Comment l’Afrique du Sud, l’un des pays où les Noirs ont le plus souffert, en est-elle venue à se retourner contre ces mêmes frères noirs africains ? L’Afrique du Sud est aujourd’hui devenue un véritable enfer pour les ressortissants africains. La xénophobie y a atteint des niveaux sans précédent. Là où nous pouvions autrefois minimiser ces tensions en les attribuant à des incidents isolés, force est de constater qu’il s’agit désormais d’une persécution systématique qu’il nous est impossible d’ignorer. Car si ces mêmes scènes se déroulaient en Europe ou dans toute autre région du monde, nous n’aurions pas hésité une seule seconde à parler de racisme. Mais ici, ce sont des Noirs qui s’en prennent à d’autres Noirs. Ce sont des Africains qui rejettent d’autres Africains. Ce qui rend la situation encore plus troublante, c’est précisément le pays dans lequel elle se produit : l’Afrique du Sud, ce pays dont la libération a été soutenue, portée et défendue par une grande partie du continent.
Il ne suffit pas de décrire les faits ou de commenter l’actualité. Il faut aller plus loin, creuser davantage. Comment, à peine quelques décennies après l’apartheid, des Sud-Africains peuvent-ils s’en prendre à ceux qui les ont soutenus dans les heures les plus sombres de leur histoire ? Quel rôle la crise économique joue-t-elle dans cette résurgence xénophobe ? Et comment certains hommes politiques ont-ils fait de la haine de l’étranger un véritable fonds de commerce ? Enfin, nous nous poserons une question fondamentale : en tant qu’Africains, quelle réponse devons-nous apporter face à cette réalité ? Mais pour cela, commençons par revenir aux fondements de l’histoire sud-africaine.
C’est au XVIIe siècle que les premiers colons européens posent le pied au Cap : des Hollandais et des Allemands, puis plus tard les Britanniques. Ils débarquent sur cette terre avec leurs fusils, leurs bibles, et surtout avec une conviction qui allait empoisonner le pays pour des siècles : l’idée qu’il existe des peuples nés pour dominer, et d’autres, condamnés à servir. Puis vient le tournant décisif : la découverte des diamants, puis de l’or. L’Afrique du Sud se transforme alors en un territoire hautement stratégique, convoité et jalousement disputé. Mais toute exploitation minière à grande échelle exige une chose : une main-d’œuvre abondante et bon marché. La machine se met alors en marche. Les populations noires sont méthodiquement dépossédées de leurs terres, reléguées dans des réserves et progressivement réduites à l’état de travailleurs appauvris, au service d’une économie dont elles sont entièrement exclues.
Avec l’arrivée du Parti nationaliste au pouvoir en 1948, avec à sa tête Daniel François Malan, la ségrégation, d’abord informelle, finit par être gravée dans le marbre de la loi à travers ces cinq textes législatifs fondateurs. La première de ces lois est la Population Registration Act de 1950. Elle contraint chaque Sud-Africain à être officiellement enregistré selon une catégorie raciale : Blanc, Noir, Métis ou Indien. L’État vous observe, vous étiquette, puis détermine ce que vous avez le droit de faire ou, le plus souvent, ce qui vous est interdit. La deuxième loi est le Group Areas Act, voté la même année. Elle autorise l’État à découper le territoire en zones strictement raciales, décidant où chaque groupe a le droit de vivre. Des familles entières sont alors arrachées à leurs foyers, expulsées de quartiers où elles résidaient parfois depuis plusieurs générations, sans recours et sans compensation.
