L’incertitude autour du financement d’un important projet d’électrification rurale pourrait entraîner la suspension des travaux. Dans une correspondance adressée au ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, le directeur général de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), Jean-Michel Sène, alerte sur les risques liés à l’arrêt des décaissements par Banco Santander, partenaire financier du projet.
Dans sa lettre, le responsable de l’ASER rappelle que plusieurs obstacles qui avaient ralenti l’exécution du marché N°T0296/24-DK ont été levés à la suite de la décision de la Cour suprême ayant annulé une mesure de suspension précédemment prononcée par l’ARCOP. Depuis lors, l’agence a multiplié les initiatives pour assurer une reprise normale du projet.
Parmi les actions menées figure notamment la réalisation d'une phase pilote d'électrification, préalable à la mise en œuvre effective des 1 740 localités prévues. L'agence a également procédé à la réalisation de visites de terrain, d'études et de plans d'exécution pour plus de 300 localités dans le cadre de la phase 2. De plus, elle a présenté les spécifications techniques des fournitures requises pour la mise en œuvre complète du projet à la Senelec, qui a validé l'ensemble des équipements tels que les câbles, les armements, les isolateurs, les supports en béton, les transformateurs HTA/BT, les interrupteurs, les parafoudres, les disjoncteurs HDP, les consoles, les luminaires et leurs accessoires.
L'ASER indique avoir également finalisé les études environnementales et sociales, ce qui a conduit à l'obtention du quitus environnemental le 3 avril 2026. En parallèle, des missions conjointes ont été organisées avec la Senelec en Chine et en Espagne auprès de différents fabricants internationaux, à l'image de METALSEC ou INAEL, afin de procéder aux essais et aux réceptions des équipements destinés au projet.
Jean-Michel Sène a également mis en œuvre des mesures de sécurisation du projet, notamment à travers la saisine de la DCMP, de la société AEE POWER EPC, puis de la SONAC, afin d'être édifié respectivement sur la régularité des avances accordées, la situation de leur utilisation ainsi que la validité des garanties produites préalablement à leur paiement. Il a de plus cité la définition puis la validation par la DCMP du mécanisme de remboursement progressif des avances accordées dans le cadre du marché.
Malgré ces avancées, Jean-Michel Sène estime qu’une incertitude majeure subsiste quant à la disponibilité effective du financement. Selon lui, l’ASER n’a reçu à ce jour aucune information permettant de garantir la poursuite des décaissements par Banco Santander. Le directeur général souligne que la suspension des financements est intervenue de manière unilatérale et qu’aucune justification juridique ou contractuelle n’a été officiellement communiquée à l’ASER ou à l’État du Sénégal. Il considère que le ministère des Finances demeure l’interlocuteur institutionnel le mieux placé pour obtenir des clarifications de la banque et veiller au respect des engagements contractuels conclus avec l’État.
Face à cette situation, l’ASER redoute que la poursuite des travaux n’entraîne l’émission de nouvelles compétences de facturation par l’entreprise titulaire du marché, alors même que les garanties sur le financement demeurent incertaines. Une telle situation pourrait, selon l’agence, exposer l’État du Sénégal à des difficultés dans le respect de ses engagements contractuels. Afin d’éviter tout risque de contentieux ou de défaut de paiement, l’ASER envisage ainsi de suspendre l’exécution des prestations et travaux liés au marché N°T0296/24-DK dans l’attente d’une clarification définitive sur la poursuite du financement.
L’agence sollicite enfin l’intervention du ministre des Finances afin d’obtenir rapidement des réponses de Banco Santander et de permettre une reprise sécurisée et durable de ce projet stratégique destiné à renforcer l’accès à l’électricité dans les zones rurales du Sénégal.








