L'alcoolisme continue de faire des ravages dans de nombreuses familles sénégalaises. Derrière les bouteilles et les moments de convivialité se cachent souvent des histoires de souffrance, de regrets et de solitude. Si certains consommateurs continuent de sombrer dans la dépendance, d'autres ont pris une décision difficile : abandonner l'alcool pour reconstruire leur vie.
​En fin de journée, les débits de boissons ne désemplissent pas à Thiès. Dans un bar, des clients s'installent autour d'une table, commandent leurs premières bouteilles et échangent dans une ambiance qui paraît détendue. Pourtant, parmi eux, plusieurs reconnaissent que l'alcool n'est plus un simple loisir, mais une véritable dépendance dont ils peinent à se libérer.
​Chaque soir, ils reviennent dans les mêmes lieux. Certains y dépensent une grande partie de leurs revenus, tandis que d'autres tentent d'oublier les difficultés du quotidien. Avec le temps, cette consommation excessive finit par avoir de lourdes conséquences sur leur santé, leurs finances et leurs relations familiales.
​Témoignages et brisures familiales
​Assis devant ce bar, Ousmane, la cinquantaine, raconte son histoire avec émotion. Son regard porte les stigmates de longues années de consommation excessive.
« J'ai perdu mon travail. Ma famille ne me fait plus confiance. J'ai commencé à boire avec des amis et, aujourd'hui, j'ai perdu beaucoup de choses. Je veux arrêter pour retrouver ma famille et ma dignité », confie-t-il.
​Comme Ousmane, Souleye mène un combat quotidien contre l'alcool. Il reconnaît que la volonté seule ne suffit pas toujours pour sortir de cette dépendance.
« Ce n'est pas facile. Parfois, j'arrête quelques jours, puis je rechute. Mais je garde espoir et je veux vraiment changer », explique-t-il.
​Pour plusieurs consommateurs, les rechutes sont fréquentes. Les habitudes, les fréquentations, le stress ou encore les difficultés économiques rendent le sevrage particulièrement difficile. Beaucoup affirment également manquer d'un accompagnement médical ou psychologique pour réussir à abandonner définitivement l'alcool.
​Assis devant son domicile, Aliou interpelle les passants pour leur demander de l'argent. Il cherche à réunir une somme qui lui permettra d'aller boire au bar du quartier. Malgré cette dépendance, il affirme vouloir changer.
« Ma dépendance à l'alcool me fatigue. Je ne peux pas rester une seule journée sans boire. Et chaque fois que je suis ivre, je sème le désordre dans la maison. Il m'arrive même de voler pour pouvoir m'acheter de la bière. Ce n'est pas bien et je veux tourner cette page. Je veux abandonner l'alcool et vivre correctement. Ce ne sera pas facile, mais je vais essayer », confie Aliou.
​Le rôle de l'entourage et les répercussions judiciaires
​Demba, lui, est un ancien buveur. Après plusieurs années de consommation, il est parvenu à abandonner l'alcool. Pour lui, cette victoire est le fruit d'un long combat.
« Arrêter l'alcool demande de la volonté, mais aussi un entourage qui encourage plutôt que de juger », témoigne-t-il.
​Au-delà des conséquences sur la santé, l'alcoolisme entraîne souvent des répercussions sociales et judiciaires. À Thiès, de nombreuses personnes poursuivies devant les tribunaux pour des faits de vol, de violences, de coups et blessures ou d'agressions étaient sous l'emprise de l'alcool au moment des faits. Des magistrats et des acteurs judiciaires constatent régulièrement que l'état d'ivresse constitue un facteur aggravant dans plusieurs dossiers.
​Une maladie chronique nécessitant un suivi médical
​Les professionnels de santé rappellent que l'alcoolisme est une maladie chronique qui nécessite une prise en charge adaptée. Selon eux, le traitement ne repose pas uniquement sur la volonté de la personne concernée, mais également sur un accompagnement médical, psychologique et social.
​« La volonté est importante, mais elle ne suffit pas toujours. Les personnes dépendantes ne doivent pas hésiter à consulter. Plus la prise en charge est précoce, meilleures sont les chances de réussir le sevrage », souligne un professionnel de santé.
​La sensibilisation demeure également un enjeu majeur. Les spécialistes insistent sur l'importance d'informer les jeunes sur les risques liés à la consommation excessive d'alcool et de renforcer les dispositifs d'accompagnement destinés aux personnes dépendantes.
​Pour Ousmane, Souleye, Aliou et bien d'autres, chaque journée passée sans alcool représente une victoire. Malgré les difficultés et les rechutes, ils gardent l'espoir de retrouver une vie stable, de renouer avec leurs proches et de reprendre leur place dans la société. Leur parcours rappelle qu'il est possible de sortir de la dépendance, à condition d'être accompagné et de ne pas affronter seul cette épreuve.








