes de santé. La plus profonde : leur dépendance aux financements extérieurs pour fournir des traitements essentiels, comme les antirétroviraux. C'est exactement là que Washington appuie. Nos gouvernements négocient avec la peur de laisser des patients sans médicaments. Conditionner des financements vitaux à une telle exigence, cela porte un nom : du chantage.
Certains États ont pourtant dit non. Le Ghana a refusé, dénonçant une clause permettant d'identifier des patients « si nécessaire ». Mais qui juge de cette nécessité ? Le Zimbabwe, lui, a rejeté un accord de 367 millions de dollars. Les données serviraient à développer vaccins et traitements, mais le texte stipule noir sur blanc que les Africains n'y auraient pas un accès prioritaire. Ces produits seraient d'abord pour les Américains.
Pendant ce temps, Washington poursuit ses négociations bilatérales, pays par pays. Sans doute parce que, divisés, nous sommes plus vulnérables.
Or l'Afrique ne manque ni de médecins ni de spécialistes. La matière grise existe. Il suffit de lui donner les moyens de travailler, et nous n'aurons plus jamais à céder nos données sensibles contre des médicaments. Cependant, la pérennité sanitaire du continent africain dépendra impérativement de son autonomie financière, de sa maîtrise du séquençage et du développement de sa propre industrie vaccinale.
Alors, la question demeure : qui accepterait de livrer à une puissance étrangère les données médicales de son peuple en échange de médicaments ?







