Vipeoples.net  | Site d'actualité générale sénégalaise des VIP


Dr Serigne Moussa Dia (Économiste) : “La BCEAO ne joue pas son rôle dans la gestion de la crise de financement sénégalaise”


Rédigé le Vendredi 3 Avril 2026 à 16:28 | Lu 89 fois | 0 commentaire(s)




C'est connu. Le Sénégal traverse des difficultés budgétaires sans précédent depuis l’éclatement de l’affaire de la dette dite cachée. Economiste, le Dr Serigne Moussa Dia estime que la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) ne joue pas véritablement son rôle dans cette situation. Ci-dessous son analyse sur la question, extraite d’un entretien avec Seneweb.

“Je vais être direct : la BCEAO ne joue pas son rôle dans la gestion de cette crise de financement sénégalaise, et cette inaction a des conséquences concrètes pour l’ensemble de la zone. Voici pourquoi cette critique est fondée. C’est la BCEAO elle-même qui, par sa réforme de 2010, a supprimé tout financement monétaire direct aux États et orienté les banques commerciales vers la souscription massive de titres publics souverains. Elle a donc délibérément créé une interdépendance structurelle entre la santé des finances publiques sénégalaises et la solidité du système bancaire de toute l’UEMOA.

Les risques de contagion

Les chiffres documentent l’ampleur de cette exposition. Le Sénégal représente 15% du PIB de la zone et en est la deuxième économie. Depuis début 2026, plus d’un milliard de dollars de titres sénégalais ont été absorbés par les banques régionales. Ces titres constituent entre 25% et 30% de l’actif total de certaines banques. Fitch a alerté sur le risque de contagion systémique. S&P a pointé explicitement l’exposition des banques ivoiriennes à la dette sénégalaise. Les économistes Kessler et Ndiaye ont documenté comment un défaut sénégalais créerait des boucles de vulnérabilité dépassant la capacité du système bancaire régional à y faire face.

Ce que devait faire la BCEAO

Dans ce contexte, la BCEAO devrait intervenir via un rachat partiel de la dette sénégalaise sur le marché secondaire. Ses statuts n’interdisent pas les achats de titres sur le marché secondaire : ils interdisent uniquement le financement monétaire direct. Cette nuance juridique précise lui ouvre une voie d’action légitime. Ce serait non pas un soutien budgétaire à un État, mais une opération de stabilité financière régionale, qui relève pleinement de sa mission première.

C’est la logique qu’ont suivie la BCE avec son programme OMT lors de la crise de la zone euro, et la Fed en 2008 : quand un acteur systémique est en tension, la banque centrale intervient pour couper court à la contagion, pas pour renflouer un gouvernement.

Si le Sénégal venait à faire défaut…

La BCEAO a créé l’exposition du système bancaire aux titres sénégalais. Elle a donc la responsabilité d’intervenir pour protéger ce même système. Ne pas le faire, c’est laisser le Sénégal assumer seul le coût d’un risque qui est en réalité partagé par toute la zone. Si aujourd’hui le Sénégal venait à faire défaut, c’est le système financier de l’ensemble de l’UEMOA qui en paierait le prix. Et la BCEAO ne pourrait pas dire qu’elle ne savait pas.”



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Les messages jugés choquants seront de suite supprimés


LERAL TV CANAL 33 SENEGAL


Facebook

Publicité