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Impôts, dettes et plateforme contestée : Pourquoi les médias sénégalais bloquent sur le FADP 2026


Rédigé le Mercredi 2 Septembre 2026 à 11:55 | Lu 60 fois | 0 commentaire(s)




Zéro dossier pour les télévisions et la presse écrite, contre 9 pour les médias en ligne, 2 pour les radios commerciales et 96 pour les radios communautaires. À seulement deux semaines de la clôture de la plateforme, le bilan du Conseil de gestion du Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP) interpelle. Ce faible nombre de dossiers déposés pour bénéficier du Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP) 2026 ne s’explique pas uniquement par un éventuel retard des entreprises de presse. En effet, pour plusieurs acteurs du secteur, la principale difficulté réside dans l’obtention des documents fiscaux et sociaux exigés pour constituer un dossier. Après plusieurs années de crise, certaines entreprises de presse accumulent des arriérés fiscaux et sociaux, alors même qu’elles peinent à assurer leurs charges courantes.

​Ibrahima Lissa Faye, président de l’Association des professionnels de la presse en ligne (APPEL), souligne que « les entreprises de presse ne sont pas encore sorties des difficultés auxquelles elles ont été confrontées depuis plus de deux ans maintenant et qui se sont exacerbées lors de ces deux dernières années », explique-t-il. Selon lui, beaucoup d’entreprises « ne sont pas en règle du point de vue fiscal, du point de vue social », alors qu’elles font face à des impayés de salaires, de loyers ainsi qu’à des difficultés pour régler leurs factures d’électricité, de téléphone ou d’Internet.


​Le responsable d’APPEL, qui affirme que son organe de presse a déjà effectué le dépôt, estime dès lors que les conditions actuelles constituent un frein pour une partie des entreprises. « Les conditions d’éligibilité peuvent constituer un frein », affirme-t-il. Mamadou Ibra Kane, président du Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS), établit lui aussi un lien direct entre la crise économique du secteur et l’impossibilité, pour certaines entreprises, d’être à jour de leurs obligations. « La situation de crise économique est telle que les gens n’ont plus les moyens de payer les salaires, a fortiori de payer les cotisations sociales et les impôts », soutient-il.

​Pour le président du CDEPS, demander à des entreprises auxquelles l’État doit encore de l’argent et dont certains contrats publicitaires ont été résiliés de présenter des quitus attestant de leur régularité fiscale et sociale pose un problème de fond. « C’est impossible ! », tranche-t-il. Maïmouna Ndour Faye, directrice de 7TV, décrit également une situation financière qui complique l’obtention de ces documents. Elle indique que son entreprise, qui n’avait pas bénéficié du FADP 2025, a entamé les démarches pour obtenir « le quitus fiscal, le quitus de l’IPRES et de la SODAV », mais rappelle que la presse sénégalaise a traversé, selon elle, « une crise économique sans précédent » entre 2021 et 2026. « Nous avons accumulé beaucoup d’arriérés auprès de l’IPRES, auprès des impôts et domaines », explique-t-elle.

​Toutes les entreprises ne sont toutefois pas confrontées à ce problème. Seneweb, qui avait bénéficié de 38 millions de francs CFA au titre du FADP 2025, est encore en train de finaliser son dossier. « Nous n’avons pas de problème de quitus fiscal. Nous sommes en règle avec les impôts. Pour l’heure, il reste à assembler encore des dossiers qui concernent les travailleurs. Mais nous allons déposer à temps », affirme Souleymane Fall, directeur des ressources humaines de Seneweb.

​Une plateforme qui continue de susciter des réserves

​Au-delà des difficultés financières, le fonctionnement même de la plateforme de dépôt semble également jouer un rôle dans ce faible taux d’engouement. Même si Amadou Ba reconnaît « qu’au Sénégal, en général, les gens attendent toujours la dernière minute » pour effectuer les dépôts, le directeur de publication de L’AS Quotidien affirme par ailleurs être « sûr qu’il y en a qui n’étaient même pas au courant qu’on a ouvert la plateforme », ouverte depuis le 29 juillet 2026. Il évoque les difficultés rencontrées lors de la précédente utilisation de la plateforme. « Beaucoup avaient eu du mal, beaucoup n’avaient pas déposé parce que simplement ils ne pouvaient pas s’inscrire parce qu’il y avait ça, ça a été mal paramétré et tout ça ».

