Vipeoples.net  | Site d'actualité générale sénégalaise des VIP


Le pari solitaire de Bassirou Diomaye Faye face au risque de blocage institutionnel


Rédigé le Vendredi 5 Juin 2026 à 18:11 | Lu 62 fois | 0 commentaire(s)




En se séparant d'Ousmane Sonko et du PASTEF pour nommer un gouvernement de technocrates dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô, le président Bassirou Diomaye Faye s'engage dans une gouvernance solitaire. Entre les remaniements à répétition, le spectre d'un blocage à l'Assemblée nationale et l'urgence des dossiers économiques, le chef de l'État joue la stabilité du pays sur le terrain de l'efficacité administrative.

Rupture à l'exécutif et instabilité gouvernementale

Le Sénégal traverse une crise politique majeure. Le divorce est désormais consommé entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ex-Premier ministre Ousmane Sonko. En écartant le mentor du PASTEF de la Primature pour y installer Ahmadou Al Aminou Lô, ancien Directeur national de la BCEAO , le chef de l’État opère un virage méthodologique important.

Ce repositionnement se traduit par une instabilité gouvernementale : en seulement deux ans d'existence, le régime consomme déjà sa troisième équipe ministérielle. Ce changement fréquent d'interlocuteurs pose une question sur la continuité de l'État. En s'appuyant sur une coalition sans poids électoral marquant, le Président ouvre une période d'incertitude quant à sa capacité à gouverner.

Épreuve démocratique : la loi du nombre face à l'isolement

Au cœur de cette crise se joue un débat sur les principes du système démocratique. Dans ce modèle, la légitimité repose sur la loi du nombre : c'est la majorité qui gouverne. Au Sénégal, cette majorité populaire est incarnée par le PASTEF, le parti qui a porté la promesse de rupture et mobilisé les électeurs. En choisissant de se détacher de sa formation d'origine et d'ignorer la force politique majoritaire à l'Assemblée nationale, le président Faye prend le contre-pied de la représentativité issue des urnes.

Sur le plan constitutionnel, le chef de l'État, élu au premier tour avec plus de 54 % des suffrages en mars 2024, demeure le seul dépositaire de la souveraineté nationale. Sa décision peut être lue comme une volonté de restaurer l'autorité de la fonction présidentielle face à un système de bicéphalisme exécutif difficile à gérer. De l'autre côté, l'argument de la rupture contractuelle pèse lourd : s'éloigner du projet pour lequel il a été élu s'apparente, pour les militants, à un déni de la volonté populaire. Ce déphasage pousse certains observateurs à se demander si un président en rupture avec sa base peut continuer à gouverner sans remettre son mandat en jeu. Si le droit constitutionnel n'impose aucune démission, la fragilité de son assise politique réelle rend l'exercice du pouvoir vacillant.

L'épée de Damoclès d'une dissolution parlementaire

La grande inconnue de cette nouvelle architecture réside dans l'attitude de l'Assemblée nationale, désormais présidée par Ousmane Sonko lui-même et portée par une majorité acquise au PASTEF. Bien que ce dernier ait affirmé que l'institution « jouerait le jeu » pour éviter de bloquer l'État, la réalité des rapports de force laisse présager une guerre d'usure. Comment le président Faye compte-t-il faire voter ses lois et son budget annuel face à un parti qu'il ne rencontre plus ?

Le risque de paralysie législative est réel. Le chef de l'État ne dispose pas du droit de dissoudre l'Assemblée nationale avant la fin de l'année 2026, la loi imposant un délai minimal de deux ans après son installation. L'hypothèse d'une dissolution dès l'échéance légale de décembre 2026 fait peser un risque : si le président Faye franchit ce pas, ce troisième gouvernement n'aura été qu'une équipe de transition de quelques mois. Une nouvelle campagne électorale basculerait le Sénégal dans une période de contestation au détriment de la marche des affaires. C'est face à ce risque d'enlisement que la récente sortie d'Aminata Touré sur RFI prend son sens. En tant que coordonnatrice de la coalition, son appel à la raison rappelle que les institutions de la République ne doivent pas être instrumentalisées pour des querelles de personnes.

L'économie peut-elle survivre à l'instabilité ?

Pendant que les ambitions politiques se heurtent au sommet de l'État, le temps presse. L'économie sénégalaise, déjà malmenée par des tensions sur la dette publique et par la suspension des programmes d'aide du FMI, pourra-t-elle résister à cette instabilité ?

Le tissu économique national s'accommode mal du changement perpétuel. Cette valse des ministères ralentit les réformes structurelles, paralyse l'administration et pousse le secteur privé à l'attentisme. Certes, l'expertise financière d'Ahmadou Al Aminou Lô est un atout pour échanger avec les bailleurs de fonds selon Jeune Afrique, mais la crise politique fragilise la crédibilité de la signature de l'État. Les populations attendent des réponses urgentes contre la cherté de la vie et le chômage des jeunes, alors que la stabilité est également menacée par la crise sécuritaire dans la sous-région sahélienne.

En faisant le pari de l'efficacité technocratique contre la loi du nombre et la légitimité populaire du PASTEF, Bassirou Diomaye Faye joue son avenir politique. Si cette crise se mue en blocage budgétaire total, le pays court le risque d'une dégradation financière difficile à redresser. L'histoire dira si cet isolement était un choix d'État ou une erreur stratégique pour l'avenir du Sénégal.



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Les messages jugés choquants seront de suite supprimés


LERAL TV CANAL 33 SENEGAL


Facebook

Publicité