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RESTRUCTURATION DE LA DETTE DU SENEGAL : La version « sophistiquée » du gouvernement


Rédigé le Jeudi 22 Janvier 2026 à 10:23 | Lu 69 fois | 0 commentaire(s)




Pour éviter le naufrage du « défaut de paiement », le gouvernement n’a plus d’autre choix que l’équilibrisme financier. Exit la restructuration version bailleurs, le Trésor Public s’aventure dans les eaux profondes des leviers financiers sophistiqués pour ramener la dette sous la barre des 100% d'ici 2030. 
RESTRUCTURATION DE LA DETTE DU SENEGAL : La version « sophistiquée » du gouvernement
Les "irrégularités majeures" et la "dette bancaire contractée hors circuit budgétaire" mentionnées dans le Projet de Loi de Finances 2026 (p. 4) ont forcé l'exécutif à un verrouillage législatif. L’Article 22 de ladite loi interdit désormais les lettres de confort et autres garanties « opaques ». Cependant, cette nouvelle "sincérité" comptable pourrait n'être que la face émergée de l'iceberg si les nouveaux instruments utilisés ne sont pas strictement surveillés. 

Dans les couloirs du ministère des Finances, on parle de Swaps et autres Couvertures de devises. Des termes techniques qui, derrière leur apparente neutralité, cachent des engagements massifs sur l'argent du contribuable. En finance, un « swap » (qui signifie « échange ») est un contrat dérivé par lequel deux parties s'échangent des flux financiers selon des règles fixées à l'avance. Pour schématiser, c'est un troc financier. 

Derrière la "sincérité budgétaire", apparaît une stratégie de survie bien plus risquée : la mutation de la dette en une série de paris financiers sophistiqués. 

L’optimisation des taux : Un remède potentiellement toxique ?

Dans le Rapport Économique et Financier (REF) 2026, le gouvernement annonce une trajectoire audacieuse : réduire le poids de la dette en ramenant le ratio d’endettement de 119 à 114,5% du PIB en 2026 et sous la barre de 100% d’ici 2030, et réduire le coût en faisant baisser le taux d'intérêt implicite de 4,7% à 3,5% (REF-Rapport économique et financier - p. finale), en s’appuyant massivement sur des produits dérivés (Swaps de taux, TRS…). 
Le gain espéré, c’est une économie immédiate sur le coût du service de la dette. C'est ici que le bât blesse. 

Si ces instruments permettent d'alléger artificiellement le service de la dette à court terme, ils exposent dangereusement le pays, d’abord à travers le risque de marché car, un swap de taux est un pari : quand les taux mondiaux remontent brutalement, le gain espéré de 1,2 point (de 4,7% à 3,5%) peut se transformer en perte abyssale. 

La dette publique sénégalaise comporte déjà beaucoup d’emprunts à taux variables, souvent indexés sur des taux internationaux (EURIBOR (Euro Interbank Offered Rate), LIBOR (London Interbank Offered Rate), etc.). 

Le premier (équivalent du LIBOR mais pour la zone euro) est encore central dans la finance actuelle ; le second (taux auquel les grandes banques se prêtaient entre elles à Londres) a été progressivement abandonné depuis 2021–2023 et remplacé par des taux plus “objectifs” (SOFR pour le dollar, par exemple). 

Si le pays utilise un swap pour “verrouiller” un taux fixe mais que les taux baissent, il paiera plus que le marché, entraînant une perte immédiate de ressources budgétaires. Avec une notation souveraine faible, les banques peuvent exiger un collatéral (garantie) plus important, réduisant encore la marge de manœuvre financière. 

Ces « passifs contingents »

Dans le même REF, celui-ci mentionne (p. finale) que l’accent serait mis sur une "meilleure prise en compte des risques budgétaires". C'est un euphémisme. 

En langage technique du FMI et du Ministère, "risques budgétaires" est le terme qui englobe les « passifs contingents » (les pertes éventuelles sur les produits dérivés) et les risques liés contraignent le gouvernement à les intégrer désormais (notamment les TRS- Taux de rente Swap) dans le budget et les rapports officiels. 

