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Grands chantiers, projets fantômes, jusqu'à 161 ministres : Le bilan sans tabou de l'ère Abdoulaye Wade


Rédigé le Vendredi 29 Mai 2026 à 15:03 | Lu 60 fois | 0 commentaire(s)




Grands chantiers, projets fantômes, jusqu'à 161 ministres : Le bilan sans tabou de l'ère Abdoulaye Wade 

Abdoulaye Wade célèbre ses 100 ans. Un anniversaire historique pour celui qui aura profondément marqué la vie politique sénégalaise durant plus d’un demi-siècle. Figure centrale de l’opposition pendant 26 ans avant d’accéder au pouvoir en mars 2000, le leader du Parti démocratique sénégalais (PDS) reste associé à l’alternance démocratique, aux grands travaux, mais aussi à des remaniements ministériels incessants et à des projets restés inachevés. Douze ans après la fin de son régime, son bilan continue de diviser l’opinion publique sénégalaise. Pour ses partisans, Wade demeure un bâtisseur visionnaire qui a modernisé le pays. Pour ses détracteurs, son pouvoir a été marqué par une gouvernance instable, des annonces spectaculaires et plusieurs projets considérés comme des « flops » ou des ambitions mortes-nées.

Une présidence marquée par un record de ministres et de conseillers

Sous le régime de Abdoulaye Wade, les gouvernements ont connu une instabilité rarement égalée dans l’histoire institutionnelle du Sénégal. Entre 2000 et 2012, plusieurs estimations évoquent entre 105 et 161 ministres, ministres délégués et secrétaires d’État nommés au sein des différents gouvernements libéraux. Une rotation exceptionnelle qui témoigne des fréquents réajustements politiques opérés par le chef de l’État. En effet, le premier gouvernement de l’alternance, formé en avril 2000, comptait environ 27 à 28 ministres. Mais au fil des années, certains gouvernements dépasseront les 40 membres, notamment après les remaniements des années 2009 et 2010.

Au total, près d’une dizaine de grands remaniements gouvernementaux seront opérés sous Wade, sans compter les nombreux ajustements partiels. Plusieurs ministres changeront régulièrement de portefeuille, tandis que d’autres ne passeront que quelques mois au gouvernement. À ce lot de ministres qui variaient selon les remaniements s’ajoutaient les ministres conseillers, qui étaient tellement nombreux parce que choisis dans toutes les circonstances, mais surtout pendant les audiences ou les déplacements de Me Wade. Avec lui, « chaque communauté, chaque localité devait se sentir concernée ».

C’est d’ailleurs pourquoi les opposants et plusieurs analystes politiques dénonçaient régulièrement une « instabilité gouvernementale chronique », estimant que les remaniements fréquents ralentissaient la continuité des politiques publiques et traduisaient des tensions internes au pouvoir. À l’inverse, les partisans de Wade défendaient une méthode de gouvernance fondée sur l’efficacité politique et l’adaptation permanente aux réalités du moment.

Six Premiers ministres en douze ans et des réformes de la Primature

Durant ses deux mandats, Wade travaillera avec six Premiers ministres successifs. Après sa victoire historique du 19 mars 2000 face à Abdou Diouf, il nomme Moustapha Niasse Premier ministre le 3 avril 2000. Ce premier gouvernement symbolise l’ouverture politique promise par l’alternance. Mais des divergences apparaissent rapidement et Niasse quitte la Primature dès mars 2001. Le 3 mars 2001, Mame Madior Boye devient la première femme Première ministre du Sénégal. Son gouvernement accompagne les premières réformes institutionnelles du régime. Elle quitte ses fonctions en novembre 2002 dans un contexte marqué par le drame du naufrage du Joola.

Le 4 novembre 2002, Idrissa Seck prend la tête du gouvernement. À l’époque considéré comme le dauphin politique de Wade, il supervise plusieurs grands projets d’infrastructures et les préparatifs du sommet de l’OCI. Mais ses relations avec le président se dégradent progressivement jusqu’à son limogeage le 21 avril 2004. Le même jour, Macky Sall devient Premier ministre. Son passage à la Primature coïncide avec l’accélération des grands travaux et des infrastructures routières.

