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Dr Diabel Dramé (SAMES) : « Les médecins sont prêts à retourner au front si l’État ne respecte pas ses engagements »


Rédigé le Lundi 22 Juin 2026 à 13:32 | Lu 47 fois | 0 commentaire(s)




Entre frustrations sociales, déficit de spécialistes, gouvernance contestée des ressources humaines et inquiétudes sur l’avenir du système de santé, le secrétaire général national du Syndicat autonome des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes du Sénégal (SAMES), Dr Diabel Dramé, dresse un constat sans concession. Dans cet entretien, il revient sur les relations tendues avec l’État, les revendications des médecins, les défis des urgences médicales, la fuite des compétences et les réformes qu’il juge indispensables pour sauver durablement le système de santé sénégalais. Voici l’entretien.

Le secteur de la santé est marqué par plusieurs mouvements de contestation. Quel est aujourd'hui l'état des relations entre le SAMES et le gouvernement ?

Les relations sont aujourd’hui assez mitigées. Nous avons perdu beaucoup d’espoir par rapport aux engagements pris par l’État. Pour rappel, le SAMES avait déposé une plateforme revendicative dès 2023. Des discussions avaient été engagées avant d’être suspendues en raison du contexte sociopolitique de l’époque. Avec l’arrivée du nouveau régime et la signature du Pacte de stabilité sociale, nous avons accepté, par patriotisme et sens des responsabilités, de laisser du temps aux autorités pour trouver des solutions à nos préoccupations. Malheureusement, force est de constater qu’aucune avancée significative n’a été enregistrée. Aujourd’hui, nous sommes dans une phase de remobilisation. Nous sommes prêts à remettre notre plateforme revendicative sur la table et, si nos préoccupations continuent d’être ignorées, nous n’excluons pas de reprendre la lutte syndicale.

Les revendications des médecins ont-elles trouvé un début de réponse de la part des autorités ?

Non. Si nous avions constaté des signaux forts démontrant une volonté réelle de prendre en charge les préoccupations du secteur, nous l’aurions reconnu. Mais aujourd’hui, il n’existe aucun élément concret permettant de l’affirmer. Nous avions accepté le Pacte social dans un esprit d’apaisement et de responsabilité. Cependant, les engagements tripartites pris à cette occasion tardent à être respectés. Nous sommes donc en parfaite cohérence avec notre position initiale : si les engagements ne sont pas honorés, nous reviendrons au combat.

Le rapprochement entre le SAMES et le SUTSAS annonce-t-il un nouveau rapport de force dans le secteur ?

Notre rapprochement récent est né d’une situation précise : les difficultés rencontrées par nos camarades de l’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (ARP), notamment dans le cadre de l’affaire dite « Software ». Nous avons estimé nécessaire de leur apporter notre soutien. Cela dit, nous ne pouvons pas exclure un rapprochement plus large à l’avenir. Les organisations syndicales du secteur de la santé partagent souvent des préoccupations communes. Le moment venu, il sera peut-être nécessaire d’harmoniser nos positions pour défendre ensemble les intérêts des travailleurs de la santé.

Une grève nationale reste-t-elle envisageable dans les prochaines semaines ?

Oui, elle reste envisageable si la situation demeure inchangée. Nous avons fait preuve de patience et de responsabilité. Mais le dialogue social n’a pas fonctionné comme prévu. Les comités sectoriels prévus dans le cadre du Pacte social n’ont pas été correctement mis en place. Au niveau du secteur de la santé, il a même fallu exercer une pression pour obtenir une première rencontre. Depuis, le dialogue est quasiment au point mort. Si aucune solution sérieuse n’est apportée, nous serons contraints de reprendre les moyens de lutte syndicaux.

Quelles sont aujourd’hui les principales préoccupations des médecins sénégalais ?

Les préoccupations sont nombreuses. D’abord, il y a le régime indemnitaire. Nous appartenons à la hiérarchie A spéciale de la fonction publique, mais nos rémunérations ne reflètent pas toujours cette réalité. Ensuite, il y a la révision des statuts et des conditions de carrière. Nous refusons que les décideurs du secteur de la santé soient laissés pour compte alors que d’autres secteurs bénéficient d’améliorations substantielles. Le logement constitue également une priorité. Une convention portant sur l’attribution de dix hectares à Bambilor a été signée au profit de notre coopérative, mais les avancées concrètes tardent. Enfin, la question de la retraite est devenue cruciale. Les pensions des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes doivent être revalorisées. Nous constatons même des anomalies dans le calcul des pensions depuis le relèvement de l’âge de départ à la retraite.

Le ministère de la Santé a récemment lancé le SMUR hospitalier de Pikine. Comment appréciez-vous cette initiative ?