La troisième loi est le Bantu Authorities Act de 1951. Elle pose les fondations du système des bantoustans, ces territoires présentés comme des « patries » pour les populations noires. Mais derrière cette façade se cachait une stratégie bien plus cynique : signifier aux Noirs qu’ils n’étaient pas de véritables citoyens sud-africains, qu’ils appartenaient à des entités séparées. C’était, en somme, une façon de leur confisquer progressivement leur citoyenneté dans leur propre pays. La quatrième loi est le Pass Laws Act : les Noirs étaient désormais tenus de porter en permanence des laissez-passer, une sorte de passeport intérieur pour justifier leur présence dans certaines zones du pays. Un homme ou une femme pouvait être arrêté à tout moment, simplement parce qu’il ne disposait pas du bon document au bon endroit. Imaginez ce que cela signifie : être traité en étranger sur la terre de vos ancêtres, devoir prouver à chaque instant que vous avez le droit d’exister à l’endroit où vous vous trouvez dans votre pays. La cinquième et dernière loi est le Bantu Education Act de 1953. Elle instaure un système éducatif délibérément appauvri pour les enfants noirs, conçu non pas pour les instruire, mais pour en faire une main-d’œuvre docile au service de l’économie blanche. Dans certaines salles de classe, on apprenait aux élèves à laver des vêtements plutôt qu’à résoudre des équations ou à comprendre la géométrie.
C’est précisément dans ce contexte que naissent et se développent les townships, ces quartiers construits de toutes pièces pour maintenir les populations noires à l’écart des centres urbains blancs, tout en les gardant suffisamment proches pour qu’elles puissent venir y travailler chaque matin. Alors, chaque matin, les Noirs entraient en ville pour faire tourner une économie dont ils ne tiraient aucun bénéfice, et chaque soir, ils regagnaient leurs quartiers périphériques. Les townships deviennent ainsi des espaces de pauvreté extrême, de surveillance policière constante et de frustration accumulée. Mais ils deviennent aussi, paradoxalement, des foyers de résistance. C’est là que naît et mûrit une conscience politique. C’est là que les jeunes voient l’injustice de leurs propres yeux, sans filtre et sans détour. C’est là que des familles entières comprennent que l’apartheid n’est pas qu’un texte de loi voté à Pretoria. C’est une réalité vécue au quotidien, dans les transports, dans les écoles, dans les usines.
Et parmi ceux qui vont incarner cette résistance, il y a un homme : Nelson Mandela. Mandela rejoint l’ANC (African National Congress) en 1944 et s’impose rapidement comme l’une des figures de proue de sa branche jeunesse. Vers la fin des années 1950, la lutte s’était radicalisée. Mandela et ses compagnons avaient fondé Umkhonto we Sizwe, la branche armée de l’ANC. Ils seront arrêtés, jugés, puis condamnés à la prison à vie en 1963. Mandela passera 27 ans derrière les barreaux, aux côtés de plusieurs autres figures de la résistance. Mais il faut ici corriger une idée reçue : Mandela n’était pas le seul visage de l’opposition sud-africaine. Il bénéficiait certes d’un charisme et d’une popularité indéniables, mais il évoluait au sein d’une constellation de militants tout aussi déterminés.
Parmi eux, Steve Biko, dont le combat avait une dimension particulière : l’éveil psychologique. Sa conviction profonde était que, au-delà de la ségrégation, des injustices et des inégalités matérielles, le mal le plus profond infligé par le système blanc aux Noirs était d’ordre psychologique : les avoir amenés à se percevoir comme inférieurs, à douter d’eux-mêmes, à se diviser entre eux. Son combat à lui était de libérer l’esprit noir avant même de libérer le corps. Il est d’ailleurs l’un des pères fondateurs du Mouvement de la Conscience Noire. Il y avait aussi Winnie Mandela. Durant les dix mille jours de captivité de Mandela, c’est elle qui porta le flambeau. Exposée, harcelée, diabolisée, combattue de toutes parts mais toujours debout. Pour une grande partie des Sud-Africains, elle n’était pas simplement l’épouse du prisonnier le plus célèbre du monde. Elle était « the mother of the nation »: la mère de la nation. Citons également l’archevêque Desmond Tutu, voix morale incontournable de la lutte, et Miriam Makeba, « Mama Africa », qui porta le combat bien au-delà des frontières sud-africaines, à travers sa musique, sa voix et ses prises de parole devant les instances internationales.
