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La fragilisation de l’ordre mondial (Par le Pr Moussa Diaw)


Rédigé le Lundi 13 Avril 2026 à 14:44 | Lu 69 fois | 0 commentaire(s)




L’intervention du premier ministre, Ousmane Sonko, à la conférence de Pascal Boniface sur la souveraineté, a suscité beaucoup de réactions. Certains n’ont pas hésité à condamner ses propos relatifs à son analyse du système international en considérant que le Président américain est un acteur non pas de paix mais « de déstabilisateur du monde ». Ce constat traduit la réalité du système international dominé par l’usage disproportionné de la force au service d’ambitions géopolitiques ou d’intérêt national. Le premier ministre, en sa qualité de leader politique, comme tout autre observateur, réagit sur les logiques actuelles du fonctionnement des relations internationales où la puissance semble être privilégiée dans les rapports entre les Etats.

En effet, les théoriciens réalistes, classiques, comme Thomas Hobbes, Raymond Aron, Morgenthau, avaient bâti leurs analyses sur la prépondérance des acteurs étatiques adossés à la puissance militaire pour défendre des intérêts spécifiques. Mais, ce qui est important dans leurs idées, c’est d’avoir noté l’anarchie qui marque l’espace mondial et l’existence de la conflictualité liée à la rivalité de puissance pour exercer sa domination ou son influence. La configuration des nouvelles relations internationales conforte la pertinence de l’approche des réalistes même s’il convient de la relativiser en tenant compte de la pluralité des acteurs et de la recomposition dans cet espace. 

Force est de constater que depuis la fin de la guerre froide l’ordre mondial a connu des mutations substantielles qui ouvraient des perspectives au multilatéralisme d’autant que l’unipolaire s’est heurtée à la realpolitik régionale à l’image des situations en Irak et en Afghanistan où l’hyper puissance américaine a fait preuve d’impuissance.

Aujourd’hui, les USA, à leur tête Donald Trump, apparaissent comme les grands perturbateurs de l’ordre mondial en foulant du pied le droit international par des actions rocambolesques comme l’enlèvement et l’emprisonnement du chef de l’Etat vénézuélien mais surtout la déclaration de guerre contre l’Iran.

 

Quelle est l’attitude des autres acteurs et observateurs du système international ?

Faut-il se taire et garder profil bas devant les dérapages verbaux de cet homme dépourvu du sens de la mesure et adepte de la provocation à l’endroit de ses pairs africains et européens. D’ailleurs, il ne s’est pas gêné de traiter l’Afrique de « continent de merde » quand un autre méprisant considérait qu’elle « n’est pas entrée dans l’Histoire ». 

Il est vrai que l’Afrique est marginalisée et fragmentée, elle ne peut pas donc jouer un rôle important dans l’espace mondial, dominé par le phénomène de la mondialisation et l’hégémonie de puissance. Il convient de prendre conscience de la nécessité de construire des dynamiques collectives à travers des processus d’intégration économique, monétaire et Sociale. Cette union des forces demeure indispensable si le continent souhaite sortir du sous-développement, se faire entendre dans le concert des nations et imposer le respect. Toutefois, la question cruciale est de savoir si le continent dispose de leaders capables d’impulser des initiatives pouvant permettre de relever les défis dans un esprit décomplexé, attaché aux principes de souveraineté et d’intérêt continental.

L’espoir reste sur les épaules des jeunes dirigeants, engagés dans les changements déterminants pour la revalorisation des richesses aux profits des populations africaines qui souffrent de la mauvaise gouvernance et des pouvoirs personnalisés. Pendant ce temps, l’espace mondial ressemble à ce que Thomas Hobbes appelle « l’état de nature », autrement dit, la démonstration de forces et de puissance en l’absence d’autorité légitimement reconnue pour rétablir, garantir l’ordre et la sécurité. Sur ce point, le constat amer est le silence inquiétant de l’Organisation des Nations-Unies qui s’est montrée dépassée par les troubles de l’ordre mondial, mettant en évidence son incapacité à réguler et imposer une paix positive. 

Maintenant, la confrontation est passée de l’économie et du commerce à la rivalité géostratégique entre puissances. La décision américaine d’intervenir par un blocus naval du détroit d’Ormuz ne restera pas sans réaction de la part des puissances émergentes comme la Chine et l’Inde car les enjeux économiques et énergétiques sont considérables. Aucun pays n’échappe aux conséquences de cette guerre unilatérale. L’équilibre des forces au niveau international pourrait aboutir à la recherche de consensus favorable à l’instauration d’un nouvel ordre mondial.

Par Moussa DIAW, politologue, spécialiste des relations internationales.



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