C’est une initiative qui va dans le bon sens. Il ne s’agit pas d’une structure concurrente du SAMU national, mais d’une strategy visant à rapprocher davantage la prise en charge urgente des populations. L’objectif est de réduire les délais d’intervention et de permettre une médicalisation précoce des urgences avant l’arrivée du patient dans une structure adaptée.

Certains craignent que les SMUR hospitaliers fragilisent le SAMU national. Partagez-vous cette inquiétude ?

Non. À nos yeux, il s’agit toujours du même dispositif national. Ce sont surtout les modalités d’organisation qui évoluent afin d’améliorer l’efficacité du système. L’essentiel est d’assurer une bonne coordination entre les différents acteurs afin d’éviter les doublons et les chevauchements.

Comment améliorer la prise en charge préhospitalière ?

Il faut renforcer les moyens humains, matériels et logistiques. La médecine d’urgence repose sur des ressources importantes. Il faut également améliorer la coordination entre les structures sanitaires et les services d’évacuation médicale. C’est particulièrement vrai dans les grandes agglomérations comme Dakar.

Le déficit de médecins spécialistes reste une réalité dans plusieurs régions. Comment inverser cette tendance ?

Nous sommes encore très loin des ratios recommandés au niveau international. Pour inverser cette tendance, il faut agir simultanément sur plusieurs leviers : améliorer les conditions de travail, renforcer l’attractivité des carrières médicales, revoir les modalités de formation des spécialistes et surtout recruter davantage. Le problème est qu’on forme parfois des spécialistes qui ne trouvent pas d’emploi immédiatement. Certains sont alors contraints de partir à l’étranger.

Comment retenir les jeunes médecins face aux opportunités d’expatriation ?

Il faut leur offrir des perspectives. Cela passe par des rémunérations décentes, une meilleure gestion des carrières et des recrutements réguliers. Depuis plusieurs années, les recrutements massifs font défaut. Dans ces conditions, il is difficile de reprocher aux jeunes médecins de chercher ailleurs des opportunités professionnelles.

Le système de motivation est-il encore adapté ?

Non. Il mérite une profonde réforme. Les médecins attendent une reconnaissance plus importante de leur contribution au fonctionnement du système de santé.

Le problème principal du système de santé est-il un déficit d’infrastructures ou de ressources humaines ?

Les deux sont importants, mais les ressources humaines restent déterminantes. On peut construire des hôpitaux et acquérir des équipements modernes. Sans personnels qualifiés et correctement répartis sur le territoire, ces investissements ne produiront pas les résultats attendus.

Les nouveaux hôpitaux disposent-ils du personnel nécessaire ?

Pas toujours. Dans certains cas, les établissements sont confrontés à des déficits de personnel qui limitent leur fonctionnement optimal.

Quelle est votre évaluation de la politique sanitaire menée depuis l’arrivée du nouveau régime ?

Nous attendons encore des résultats concrêts. Le président de la République a renouvelé sa confiance au ministre de la Santé et nous respectons ce choix. Mais nous jugerons avant tout sur les résultats obtenus. Il est impossible de réformer durablement le système de santé sans associer pleinement les médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes.

Le dialogue social fonctionne-t-il correctement ?

Non. Le dialogue devrait être permanent dans le secteur de la santé. Ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui.

Le SAMES est-il associé aux grandes réformes en cours ?

Pas suffisamment. Nous estimons que les organisations représentatives doivent être davantage impliquées dans les réformes qui engagent l’avenir du système de santé.

Vous critiquez également la gestion des ressources humaines. Pourquoi ?

Parce que nous observons des affectations et des nominations qui ne reposent pas toujours sur des critères objectifs. Le secteur de la santé a besoin de règles transparentes, connues de tous et fondées sur les compétences, l’expérience et le mérite. Les considérations politiques ne doivent pas primer sur les impératifs techniques.

Si vous aviez trois mesures prioritaires à recommander au président de la République ?

La première serait de mettre en place un cadre réglementaire clair et transparent pour la gouvernance des ressources humaines dans le secteur de la santé. La deuxième consisterait à revoir le régime indemnitaire afin d’offrir aux médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes des conditions sociales plus justes. Enfin, il faut impérativement revaloriser les pensions de retraite et corriger les anomalies observées dans leur calcul.

Un dernier mot ?

J’invite tous les agents de santé à poursuivre leurs efforts pour offrir des soins de qualité aux populations. Mais j’appelle également l’État à respecter les engagements pris dans le cadre du Pacte social. Enfin, j’exhorte les médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes à rester mobilisés. Si aucune avancée n’est enregistrée, nous devrons nous préparer aux combats syndicaux à venir.

Auteur: Yandé Diop


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