Face à la recrudescence des incendies dans les marchés sénégalais, l’État veut changer de paradigme. Ainsi, les acteurs du secteur des assurances, les pouvoirs publics et les représentants des commerçants réfléchissent à la mise en place d’un mécanisme d’assurance inclusif, accessible et adapté aux réalités des marchés. Une initiative portée par l’Observatoire de la qualité des services financiers (OQSF), en partenariat avec la Direction des assurances.
Plus de cent incendies ont été recensés dans les marchés du Sénégal entre 2013 et 2025, dont près de 70 sur la seule période 2015-2020. Derrière ces chiffres alarmants se cachent des milliards de francs CFA partis en fumée, des commerces anéantis et des milliers de familles plongées dans la précarité.
Lors de l’ouverture de l’atelier de restitution et de validation des résultats de l’Enquête nationale sur l’assurabilité des marchés du Sénégal (ESAMS 2026), le secrétaire exécutif de l’OQSF, Papa Amadou Diagne, a tiré la sonnette d’alarme.
Pour lui, les incendies à répétition ne peuvent plus être considérés comme de simples faits divers. Ils traduisent une vulnérabilité structurelle alimentée notamment par la vétusté des installations électriques, l'aménagement anarchique des espaces commerciaux, le manque d’équipements de sécurité et la cohabitation d’activités incompatibles.
« Nous ne pouvons plus tolérer que la fatalité ou l’attentisme détruisent le fruit du labeur de nos commerçants. L’heure n’est plus aux simples constats, mais à l’action audacieuse et solidaire », a-t-il déclaré.
Jusqu’ici, après chaque incendie majeur, les victimes comptent essentiellement sur la solidarité nationale, les collectivités territoriales ou les interventions ponctuelles de l’État. Un modèle qui montre aujourd’hui ses limites.
Selon Mamadou Dème, directeur des assurances, l’objectif est désormais de transférer une partie de cette charge vers les compagnies d’assurances, à travers un mécanisme structuré et inclusif.
« C’est une charge qui peut être transférée aux assureurs. Maintenant, il faut en déterminer les conditions et les possibilités », a-t-il expliqué.
Il estime que l’expérience de l’assurance agricole constitue un précédent encourageant.
« Quand on réussit à faire assurer 850 000 paysans et éleveurs, on doit pouvoir faire assurer les commerçants », a-t-il soutenu.
Contrairement aux idées reçues, le coût de l’assurance ne serait pas le seul obstacle à l’adhésion des commerçants. Les résultats de l’enquête révèlent également une méconnaissance des produits assurantiels existants.
Mamadou Dème insiste ainsi sur la nécessité d’élargir la mutualisation des risques. Plus les commerçants seront nombreux à souscrire, plus les coûts pourront être réduits. Une répartition des charges entre commerçants, collectivités territoriales et éventuellement l’État pourrait également être envisagée.
Du côté de la Fédération sénégalaise des sociétés d’assurances (FSSA), la volonté d’accompagner cette réforme est affichée. Son directeur exécutif, Dr Mactar Faye, estime que la solidarité, bien qu’indispensable, ne suffit plus à réparer les conséquences économiques et sociales des incendies.
Il plaide pour une prise en charge structurée du risque, reposant sur une collaboration entre l’État, les collectivités territoriales, les commerçants et les compagnies d’assurance.
Toutefois, l’assurabilité des marchés reste conditionnée à leur sécurisation. Les assureurs doivent pouvoir évaluer les risques et proposer des garanties adaptées, sans exposer les commerçants à des primes insupportables.
L’enquête ESAMS 2026 ambitionne précisément d'apporter des réponses à cette problématique. Elle vise à cartographier les sinistres, identifier les freins à la souscription, mesurer la disposition des commerçants à payer et proposer des mécanismes viables de couverture.
Pendant trois jours, les participants devront notamment réfléchir à la conception de produits d’assurance simplifiés, digitalisés et financièrement accessibles, avec des procédures d’indemnisation accélérées.
La possibilité d’une assurance mutualisée, voire obligatoire, figure également parmi les pistes de réflexion.
À l’issue des travaux, l’OQSF espère l’adoption d’une feuille de route assortie d’un calendrier précis et d’une répartition claire des responsabilités entre les différents acteurs.
Ainsi, les acteurs veulent faire en sorte que plus jamais un incendie ne soit systématiquement synonyme de ruine pour un commerçant, la disparition de plusieurs années d’économies ou le basculement de toute une famille dans la pauvreté.








