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Finances publiques : Pourquoi le recouvrement des fonds détournés ne réglera pas l’urgence de la dette


Rédigé le Dimanche 31 Mai 2026 à 22:12 | Lu 74 fois | 0 commentaire(s)




Le débat sur l'état de la finance publique sénégalaise s'intensifie. Face aux perspectives d’ajustement budgétaire ou de restructuration, une large partie de l'opinion publique soutient que l’État devrait en priorité recouvrer les avoirs volés avant de demander des sacrifices aux citoyens. Une exigence populaire jugée légitime par le Professeur Amath Ndiaye, économiste à la FASEG-UCAD. Toutefois, l'universitaire invite à la lucidité et exhorte la classe politique ainsi que les citoyens à « distinguer les exigences de justice et de bonne gouvernance des contraintes de gestion financière auxquelles l'État est confronté aujourd'hui ».

Le piège de la temporalité et l'asymétrie des chiffres

Le premier écueil d'une stratégie uniquement axée sur la reddition de comptes réside dans la temporalité judiciaire. Les enquêtes et les procédures de recouvrement international s'étalent généralement sur plusieurs années, alors que « les difficultés budgétaires et les échéances de remboursement de la dette se posent dans l'immédiat ».

Au-delà du facteur temps, la réalité arithmétique de la dette sénégalaise invalide l'idée d'un solde de tout compte par le seul biais de la lutte anticorruption. Avec un encours global qui « se situe aujourd'hui autour de 24 000 milliards de FCFA », les sommes potentiellement récupérables demeureront mathématiquement « sans commune mesure avec l'ampleur des engagements financiers de l'État ».

L'économiste rappelle par ailleurs qu'il est techniquement erroné de réduire l'endettement à de la corruption systémique : une part massive de cet encours a financé des infrastructures concrètes (TER, BRT, routes, hôpitaux, universités) ainsi que des subventions énergétiques et alimentaires pour préserver le pouvoir d'achat des ménages.

Une obligation éthique et financière envers les créanciers

Pour l'expert de l'UCAD, le pragmatisme financier se double d'une impérieuse nécessité républicaine. Les bailleurs de fonds et les marchés internationaux « n'attendront pas l'issue des procédures judiciaires pour exiger le respect des échéances prévues ». Tout retard de paiement entacherait durablement la signature du Sénégal. Amath Ndiaye insiste donc sur la sacralité des engagements de l'État : « Le respect de la parole donnée et des engagements pris constitue l'un des fondements de la crédibilité d'une nation ».

En conclusion, l'économiste plaide pour une rupture avec la pensée binaire qui oppose assainissement des comptes publics et justice pénale. Ces deux chantiers ne sont pas exclusifs mais rigoureusement interdépendants. « La lutte contre la corruption, le recouvrement des fonds détournés, l'ajustement budgétaire et la gestion de la dette ne sont donc pas des solutions concurrentes. Ce sont des actions complémentaires qui doivent être menées simultanément », martèle-t-il. 



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