L’Afrique du Sud était alors en pleine ébullition. La colère, longtemps contenue, atteignit son point de rupture le 16 juin 1976, avec le massacre de Soweto. Des élèves noirs descendent dans les rues pour protester contre l’obligation d’apprendre l’afrikaans, la langue de l’oppresseur. Ce sont des enfants, des adolescents, de simples écoliers. Le régime leur répond par des tirs de balles. Le bilan officiel fait état de plusieurs centaines de morts, et certaines sources estiment que le chiffre réel est bien plus élevé.
L’apartheid est aboli officiellement en 1994, sous la pression conjuguée des mouvements insurrectionnels noirs à l’intérieur du pays et de la communauté internationale à l’extérieur. Oui, l’apartheid est aboli. Mais les réflexes qu’il a engendrés, eux, n’ont pas disparu, ni chez les Blancs, ni chez les Noirs. La démocratie a accordé le droit de vote. Elle a restauré la dignité juridique. Elle a permis à un Noir, Nelson Mandela, de devenir président. Mais elle n’a pas du tout effacé les inégalités. Elle n’a pas redistribué les terres. Elle n’a pas créé des emplois pour tous. Elle n’a pas réparé plusieurs siècles d’humiliation systématique. Une grande partie de la population noire sud-africaine s’est donc retrouvée libre politiquement, mais toujours prisonnière économiquement.
Et c’est précisément là que nous retrouvons l’Afrique du Sud d’aujourd’hui. Trente ans après la fin de l’apartheid, le pays en est-il vraiment sorti ou a-t-il simplement changé de façade ? Car lorsqu’on observe les indicateurs de surface, le tableau semble presque rassurant : l’Afrique du Sud est devenue en 2025 la première puissance économique du continent. Le Cap figure parmi les plus belles villes du monde, et le président de la République est un homme noir. On pourrait croire que les fantômes du passé sont définitivement derrière nous. Mais arrêtons-nous un instant. Parce que derrière ces vitrines, une réalité s’impose avec brutalité : en 2022, seulement 28 % des entreprises du pays étaient détenues par des Noirs. Et rappelons-le : les Noirs représentent 82 % de la population. Autrement dit, les Noirs sont douze fois plus nombreux que les Blancs, et cinquante fois moins riches qu’eux. Un écart vertigineux, qui dit tout de la profondeur des inégalités héritées.
Des politiques correctives ont bien été mises en place, comme le Black Economic Empowerment, destiné à rééquilibrer le pouvoir économique en faveur des populations noires. Mais l’histoire nous enseigne qu’on ne reconstruit pas un peuple simplement en lui injectant de l’argent ou en le plaçant aux commandes de quelques institutions. Si les mentalités ne se transforment pas et si les structures profondes du système restent intactes, les résultats, eux, ne changeront pas. Et en Afrique du Sud, ce résultat porte un nom : la pauvreté économique, mais aussi mentale. Les chiffres officiels sont éloquents : environ 50 % de la population adulte du pays vit encore dans des townships, soit près de 35 millions de personnes.
Si nous avons fait ce long détour par l’histoire, c’est précisément parce que ce qui se passe aujourd’hui en Afrique du Sud n’est pas un accident isolé, figé dans le présent. C’est la continuité d’une histoire nationale qui a toujours été marquée par la violence et l’opposition entre Noirs sud-africains et Blancs, entre Sud-Africains eux-mêmes, et entre Sud-Africains et étrangers. Au cœur de toutes ces tensions, il y a toujours eu la même réalité : la compétition pour des ressources rares, dans un contexte de précarité chronique pour les populations noires. L’archevêque Desmond Tutu l’avait déjà signalé en son temps : il attirait l’attention sur la manière dont certains Noirs traitaient leurs propres frères, au nom de divergences idéologiques ou de la lutte pour des ressources insuffisantes.