Si ces fameux « passifs contingents » étaient sujets à une certaine opacité dans leur utilisation, le gouvernement actuel continuera cependant de les utiliser, mais dans des limites encadrés. 

« Le plafond annuel de la variation nette de l’encours des engagements résultant des garanties financières accordées par l’État, notamment dans le cadre des contrats de partenariats publics-privés, est fixé à cinquante (50) milliards de FCFA pour l’année 2026. » (P 28- Article 10).

Ce garde-fou est lié aux dérivés car, dans un Total Return Swap (TRS) ou un Swap de devises, l'État accorde une forme de garantie financière à la banque partenaire. En plafonnant ces engagements, la loi limite mathématiquement la capacité de l'État à signer des contrats dérivés opaques. 

Il serait tout de même important que le gouvernement publie le montant des "primes" payées aux banques d'affaires pour ces montages. Souvent, ces commissions se chiffrent en milliards de FCFA, prélevés avant même que l'argent n'arrive dans les caisses de l'État. 

A la merci des marchés

À force de vouloir éviter le mot tabou du « défaut », l’État a choisi une autre voie : celle de l’ingénierie financière sophistiquée. Swaps de taux, couvertures de change, Total Return Swaps… Des outils présentés comme modernes, rationnels, presque vertueux. Mais derrière cette technicité rassurante se cache une réalité plus inquiétante : la transformation progressive de la dette publique en une série de paris financiers. 

Officiellement, l’objectif est louable. Réduire le poids de la dette, alléger son coût, rassurer les marchés et les agences de notation. Le Rapport économique et financier 2026 annonce une baisse du taux d’intérêt implicite et une trajectoire de désendettement ambitieuse. Sur le papier, tout est propre. Trop propre, peut-être. 

Car l’optimisation des taux n’est pas une économie. C’est un transfert de risque. Là où un emprunt classique rend l’État débiteur d’un capital et d’un intérêt connus, les produits dérivés l’exposent à l’imprévisible : remontée brutale des taux mondiaux, volatilité des devises, exigences accrues des contreparties bancaires. Ce qui est présenté comme une gestion active devient alors une dépendance aux humeurs des marchés internationaux. 

Le problème n’est pas l’existence de ces instruments. Ils sont utilisés partout. Le problème, c’est leur usage comme béquille budgétaire, dans un contexte de trésorerie contrainte et de crédibilité financière fragile. Quand un État faiblement noté s’engage dans des swaps « collatéralisés », il accepte implicitement le risque d’appels de marge : des décaissements immédiats, parfois massifs, déclenchés non pas par une décision politique, mais par un algorithme de marché. 

Dans le langage feutré des institutions, on appelle cela, des « passifs contingents ». En clair : des dettes potentielles, invisibles tant que tout va bien, mais bien réelles le jour où le vent tourne. Leur intégration progressive dans la loi de finances est un progrès de transparence. Mais ne nous trompons pas : encadrer le risque n’équivaut pas à le faire disparaître. 

La dernière tentation

Le plus préoccupant est ailleurs. À mesure que ces outils deviennent insuffisants pour colmater les brèches, une tentation plus dangereuse apparaît : celle de la titrisation des recettes futures. Vendre aujourd’hui le pétrole, le gaz ou les péages de demain pour payer les factures d’aujourd’hui. Une fuite en avant classique des États à bout de souffle, qui sacrifient leur souveraineté future pour un répit immédiat. 

Le grand enjeu de transparence pour 2026 sera de surveiller si le gouvernement ne succombe pas à la tentation de gager ces revenus futurs pour masquer l'ampleur du déficit actuel. 

Optimiser la dette pour plaire aux marchés peut sembler rationnel. Mais gouverner, ce n’est pas séduire une agence de notation ; c’est protéger la capacité d’action des générations futures. Chaque point de taux « gagné » à court terme peut se payer très cher demain, lorsque les garanties devront être honorées et que les marges budgétaires auront disparu. 

La vraie question n’est donc pas technique. Elle est politique. Veut-on réellement réduire la dette, ou simplement en déplacer le risque hors du champ visible ? 
Malick NDAW
 
  
  
  
  
  
 



Source : https://www.lejecos.com/RESTRUCTURATION-DE-LA-DETT...


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