Juan Branco a encore frappé à côté. Fidèle à lui-même, il a voulu, dans ses envolées lyriques, faire un procès d’intention au Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye après la création de son parti politique. Son texte dégouline de mépris, de condescendance et d’une prétention insupportable à parler au nom du peuple sénégalais, des martyrs, des femmes emprisonnées et des générations futures.
Mais au fond, qui est Juan Branco pour s’arroger un tel droit ?
Un avocat français qui n’a jamais reçu le moindre mandat du peuple sénégalais. Un homme dont les démêlés avec la justice, en France comme ailleurs, devraient pourtant l’inciter à davantage de retenue. Un personnage qui se rêve en procureur universel des dirigeants africains alors qu’il peine déjà à répondre sereinement des affaires qui le concernent personnellement.
Le Sénégal n’est pas une annexe de ses fantasmes révolutionnaires. Notre pays n’a pas vocation à servir de décor aux ambitions politiques et médiatiques d’un homme qui semble davantage préoccupé par sa propre mise en scène que par le devenir des Sénégalais.
Qu’un chef d’État parle investissements, tourisme, infrastructures ou partenariats économiques avec le président des États-Unis ne constitue ni une trahison ni un renoncement. Gouverner un pays ne consiste pas à transformer chaque rencontre diplomatique en meeting idéologique. La politique étrangère ne se résume pas à des slogans sur la souveraineté, la Palestine ou la monnaie africaine.
Elle exige du pragmatisme, du discernement et une vision des intérêts nationaux.
Ce qui humilie l’Afrique, ce n’est certainement pas un terrain de golf. Ce qui l’humilie, c’est cette vieille tentation paternaliste qui pousse certains intellectuels occidentaux à croire qu’ils sont mieux placés que les Africains eux-mêmes pour définir ce que doit être leur dignité, leurs combats et leurs choix politiques.
Les Sénégalais n’ont besoin ni de tuteurs ni de prophètes autoproclamés. Ils ont démontré à plusieurs reprises leur maturité démocratique et leur capacité à sanctionner ou à récompenser leurs dirigeants dans les urnes.
Juan Branco devrait également se souvenir que les sacrifices consentis par des citoyens sénégalais ne lui appartiennent pas. Le sang des victimes ne saurait être instrumentalisé au gré des frustrations politiques de qui que ce soit. Ces sacrifices commandent le respect, la responsabilité et la mesure, non les outrances verbales et les anathèmes.
Enfin, il y a quelque chose d’indécent à entendre un homme poursuivi par ses propres controverses judiciaires distribuer des certificats de dignité et de morale publique. Avant de s’ériger en juge des dirigeants du monde, Juan Branco ferait mieux de consacrer son énergie à régler ses propres affaires.
Le Sénégal poursuivra son chemin avec ou sans son approbation. Son destin appartient aux Sénégalais et à eux seuls.
Juan Branco n’a qu’une chose à faire : se mêler de ce qui le regarde.
Ibrahima Baba Sall
Maire de Bakel







