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Je réfléchis à deux fois": les minorités craignent le piège policier pendant le Mondial


Rédigé le Mercredi 20 Mai 2026 à 13:34 | Lu 67 fois | 0 commentaire(s)




Je réfléchis à deux fois": comme Emile, Haïtien vivant dans l'Ohio, une partie de la communauté immigrée aux Etats-Unis craint d'aller voir un match du Mondial-2026 et d'y être arrêtée par la police fédérale de l'immigration (ICE).

"Entonner l'hymne national de mon pays dans un stade et devant le monde entier, c'est un moment historique que personne ne voudrait rater", affirme à l'AFP ce chauffeur poids-lourds d'une quarantaine d'années, qui ne souhaite pas donner son nom de famille pour des raisons de sécurité.

"Mais, en même temps, je réfléchis à deux fois. Je ne voudrais pas être arrêté par l'ICE. Mon avocat m'a déconseillé de prendre l'avion pour ne pas me faire attraper à l'aéroport", explique-t-il.

Bras armés de la politique anti-immigration de l'administration Trump, les agents de l'ICE sont chargés d'arrêter et d'expulser les ressortissants étrangers en situation irrégulière condamnés par la justice. Mais leurs opérations jugées brutales ont provoqué une vague d'indignation qui a culminé après la mort en janvier de deux manifestants à Minneapolis (nord).

"Aujourd'hui, les gens font très attention et ils ne se sentent pas en sécurité. Ils ont peur, nous avons vu des opérations très agressives (de l'ICE) qui ont visé non seulement les gens sans papiers, mais aussi des personnes bénéficiant d'un statut de protection", observe Monica Sarmiento, qui dirige la Coalition de Virginie pour les droits des immigrés.

Interrogée par l'AFP, elle souligne que "70% des personnes arrêtées, détenues et expulsées n'ont aucun casier judiciaire. Beaucoup d’entre elles vivent (aux Etats-Unis) et paient des impôts depuis des décennies".

- "Climat de peur" -

Monica Sarmiento dénonce le "climat de peur et d'hostilité dans tout le pays, et pas seulement à l’occasion de la Coupe du monde mais tous les jours".

Selon l'organisation Human Rights Watch, un demandeur d'asile, venu assister avec ses enfants à la finale de la Coupe du monde des clubs l'été dernier dans le New Jersey, a été arrêté par l'ICE et expulsé vers son pays d'origine.

La majorité des matches (78 sur 104) se disputeront aux États-Unis, co-organisateurs avec le Canada et le Mexique de la compétition (11 juin-19 juillet). La communauté hispanique représentait 20% de la population aux Etats-Unis en 2024, soit la minorité la plus importante du pays. Elle se concentre en Californie, au Texas et en Floride ainsi que dans les métropoles comme Miami, Los Angeles, Dallas et New York.

La communauté haïtienne (environ 850.000 personnes en 2024), présente notamment à Miami et New York, est également menacée. Le gouvernement fédéral veut mettre fin au statut de protection temporaire - dont bénéficie Emile dans l'Ohio - qui empêche leur expulsion vers leur pays, parmi les plus pauvres au monde et ravagé par l'instabilité politique, la crise économique et la violence des gangs.

Certaines organisations craignent également que l'ICE s'en prenne aux touristes étrangers en visite dans le pays pour la compétition, autour des stades ou en ville, dans les nombreuses zones festives où se retrouveront les fans.

- "Aucune raison de s'inquiéter" -

Plus de 120 associations américaines, dont l'influente organisation de défense des droits civiques ACLU, ont diffusé fin avril un "conseil aux voyageurs" contre de possibles "violations graves de leurs droits".

Ils s'exposent notamment, précisent-elles, à "un risque d'arrestation et de détention et/ou d'expulsion (et) des contrôles au faciès" ainsi qu'à un "traitement cruel, inhumain et dégradant - et même la mort - en détention par l'ICE".

L'ICE, l'un des nombreux services du ministère de la Sécurité intérieure (DHS), participe depuis longtemps au dispositif de sécurité de grands évènements sportifs comme le Superbowl.

"Les visiteurs internationaux qui viennent légalement aux États-Unis pour la Coupe du monde n'ont aucune raison de s'inquiéter", a affirmé à l'AFP un porte-parole du ministère, assurant que "ce qui fait de quelqu'un une cible pour les services de l'immigration, c'est le fait d'être en situation irrégulière".

Interrogée par l'AFP, la Fifa, l'instance mondiale du football, a pour sa part assuré qu'elle "s'engage à respecter tous les droits humains reconnus au niveau international et s'efforce de promouvoir la protection de ces droits".



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