Après les élections législatives de 2007, Wade décide de supprimer le poste de Premier ministre dans le cadre d’une réforme institutionnelle. Entre 2007 et 2009, le Sénégal fonctionne ainsi sans chef du gouvernement, le président concentrant davantage de pouvoirs exécutifs. Le poste est finalement rétabli le 30 avril 2009 avec la nomination de Cheikh Hadjibou Soumaré. Enfin, le 22 mars 2011, Souleymane Ndéné Ndiaye devient le dernier chef du gouvernement du régime libéral avant la défaite de Wade face à Macky Sall en 2012.

Des projets ambitieux devenus symboles de controverses

Au-delà des remaniements, le régime Wade a également été marqué par une succession de grands projets destinés à transformer le Sénégal. Les infrastructures de transport majeures telles que l’autoroute à péage, le lancement de l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), plusieurs routes modernes et de grands équipements publics ont profondément transformé le paysage infrastructurel du Sénégal.

Mais derrière les ambitions affichées, plusieurs initiatives ont fini par être considérées comme des projets « morts-nés » ou des promesses inachevées. Le Monument de la Renaissance africaine demeure le projet le plus emblématique et le plus controversé du régime. Inauguré en 2010, ce monument de 52 mètres devait symboliser le réveil de l’Afrique. Mais son coût élevé, les accusations de gaspillage et les polémiques autour de son financement ont fortement alimenté les critiques.

Le projet « Touba ville du futur » ambitionnait de moderniser Touba grâce à de nouvelles infrastructures urbaines et à des investissements massifs. Toutefois, les lenteurs dans l’exécution des travaux et les interrogations sur les financements ont fini par ternir l’image du programme.

Dans le même esprit, le projet de faire de Loumpoul une deuxième capitale économique et touristique avait suscité beaucoup d’attentes. Cette localité célèbre pour ses dunes devait devenir un grand pôle de développement grâce à d’importants investissements. Mais une grande partie des annonces ne sera jamais concrétisée. Le Plan Sésame, lancé en 2006 pour assurer la gratuité des soins aux personnes âgées de plus de 60 ans, avait été salué à ses débuts. Mais rapidement, les hôpitaux publics dénoncent des retards de remboursement de l’État, des difficultés financières et une dégradation progressive de la prise en charge.

Dans le secteur agricole, la GOANA (Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance) est lancée en 2008 après la crise alimentaire mondiale. L’objectif affiché était d'atteindre l’autosuffisance alimentaire. Des milliards de francs CFA sont injectés dans le programme et plusieurs responsables politiques se lancent dans l’agriculture. Mais les critiques porteront sur le manque de coordination, l’absence d’évaluation sérieuse et des résultats jugés bien en deçà des attentes. Avant elle, le Plan REVA (« Retour vers l’agriculture ») devait lutter contre l’émigration clandestine des jeunes en favorisant leur insertion dans les activités agricoles. Là encore, les résultats seront jugés limités malgré une forte communication autour du projet.

Autre initiative restée sans suite : la Cité des affaires prévue sur le site de l’ancien Aéroport international Léopold-Sédar-Senghor. Présentée comme un futur hub économique après le transfert vers l’Aéroport international Blaise-Diagne, elle ne verra finalement jamais le jour. Des programmes symboliques comme la distribution de véhicules aux chefs de village avaient également suscité de vives critiques, beaucoup y voyant davantage des opérations politiques que de véritables projets structurants.

Un héritage politique toujours au cœur du débat

Douze ans après la fin du régime libéral, le débat reste entier autour de son héritage. Pour ses partisans, Wade reste un visionnaire ayant profondément modernisé le Sénégal. Pour ses opposants, plusieurs de ses projets relevaient davantage de l’effet d’annonce et du prestige politique que d’une planification durable et réaliste. Quoi qu'il en soit, même ses adversaires les plus farouches s'accordent à dire qu'il a laissé une empreinte indélébile sur le pays.




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