Par ailleurs, l’Afrique du Sud compte deux tribus particulièrement influentes : les Zoulous, historiquement reconnus comme un peuple de guerriers, et les Xhosas. Des figures historiques majeures comme Nelson Mandela, Miriam Makeba, Oliver Tambo ou Desmond Tutu étaient tous xhosas et leurs méthodes de combat, empreintes de négociation et de résistance non violente, tranchaient nettement avec la tradition guerrière revendiquée par les Zoulous. Mais attention : cela ne signifie en aucun cas que les Zoulous sont collectivement responsables des violences que nous observons aujourd’hui. On retrouve des Sud-Africains de toutes origines ethniques parmi les fauteurs de troubles. De plus, nous soulignons un autre fait historique important : en Afrique du Sud, certains groupes d’intérêt ont régulièrement instrumentalisé la combativité zouloue à leurs propres fins, y compris contre les partisans de l’ANC.
Nous nous trouvons donc face à un pays où les mêmes Noirs, après avoir arraché leur liberté au prix de décennies de lutte, se retrouvent entassés dans des espaces de relégation, contraints de se battre quotidiennement pour accéder à des ressources toujours insuffisantes. Mais tout cela ne répond pas encore directement à notre question centrale : qu’est-ce qui alimente la xénophobie et explique l’extrême violence que l’on observe aujourd’hui en Afrique du Sud ?
Voici un chiffre qui dit beaucoup : en l’espace de dix ans, la population sud-africaine a augmenté de près de 8 millions d’habitants, dont environ 6 millions en âge de travailler. Pourtant, sur cette même période, l’économie n’a été capable de créer qu’un peu plus d’un million d’emplois directs. Le résultat est sans appel : près de 8 millions de chômeurs officiels, un taux de chômage élargi avoisinant les 42 %, et une jeunesse sinistrée où plus de quatre actifs sur dix sont sans emploi. Mais comment un pays aussi riche peut-il afficher un tel niveau de chômage ? La réponse tient en un mot : l’apartheid. L’apartheid qui a enfermé une majorité noire dans des townships éloignés des centres économiques, coupés des bonnes écoles, des réseaux professionnels, du capital et de la propriété. Des décennies de ségrégation qui continuent, aujourd’hui encore, de produire leurs effets.
À cela s’ajoute une économie qui n’a jamais suffisamment misé sur l’emploi industriel. Le pays a reculé dans la manufacture, dans les mines et dans certains secteurs informels, tandis que les nouveaux emplois se sont concentrés dans la finance, les services et des filières exigeant des qualifications que beaucoup ne possèdent pas, précisément à cause de l’héritage de l’apartheid. Nous sommes donc face à une combinaison de deux facteurs. D’un côté, l’héritage historique des Noirs sud-africains : certains portent une tradition guerrière qui les incline à résoudre les conflits par la force, tandis que d’autres ont développé une hostilité profonde envers l’étranger. De l’autre, un chômage structurel qui frappe en premier lieu les Noirs sud-africains, les moins bien positionnés pour accéder aux opportunités économiques réelles.
Mais une question demeure : pourquoi le gouvernement et les partis politiques sud-africains ne s’attaquent-ils pas plus fermement à ce chaos ? Des vies ont été perdues. Le Ghana et le Nigeria ont dû rapatrier leurs ressortissants. Les témoignages sont glaçants. Pourquoi ce phénomène ne figure-t-il pas en tête des priorités politiques du pays ? La réponse est aussi froide que simple : éradiquer ce problème n’est pas rentable.
L’un des angles morts fondamentaux de la démocratie telle qu’elle a été héritée après les indépendances, c’est que l’objectif des dirigeants ou de ceux qui aspirent à le devenir n’est pas nécessairement de gouverner avec équité, ni de résoudre les problèmes. C’est de conquérir le pouvoir, puis de le conserver. Dans cette logique, tout ce qui ne sert pas directement cet objectif est superflu. Or, en Afrique du Sud, les étrangers ne votent pas. Pour un président en exercice ou un candidat en campagne, cette population ne pèse rien sur la balance électorale. Pourquoi alors mobiliser de l’énergie et des ressources pour défendre ses droits, quand ces mêmes ressources peuvent alimenter la conquête ou le maintien du pouvoir ?
