Au Sénégal, les coupures d’électricité ont repris depuis quelques semaines. Une situation qui indispose fortement les populations, déjà confrontées à une dure canicule. Secrétaire général du Syndicat unique des travailleurs de l'électricité (Sutelec), Mouhamed Habib Aïdara, joint par nos soins, a donné les trois facteurs principaux qui expliquent ces coupures.
Problème dans la planification de la production
“Senelec avait engagé sa stratégie de production dans la perspective du Gas-to-Power, avec la conversion de certaines unités pour fonctionner au gaz. La centrale de West African Energy, qui constitue aujourd’hui un maillon majeur du parc de production, a également été conçue dans cette perspective.
Or, le calendrier initial de disponibilité du gaz domestique, notamment celui attendu du projet Yakaar-Téranga, n’a pas été respecté. Nous nous retrouvons donc avec des capacités de production dont le modèle de fonctionnement avait été pensé en anticipant une disponibilité du gaz qui n'est toujours pas effective.
Cette situation oblige à maintenir ou à adapter temporairement certaines installations au fioul, avec toutes les contraintes techniques, logistiques et financières que cela implique.”
Un déficit de 150 MW, soit un écart d’environ 12 %
“Une demande d’électricité qui a progressé plus rapidement que les prévisions. La planification avait retenu une pointe de l’ordre de 1 250 MW. Or, la demande a atteint un pic de 1 400 MW, soit environ 150 MW de déficit.
Cela représente un écart d’environ 12 % par rapport à la prévision de 1 250 MW. Dès lors, même lorsque l’ensemble du parc disponible fonctionne normalement, le système dispose de beaucoup moins de marge pour absorber la pointe de consommation avec éventuellement les indisponibilités techniques ou les arrêts pour maintenance.”
Difficultés d’approvisionnement en combustible
“C’est aujourd’hui un facteur particulièrement sensible. Tant que le gaz domestique n’est pas disponible et que les centrales restent dépendantes du fioul, il faut sécuriser en permanence leur approvisionnement.
Or, lorsque les stocks disponibles offrent une autonomie très précaire, le système devient vulnérable. Tout retard ou toute difficulté dans l’approvisionnement peut entraîner une réduction de la production, voire l’arrêt temporaire de certaines unités.
En résumé, nous avons donc la combinaison de trois difficultés : un calendrier gazier qui s’est décalé, une demande qui a dépassé les prévisions et une sécurité d’approvisionnement en combustible qui reste fragile.”
Les solutions pour sortir d’une telle situation
“C’est cette combinaison qui réduit les marges de sécurité du système électrique. La réponse ne peut donc pas être seulement conjoncturelle.
Il faut à la fois sécuriser immédiatement l’approvisionnement en combustible, renforcer les capacités disponibles pour faire face à la croissance de la demande et surtout réactualiser la planification de la production en tenant compte du nouveau calendrier réel du Gas-to-Power.”
Les coupures peuvent perdurer si l’Etat ne sécurise pas les approvisionnements en combustible.
La responsabilité de l’Etat dans cette situation
“La responsabilité des autorités est entière puisque c’est le fonds de soutien à l’énergie (FSE) logé au niveau du Secrétariat Permanent à l’Energie (SPE) du Ministère de l’Energie et du Pétrole) qui gère les approvisionnements des centrales.”
Propos rassemblés par Youssouf SANE








