Une partie du riz local consommé à Dakar présente des niveaux de contamination aux aflatoxines supérieurs aux normes autorisées. C'est ce que révèle le plan de surveillance mené dans les régions de Dakar, Thiès et Kaolack, dont les résultats ont été présentés ce mercredi 22 juillet au Centre antipoison de l'hôpital Fann. Face à ce constat, les spécialistes tirent la sonnette d'alarme contre cette toxine hautement cancérogène, susceptible de favoriser le développement du cancer du foie, et réclament un renforcement urgent de la surveillance sanitaire des aliments.
​Président du Comité national du Codex du Sénégal, le professeur Amadou Diop a expliqué que cette étude s'inscrit dans le cadre du renforcement du système national de sécurité sanitaire des aliments. Le riz a été spécifiquement ciblé en raison de sa place centrale dans le régime alimentaire des Sénégalais. « Le riz étant l'une des denrées les plus consommées, il s'agissait d'évaluer dans quelle mesure le produit que nous consommons est contaminé par les aflatoxines », a-t-il souligné.
​Au total, 200 échantillons de riz ont été prélevés auprès de restaurants et de fournisseurs dans les trois régions pilotes, puis analysés par le laboratoire accrédité de l'Institut de technologie alimentaire (ITA). Les résultats révèlent que 30 échantillons, soit 22,6 %, affichaient des teneurs en aflatoxines dépassant les seuils réglementaires. Plus préoccupant encore, l'ensemble des cas de non-conformité a été enregistré exclusivement à Dakar, tandis qu'aucun dépassement n'a été décelé dans les prélèvements de Thiès et Kaolack. Selon le Pr Diop, le riz local est le plus touché, les prélèvements effectués aux marchés TILÈNE et Petersen ayant révélé plus de 50 % d'échantillons contaminés.
​Des toxines cancérogènes et un appel à élargir les contrôles
​Les aflatoxines sont des mycotoxines sécrétées par des champignons du genre Aspergillus, capables de polluer les céréales durant la période de récolte ou lors du stockage. « Ces contaminants sont réputés cancérogènes et sont notamment suspectés de favoriser le cancer du foie, une pathologie qui constitue déjà un problème majeur de santé publique au Sénégal », a mis en garde le chercheur.
​Le spécialiste invite toutefois à éviter toute conclusion précipitée. L'étude ayant été circonscrite à trois régions pilotes, il préconise un élargissement de la cartographie pour obtenir une vue d'ensemble à l'échelle nationale, en particulier dans les grands bassins rizicoles du pays. « Il faut étendre cette surveillance aux zones de production et pérennaliser ce dispositif afin de garantir une protection efficace de la santé publique », a plaidé le professeur Amadou Diop.
​Les auteurs du rapport recommandent également de consolider le dispositif national de sécurité sanitaire des aliments, de réviser le plan stratégique en vigueur depuis 2018 et d'intensifier les vagues de contrôle sur toute la chaîne de distribution. En attendant ces ajustements institutionnels, le président du Comité national du Codex appelle les ménages à la plus grande prudence : « Il convient de rester vigilant sur la qualité des produits consommés et de respecter rigoureusement les bonnes pratiques d'hygiène, de lavage, de cuisson et de manipulation. La vigilance ne doit pas se limiter aux seules aflatoxines, mais s'étendre à l'ensemble des contaminants alimentaires. »