Ignorer un problème à faible rendement politique, c’est déjà une forme de cynisme. Mais la situation devient véritablement perverse lorsque la condition des étrangers est instrumentalisée à des fins électorales. Face à un chômage massif, un dirigeant a le choix : s’attaquer aux causes profondes, ce qui implique des réformes difficiles, impopulaires, des décisions courageuses, ou opter pour la voie de la facilité, bien connue jusque dans les démocraties occidentales : désigner un bouc émissaire. Attiser la colère populaire et la rediriger vers l’étranger. Cette stratégie coûte peu, génère de la popularité en donnant l’illusion d’être du côté du peuple, et permet de poursuivre tranquillement ses ambitions, pendant que ce dernier s’en prend à la mauvaise cible.
Plusieurs travaux ont mis en évidence que l’immigration est devenue un thème central de campagne pour un certain nombre de formations politiques, notamment Action SA, la Patriotic Alliance, et même Opération Dudula, ce mouvement de rue anti-immigrés reconverti en parti politique. Le mécanisme est presque toujours le même : on part d’un problème réel et légitime (le chômage massif, la criminalité, des hôpitaux à bout de souffle, une pénurie de logements) puis on lui donne un visage simple et tangible : l’étranger en situation irrégulière. En résumé, les ressorts de la xénophobie en Afrique du Sud aujourd’hui s’articulent autour de trois axes : un héritage historique lourd, une crise économique et sociale profonde et la récupération politique de la détresse des Sud-Africains.
Maintenant que nous avons posé ce diagnostic, il reste une dernière question, peut-être la plus difficile : comment devons-nous, nous, les autres Africains qui subissons cette violence, y répondre ? Quelle est la bonne posture ? Je crois que le silence n’est pas une option. Mais je crois tout autant que la réponse ne peut pas consister à fabriquer un nouveau stéréotype, celui du Sud-Africain xénophobe qu’il faudrait fuir et diaboliser. Si vous avez lu cette analyse attentivement, vous aurez compris que les racines de ce qui se passe là -bas sont profondes, complexes, et qu’il existe des acteurs qui ont tout intérêt à entretenir ce climat. Répondre à la barbarie par la barbarie ne ferait que nous rabaisser au niveau de ce que nous condamnons.
Des chefs d’État comme ceux du Mozambique et du Ghana nous indiquent, je crois, la voie juste : une voie diplomatique, mais ferme. Il s’agit de rappeler à l’Afrique du Sud que sa liberté n’est pas née dans l’isolement, qu’elle a été arrachée, en partie, grâce à la solidarité et aux sacrifices du reste du continent africain — ce continent qu’elle semble aujourd’hui rejeter. Miriam Makeba, par exemple, après que son passeport lui eut été retiré et qu’elle ne trouva refuge nulle part, fut accueillie en Guinée par Sékou Touré. Elle y passa vingt-six ans d’exil, et c’est depuis ce pays qu’elle continua à mener le combat pour la libération de son peuple. Le Botswana, la Zambie, l’Égypte, la Libye, la Tunisie, le Ghana, le Sénégal, le Maroc et bien d’autres pays ont, chacun à leur manière, soutenu la lutte contre l’apartheid. Certains ont accueilli des militants de l’ANC. D’autres ont offert des passeports, des bourses, des bases arrière, des formations militaires, des financements ou une protection diplomatique.
Soutenir l’ANC à cette époque, ce n’était pas se draper dans de beaux discours panafricains comme on l’entend trop souvent aujourd’hui. C’était prendre un risque réel. C’était s’opposer à un régime puissant, militairement organisé, adossé aux intérêts économiques occidentaux, américains notamment. Le Mozambique, l’Angola, le Botswana et plusieurs pays voisins ont payé le prix fort de cette solidarité, parfois sur leur propre sol. C’est pourquoi la xénophobie actuelle en Afrique du Sud est historiquement indéfendable. Car beaucoup de ceux que l’on chasse aujourd’hui viennent précisément de ces pays dont les gouvernements et les peuples ont tout sacrifié pour leur liberté.