​C’est ainsi que la question de la légalité de la plateforme continue de peser sur les esprits. En effet, en décembre 2025, la Cour suprême du Sénégal a annulé les arrêtés du ministère de la Communication encadrant la régulation et l'enregistrement des médias sur une nouvelle plateforme numérique. Un fait qui aurait également contribué, selon Amadou Ba, à expliquer le faible engouement actuel pour la plateforme. Parce que « certains responsables auraient pu penser qu’avec l’arrivée d’une nouvelle équipe au ministère de la Communication, les modalités de gestion du fonds seraient modifiées », affirme-t-il.

​Les acteurs plaident pour une pondération des critères

​Face à ces difficultés, les acteurs des médias proposent de revoir la manière dont les conditions d’accès au FADP sont appliquées. Mamadou Ibra Kane rappelle qu’un système de pondération existait auparavant. « Avant, on respectait les critères, mais il y avait une pondération », explique-t-il. Selon lui, une entreprise qui remplissait l’ensemble des critères pouvait obtenir le maximum prévu pour sa catégorie, tandis que celles qui n’en remplissaient qu’une partie pouvaient recevoir une enveloppe proportionnelle à leur niveau de conformité. L’objectif pour Ibrahima Lissa Faye serait de permettre à toutes les entreprises ayant déposé un dossier d’être évaluées sur la base de leur niveau de conformité, avec une enveloppe plus importante pour celles qui remplissent l’ensemble des critères.


​Le président du CDEPS demande également des moratoires sur les dettes fiscales et sociales. « Nous sommes pour le gel de ces dettes-là, des dettes sociales, des dettes fiscales, pour qu’on puisse souffler un peu », affirme-t-il. En effet, selon Maïmouna Ndour Faye, qui évoque également la possibilité d’un moratoire ou d’un gel temporaire de certaines dettes, « une solution ne peut être trouvée sans une intervention des pouvoirs publics ». « Nous sommes dans une phase de survie et de résilience », insiste la directrice de 7TV, pour qui la priorité des entreprises de presse demeure aujourd’hui le paiement des salaires.

​Ce que devrait réellement financer le FADP

​En plus du débat sur les critères d’éligibilité, se pose également celui de la vocation du Fonds d’appui et de développement de la presse. Pour Ibrahima Lissa Faye, le dispositif actuel ne répond pas suffisamment aux besoins des entreprises. « Le dispositif actuel du FADP ne règle pas les problèmes des entreprises, il faut le dire », affirme-t-il.

​Il estime notamment que les montants distribués peuvent être trop faibles pour produire un effet significatif sur la situation économique des médias. Le fonds devrait, selon lui, financer des projets capables de renforcer durablement les entreprises. « Pour moi, le FADP doit financer des projets qui pourront en tout cas consolider la compétitivité, mais surtout la pérennité des entreprises », explique-t-il. Cela suppose, ajoute-t-il, d’aider les entreprises à identifier des projets adaptés à leur secteur et de s’assurer qu’elles disposent d’équipes capables de les porter et de les développer.

​Mamadou Ibra Kane va plus loin et défend une conception du fonds qui dépasse la simple distribution annuelle d’une enveloppe. « Il faut des fonds pour financer le secteur de la presse, à commencer par le financement de la transition numérique », soutient-il. Cette transition ne concernerait pas uniquement l’acquisition d’équipements. Le président du CDEPS insiste également sur la formation des journalistes, des techniciens et des managers des médias. « Sans cela, notre presse va rester au XXᵉ siècle alors que le monde file à mille à l’heure au XXIᵉ siècle », estime-t-il.



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